José Garcia Calderón (1888-1916), un péruvien dans la guerre

reliquias-de-jose-garcia-calderon-paris-1917-m9-222511-MLA20571118602_022016-F« Comme nous ne possédons rien, ou quasi rien, sauf l’existence, la propriété nous semble abolie ; et ce que nous désirons prendre, nous le prenons, sans que l’épithète de voleur nous empêche de dormir. »

La Tranchée, 11 février 1916

En 2009, je publiais un article sur « les volontaires latino-américains dans l’armée française pendant la Première Guerre mondiale » dans la Revue historique des armées (n° 255/2009). Depuis, cet article m’a valu d’être contacté par des journalistes sud-américains, preuve que cette histoire intéresse également ces pays, bien que la Première Guerre mondiale apparaisse comme un épisode marginal dans l’histoire de l’Amérique latine au XXe siècle. Plusieurs centaines de Latino-Américains se sont engagés et ont combattu dans les armées européennes entre 1914 et 1919. Mes recherches m’ont permis de découvrir des destins hors du commun. Le péruvien José Garcia Calderón est l’un d’eux : cet artiste et  écrivain a laissé un témoignage étonnant sur la guerre. J’ai souhaité en savoir plus sur l’homme et son parcours militaire.Mes deux sources principales ont été la notice biographique détaillée écrite par Francis de Miomandre (1880-1959) dans l’Anthologie des écrivains morts à la guerre et le dossier de carrière d’officier de Caldéron. En effet, tous les volontaires étrangers qui ont servi dans les armées françaises en qualité d’officier ont un dossier de carrière conservé au Service historique de la Défense à Vincennes.

Calderón est né à Lima au Pérou le 22 juillet 1888. Il appartient à une famille d’intellectuels péruviens francophiles. Son père, le juriste Francisco Garcia-Calderón y Martinez-Landa (1834-1905), a occupé les fonctions de président du Pérou pendant quelques mois en 1881 (le gouvernement de La Magdalena pendant la terrible Guerre du Pacifique). L’exil l’amène à passer quelques années à Paris avant son retour au Pérou. Sa mère, Carmen Rey Basadre  (1853-1901), appartient à une grande famille péruvienne. Son frère aîné, Francisco Garcia-Calderon (1883-1953), est philosophe, écrivain et diplomate péruvien, installé en France avec sa famille depuis le début du XXe siècle. Son frère cadet, Ventura Garcia Calderon (1886-1959), est né à Paris pendant l’exil de son père. Diplomate, philologue et écrivain, il publie des poèmes et des contes en langue française.

250px-Francisco_Garcia_Calderon_y_sus_hijosLa Famille Calderón (fiche wikipédia de Francisco Garcia Calderón Landa)

José Garcia Calderón étudie d’abord à l’école des ingénieurs de Lima avant de s’installer à Paris en 1906. Il suit les cours de la section d’architecture de l’École nationale des Beaux-Arts. En 1912, cet étudiant doué obtient du journal L’architecte une bourse de voyage qui lui permet de parcourir la France et l’Europe (Allemagne, Espagne, Italie, Suisse). A la veille de la Grande Guerre, Calderón jouit déjà d’une grande notoriété. Son œuvre, multiple, comprend des tableaux, des dessins, des articles, des notes, des essais, des impressions de voyages, des carnets de guerre et des projets de livres.

Il est domicilié au 3 rue d’Olivet dans les beaux quartiers de Paris quand il s’engage en qualité de volontaire pour la durée de la guerre à Paris le 9 septembre 1914. Il est immédiatement incorporé au 3e régiment de marche du 1er étranger. Soldat de 2e classe, il est promu caporal le 11 décembre 1914 puis affecté au groupe d’aérostation. Observateur en ballon à la 35e compagnie d’aérostiers de campagne (26 janvier 1915), puis à la 43e compagnie (juillet 1915) et enfin à la 30e compagnie (août 1915), le sergent Calderon sert au front, où il s’illustre à plusieurs reprises. Il est cité au journal officiel du 23 décembre 1915 : « Sergent observateur à la 30e compagnie d’aérostiers. Sous-officier de nationalité étrangère, engagé pour la durée de la guerre. A montré beaucoup de courage et de dévouement en assurant avec beaucoup d’habileté et de sang-froid, pendant la période de la préparation et durant les attaques de septembre et malgré un état atmosphérique souvent très troublé, le réglage du tir de l’artillerie ». Adjudant en janvier 1916, il est promu, à titre temporaire, sous-lieutenant d’infanterie à titre étranger et officier observateur le 20 mars 1916. Le 5 mai 1916, son ballon, comme 23 autres ballons répartis sur le front de la Somme à la Meuse, est pris dans une tornade. Le vent provoque la rupture des amarres et son ballon est entraîné vers les lignes allemandes. Calderón trouve le temps de jeter la sacoche contenant ses papiers et les renseignements recueillis par-dessus la nacelle, mais il ne parvient pas à couper le cordeau du parachute pour sauter. Il est emporté avec le ballon puis traîné au sol, trouvant ainsi une mort atroce dans le no man’s land dans le secteur de Brabant-en-Argonne dans la Meuse. Son corps est retrouvé par ses camarades et identifié au moyen de sa plaque militaire : « Garcia Calderon José, EV Paris RE 1 » (pour engagé volontaire Paris régiment étranger 1).

Cet amoureux de la France laisse une œuvre picturale considérable et des écrits en espagnol et en français parmi lesquels les Reliquias et des notes de guerre, publiés par ses frères :

  • José Garcia Calderon, Diaro intimo, 12 de setiembre 1914-3 de mayo, 1916, Lima, Universidad nacional mayor de San Marcos, 1969, 135 p. 
  • José Garcia-Calderon (1888-1916), Reliquias, Paris, s.n., 1917, 82 p.

« LA TRANCHEE, 11 février 1916.

A ceux de nous qui avons quelque teinture de lettres, cela nous amuse de parler des Troglodytes, quoique à vrai dire nous connaissions peu les mœurs de ces ancêtres. Ceux qui ne sont pas bacheliers ne comparent la tranchée à rien : peut-être, comme ce sont pour la plupart des campagnards, leur semble-t-elle un sillon plus profond, dans lequel Dieu sait quel semeur jette des hommes au lieu de blé. On nous dit qu’il y a, tout près, d’autres hommes qui sont vêtus de gris et non de bleu. Nous ne les voyons jamais. Les meurtrières nous font voir un hectare d’herbe sans troupeau, et une ligne de terre derrière un fil de fer. Que nous importe ? Ce qui nous occupe, c’est d’organiser notre vie ».

Pour en savoir plus

  • SHD / DAT : 5 Ye 106 870, dossier de José Garcia Calderon (1888-1916).
  • Anthologie des écrivains morts à la guerre (1914-1918), tome premier, Amiens, Bibliothèque du Hérisson, 1924, p. 706-713.

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