De l’intérêt des livres d’or

Document : Livre d’or de l’enseignement primaire. Département de l’Ain. 1914-1918, Paris, SADAG, 1920, 103 p.

Origine : collection particulière.

Plusieurs centaines de livres d’or ont été publiés après la guerre. Le plus connu est sans doute le projet de Livre d’or des Français morts pour la France destiné à être déposé au Panthéon à Paris. Sa conception a été initiée par l’Etat (loi du 25 octobre 1919 « relative à la commémoration et à la glorification des morts pour la France au cours de la Grande Guerre »). Le ministère des Pensions, nouvellement créé, s’est appuyé sur le fichier constitué par le ministère de la Guerre dès 1914, demandant aux communes de compléter ou d’amender les listes communales. Ce gigantesque travail n’a cependant jamais été finalisé, en raison de nombreuses difficultés (dont certaines sont exposées dans un article de la Voix du Combattant du 20 novembre 1921). Heureusement, les Archives Nationales (site de Fontainebleau) conservent les listes des morts pour la France établies par commune à cette occasion. Les renseignements qu’ils contiennent sont sommaires : nom, prénoms, date et lieu de naissance, régiment et grade et enfin date et lieu de mort. Ces listes diffèrent souvent de celles qui ont été gravées sur les monuments aux morts. Elles constituent une excellente base de départ pour qui désire effectuer des recherches sur les morts par la France d’une commune.

Dans les années 1920, des centaines de livres d’or fleurissent partout en France, résultant souvent d’initiatives privées. Ils sont principalement corporatistes (instituteurs, avocats, professeurs, ingénieurs, religieux, anciens élèves d’une grande école ou d’un grand lycée, officiers d’un régiment, etc.), comme ce Livre d’or des instituteurs de l’Ain. Ces livres d’or visent à montrer les services rendus par une catégorie socio-professionnelle, les sacrifices qu’elle a consentis et surtout permettent d’en conserver le souvenir. Les biographies contiennent toujours au moins des états de services, mais elles peuvent être plus étoffées. Ainsi, dans le Livre d’or des instituteurs de l’Ain, les notices des 64 instituteurs morts pour la France contiennent la date de naissance, le milieu social d’origine, les études suivies, les fonctions occupées avant la guerre, le service militaire, la ou les affectations, la date et le lieu de mort, le lieu d’inhumation quand il est connu, les citations et les décorations, et sont illustrées d’anecdotes et d’une photographie. Des dessins patriotiques (tels un casque Adrian ou un drapeau) et des photographies de champ de bataille illustrent aussi parfois les textes.

Ce corpus permet d’envisager une étude de type prosopographique, en sachant qu’il sera utilement complété par les dossiers de carrière des instituteurs, conservés aux Archives départementales de l’Ain (série T), les fiches matricules de la sous-série 1 R des archives départementales (celles de l’Ain sont en ligne), les dossiers individuels du Service historique de la Défense (pour les officiers), les dossiers du fonds de la Légion d’honneur aux Archives nationales (la base Leonore), etc.

L’intérêt de ce type de document ne se limite pas aux informations biographiques individuelles. Les notices ont été élaborées à partir de sources aujourd’hui disparues, telles que des photographies individuelles, des extraits de lettres (envoyées par des camarades du défunt à la famille) ou des témoignages recueillis pour la rédaction du livre d’or. Ces recueils sont aussi un excellent moyen de mesurer les rapports entre les hommes au sein d’une unité élémentaire pendant la guerre ou encore de mieux cerner les relations, après la guerre, entre les différents acteurs de cette tragédie. Les annexes, quand elles existent, fourmillent d’informations complémentaires. Dans l’exemplaire proposé ici, on trouve un texte sur les plaques commémoratives apposées dans les écoles, plusieurs poèmes, des extraits de textes versifiés écrits à l’occasion d’inaugurations de plaques commémoratives en 1919 et 1920, un exposé des efforts de l’arrière (Œuvre des petits paquets au front) et surtout une liste nominative, par canton, de tous les instituteurs de l’Ain. Dans cette dernière annexe, le chercheur pourra retrouver les noms, prénoms, types de service (armée ou auxiliaire), affectations pendant la guerre, grades successifs, citations et observations (blessure, captivité, etc.).

Ainsi, à partir d’un corpus homogène et grâce aux opérations de numérisation entreprises par les services d’archives départementaux et nationaux, l’historien de la Grande Guerre voit s’accroître chaque jour les possibilités de mener des études prosopographiques.

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