La revue illustrée de la semaine

Document : Le Pèlerin, dimanche 9 juillet 1916.

Origine : collection particulière.

A la veille de la Première Guerre mondiale, Le Pèlerin est l’un des principaux périodiques catholiques français (il tire à 450 000 exemplaires en 1912) [1]. Ce modeste bulletin de liaison entre groupes de pèlerins, créé au lendemain de la guerre franco-prussienne, est progressivement devenu un hebdomadaire traitant de tous les sujets de société et qui défend les intérêts des catholiques. Les articles sont accompagnés de nombreuses illustrations très tôt en couleur (1896). A la fin du XIXe siècle, la rédaction a l’idée de publier une illustration en pleine page en première de couverture et de consacrer la 4e de couverture à la caricature en couleur.

Quand la guerre est déclarée, la rédaction du Pèlerin modifie sa ligne éditoriale. Elle met en avant l’héroïsme, le sacrifice et l’engagement des fidèles et des prêtres mobilisés en publiant des lettres et des extraits de journaux du front : dans le numéro du 9 juillet 1916 par exemple, des extraits du Klaxon et du Rat à Poil, journaux de tranchées, sont publiés. Des histoires individuelles sont relatées dans une rubrique intitulée « Nos héros ». L’objectif est de montrer le patriotisme des catholiques mais aussi l’intervention de la Providence qui protège les fidèles mobilisés. Dans ce numéro du 9 juillet, l’histoire du clairon Louis Richer, « modeste paysan champenois« , est l’occasion de louer ce bon catholique qui se sacrifie pour sauver ses camarades pendant une attaque au gaz dans les environs de Somme-Py en mai 1916. Quant à l’écrivain René Bazin (1853-1952), il conte l’histoire, brève mais intense, de deux fiancés de la Grande Guerre, séparés par le départ au front du jeune homme puis par sa mort à l’Hartmannwillerkopf en mai 1916.

La rédaction du Pèlerin entend aussi informer ses lecteurs sur les opérations militaires et la situation internationale. Dans le présent numéro, ces brèves sont accompagnées d’illustration mettant en scène des soldats russes, australiens et coloniaux (Annamites, Malgaches, Soudanais, Sénégalais). Il n’y a pas d’images du front, mais le lecteur entrevoit la guerre par le biais de photographies montrant la vie quotidienne des soldats à l’arrière du front ainsi que la pratique du culte à l’avant (avec par exemple des photographies représentant une chapelle en forêt en Haute-Alsace ou encore un autel dans le grenier d’un cantonnement de l’Aisne). Cependant, l’originalité du Pèlerin réside dans la 4e de couverture consacrée à La guerre anecdotique de Brousset : c’est la touche humoristique et colorée de l’hebdomadaire. Brousset dessinait déjà pour le Pèlerin avant la guerre, mais à partir d’août 1914, il s’est attaché à mettre en scène la vie quotidienne des Français à l’arrière et au front en temps de guerre (la lutte contre l’ennemi, le dénigrement de l’arrière, l’humour des poilus, etc). Ses dessins, toujours complétés par une phrase humoristique, fourmillent de petits détails. Comme avant la guerre, Brousset met toujours en scène des enfants dans la dernière vignette, mais contrairement aux années d’avant-guerre, les enfants jouent désormais à la guerre.

Avant la guerre, les luttes ont été âpres entre catholiques et laïcs. Pourtant, le Pèlerin s’engage très tôt dans la guerre contre l’Allemagne, au nom de l’Union sacrée. Au même titre que les autres hebdomadaires, le Pèlerin est soumis à la censure et il contribue à alimenter la propagande française. On ne montre que des images « réconfortantes » et surveillées.

[1] A titre de comparaison, les quotidiens parisiens qui ont les plus forts tirages sont : Le Petit Parisien (1 295 000), Le Journal (995 000), Le Petit Journal (850 000), Le Matin (647 000), La Croix (300 000).

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