Mon casque Adrian

20150630_155534Il y a un siècle, en septembre 1915, les soldats français percevaient les premiers casques Adrian avant de partir à l’assaut du front de Champagne (offensives de l’automne 1915). Depuis, le casque du poilu est devenu le symbole français de la Première Guerre mondiale. Pour preuve, il figure sur presque tous les monuments français commémorant la Grande Guerre. Aujourd’hui, je saisis l’occasion de ce centenaire pour présenter mon casque Adrian.

Le casque Adrian

Proposé par le sous-intendant Louis Adrian et adopté par le grand quartier général en avril 1915, le casque est commandé à des milliers d’exemplaires dès juin 1915. Sa fabrication est confiée aux établissements Japy ainsi qu’à d’autres industriels spécialisés dans la ferblanterie. Cette diversité des fabricants explique quelques différences dans certaines pièces du casque (cimier pointu ou cimier arrondi, insigne d’arme différent, etc). Compliqué à fabriquer et fragile, ce casque a néanmoins été une réussite. Il n’est pas révolutionnaire au combat, mais il apporte une sécurité supplémentaire pour celui qui le porte : il le protège des pierres et autres débris projetés sur le champ de bataille et peut dévier certains projectiles. A la fin de la guerre, ce casque, fabriqué à plus de 20 millions d’exemplaires, est populaire en France et à l’étranger ; il le reste jusqu’à la Seconde Guerre mondiale (dans une version modifiée). C’est le casque de la victoire, qui équipe l’armée française ainsi que des contingents de diverses nationalités (soldats noirs américains, russes, serbes, polonais, tchèques, etc.) mais aussi plusieurs armées étrangères (Belgique, Grèce, Italie, etc).

En décembre 1918, chaque soldat a pu conserver son casque et, à partir de 1919, chaque ancien combattant a eu la possibilité d’arborer sur son casque une plaque en laiton portant l’inscription « soldat de la grande guerre 1914-1918 ». On trouve encore de nombreux casques Adrian dans les greniers, les brocantes et chez les collectionneurs. Un dernier point au sujet de ce casque : depuis les années 1980, il est, dans une version chromée, le casque de tradition des sapeurs-pompiers français.

« Mon » casque Adrian

Il s’agit d’un casque du premier type (modèle 1915) de l’artillerie, probablement fabriqué et distribué en 1916. En tôle d’acier, il est composé de quatre pièces métalliques : la bombe, le cimier, le couvre-nuque et la visière. Il est complété par une jugulaire et une coiffe.

Pieces de mon casque

Mon casque a sans aucun doute été fabriqué par les établissements Japy. D’après les spécialistes, ces casques sont reconnaissables à leur cimier, plus fin et élancé, et à la soudure qui joint la visière et le couvre-nuque. Ce mode d’assemblage est typique des casques du premier modèle puisque par la suite de petits rivets permettent de joindre la visière et le couvre-nuque.

La coiffe permet d’obtenir des précisions supplémentaires sur ce casque. Elle est taillée dans une seule pièce de cuir, très probablement un cuir de chèvre. Elle est munie d’œillets, reliés par un lacet de tissu. Mon casque n’est pas équipé de la calotte d’hiver en drap de récupération, qui est parfois cousue sur la coiffe. En revanche, il possède toujours son bandeau taillé dans du drap bleu horizon. La coiffe est fixée sur des pattes métalliques soudées à l’intérieur de la bombe et accompagnée de bandes ondulées d’aluminium. Ces bandes permettent d’ajuster le casque à la forme du crâne et favorisent l’aération. La jugulaire est en cuir brun, réglable par une boucle coulissante. Toutes ces pièces ne semblent pas avoir été démontées depuis la Première Guerre mondiale.

20150630_155654La peinture donne aussi quelques informations. Les premiers casques étaient peints en bleu clair, une couleur proche de celle de l’uniforme mais trop brillante et donc trop voyante au front. Ainsi, au milieu de l’année 1916,  le procédé de fabrication évolue : une cuisson supplémentaire permet d’obtenir une teinte plus foncée. Par la suite, des stocks de peinture « bleu terne » et des pinceaux sont expédiés au front pour repeindre les casques en service depuis 1915. Mon casque ne comporte qu’une seule couche de peinture, dans un ton bleu foncé, proche du gris de fer : il a vraisemblablement été fabriqué au milieu de l’année 1916.

Son casque ? leur casque ?

Pour terminer, mon casque n’est pas anodin puisque deux noms ont été gravés sous la visière : Sarradet Léon et Bordes Jacques.

20150630_155730

Je pensais retrouver la trace de Sarradet dans les archives. Le patronyme est moins répandu que Bordes. Pourtant, je n’ai rien trouvé de probant. Une rapide recherche sur Geneanet et sur Mémoire des hommes m’a mis sur la piste de plusieurs Léon Sarradet, natifs pour la plupart du sud-ouest et quelques-uns de la région parisienne. J’ai consulté les fiches matricules, quand elles étaient en ligne, mais je n’ai retrouvé aucun Léon Sarradet  servant dans l’artillerie. Finalement, je ne sais rien de plus sur ce casque et les questions restent sans réponse. Pourquoi deux noms ont-ils été gravés sous la visière ? Qui se cache derrière ces noms ? S’agit-il de deux camarades natifs d’un même village et affectés dans le même régiment ? Un jour, peut-être, une fois le Grand Mémorial achevé, je trouverai l’identité de ces hommes.

En complément

6 Comments

  1. J’ai trouvé ces informations sur les distributions de casques dans différents carnets de Poilus :

    • 07 juin 1915) distribution de casques
    • 10 juin 1915) on va nous équiper d’un casque au lieu du képi.
    • 08 septembre 1915) distribution de casques.
    • Septembre 1915) (artilleur) on aperçoit sur une photo des artilleurs avec le casque Adrian
    • 18 octobre 1915) hier nous avons touché les casques en remplacement du képi ça ne va pas trop mal mais c’est un peu lourd.
    • 25 octobre 1915) Nous allons sous peu toucher la Bourguignotte comme l’infanterie, à la place du casque (il appartient au 33ème Dragon).

  2. Bonjour,
    Je possède un exemplaire du même type que celui que vous présentez, avec, en plus, la plaque en cuivre portant « Soldat de la Grande Guerre 1914-1918 », mais sans nom.
    Sous la coiffe, il y a, peinte à l’intérieur de la coque, une ancre de marine avec les initiales GG. La peinture est de couleur bleu foncé. La visière et le couvre-nuque sont rivetées (2 rivets à tête ronde superposés), le jonc qui cercle la visière et le couvre-nuque est en deux parties qui se rejoignent au niveau du rivetage. L’ensemble est en très bon état. Peut-être s’agit-il d’un casque n’ayant jamais servi.

  3. Je possède aussi ce casque mais sans la jugulaire d’origine, les vraies sont souvent foncés, cassées car elles sont extrêmement fines, comme j’ai pu le constater avec un ami de mon grand père qui m’a montrer son casque
    Mon exemplaire a les extrémités du cimier arrondis, les rivets situés entre la visière et le couvre-nuque sont en diagonale et sa peinture est foncée; j’aimerais savoir quelle usine l’a fabriquée, merci d’avance 🙂

  4. Bonjour, j’ai trouvé un casque qui ressemble à celui ci dans le jardin d une vielle maison , j’aimerai le montrer à des connaisseurs pour me dire de quelle guerre il S agit ! Auriez vous une adresse mail, cela m’intrigue beaucoup ! Merci d’avance pour votre réponse!

Laisser un commentaire