Sur les traces des poilus d’Orient

Document : cimetière militaire de Bitola avec au premier plan la tombe du soldat Momar N’Doye
Origine :photographie d’Eric Allart (avril 2012)

J’ai récemment échangé avec Eric Allart, enseignant, qui m’a fait part d’une initiative intéressante par ses aspects pédagogiques et scientifiques. Une équipe d’enseignants du lycée Mermoz de Vire, soutenue par des spécialistes (Yann Thomas et Sophie Quévillon) et avec le concours de la région Basse-Normandie et de l’académie de Caen, a mené à bien un projet de prospection archéologique sur le thème de la Première Guerre mondiale en Macédoine. L’une des caractéristiques de cette activité est qu’elle a associé des élèves du lycée professionnel Jean Mermoz de Vire et des élèves du lycée Josip Broz Tito de Bitola.

Dès 2009, des enseignants et des élèves du lycée normand ont réalisé un travail de recherche documentaire et de lecture de correspondances et de carnets de guerre de poilus d’Orient. Du 20 au 25 mars 2009, ils ont effectué une reconnaissance sur le terrain, dans le but de localiser les zones de fouilles et de nouer des contacts avec les Macédoniens. A partir du 25 avril et jusqu’au 2 mai 2010, une équipe forte de 15 élèves français et de 15 élèves macédoniens, encadrés par six professeurs (deux Macédoniens et quatre Français), le commandant de la sécurité civile de Bitola et un interprète, ont participé aux investigations sur le terrain à Novaci, sur les cotes 809 et 1050, dans le hameau de Meglenci, à Caniste et sur le mont Kurbaba. Une enquête orale bilingue complémentaire a été réalisée sur l’ensemble des sites visités. Enfin, du 23 avril au 2 mai 2012, dans la continuité de la mission de 2010, sept enseignants et trente élèves des deux nations ont complété le recueil des données sur la cote 1050 et le village de Meglenci.

Les élèves ont ainsi pu recueillir des témoignages en abondance et retrouver de nombreux objets de la Grande Guerre abandonnés par les armées et parfois réemployés par les habitants encore aujourd’hui. Les récits, souvent de seconde main (enfants des témoins), ont permis d’en savoir plus sur la vie quotidienne des soldats français (le commerce de rakia avant les assauts ou encore l’adoption d’un enfant macédonien par les unités françaises dans le village de Rapesh au nord de la boucle de la Cerna). Les élèves ont interrogé les habitants, effectué des relevés topographiques et réalisé un carnet de voyage. Ils ont ainsi fait appel à leurs compétences en expression écrite mais aussi dans les arts appliqués (dessins, photographies). Ces expéditions doivent aboutir à la production de deux rapports d’évaluation archéologique sur le front d’Orient de 1916 à 1918, qui feront l’objet d’une publication. Enfin, en Macédoine, ces recherches ont suscité un grand intérêt. La municipalité de Novaci travaille ainsi à la conception d’un itinéraire touristique et culturel.

This entry was posted in Archéologie, Objets and tagged , . Bookmark the permalink.

8 Responses to Sur les traces des poilus d’Orient

  1. Nicolas Prévôt says:

    Vraiment formidable! Que j’aurais aimé y participer! Bravo aux enseignants qui ont eu cette initiative. Cela me touche particulièrement puisque je suis de Caen et j’ai mené des recherches ethnomusicologiques en Macédoine, sur les fanfares rom. Il est vraisemblable qu’elles aient eu pour origine l’arrivée des Poilus d’orient et la récupération de stock d’instruments par les musiciens locaux.

  2. Eric Allart says:

    Je sais que des gens de notre région ont travaillé avec la DRAC de Caen également sur l’habitat traditionnel des montagnes du sud Macédoine ainsi que la vallée de la Pelagonia. Nous avons eu l’occasion de faire beaucoup de photos de maisons et bâtiments du XIXème à l’abandon ou peu modifiés. Nous avons tenté de repérer des inscriptions et graffiti en vain. Je vais regarder dans mes archives si j’ai des images de fanfare militaire de l’armée française d’Orient en Macédoine. Merci pour votre intérêt.

  3. BOURGADE says:

    bonjour,
    très touchée par cette démarche . Mon grand-père est mort tué par un éclat d’obus ( 1ère section MANGEL ) le 2 avril 1917 sur le pont de la rivière SEMNICA. Il est « présumé » inhumé dans l’ossuaire du cimetière de BITOLA ( 7000 soldats ). J’aimerais savoir pourquoi ils n’ont pas tous pu être identifiés ( 6000 soldats ).
    Merci

  4. minieri says:

    Bonjour, c’est une tres bonne initiative car mon arrière arrière Grand-père (qui avait fait Verdun comme soldat munition de 1ière classe à Verdun, Somme, Marne !). Il embarqua sur un navire de la Marine de Guerre à Marseille ou Bizerte, et participa au Front d’Orient (le Montenegro, l’Albanie, la thessalonie en Grèce jusqu’en Anatolie en Turquie !) .Je ne sais pas le nom du navire d’ou il embarqua mais quelques une de ses lettres parlent de peurs effroyables lorsque des torpilles de sous-marins allemands frolérent la coque du bateau, il écrivit que d’autres de ses camarade furent partis faire le front d’Arabie en Syrie, qu’ils durent débarqués avant la thessalonie à Corfou !.

    Il écrit aussi, lui qui avait fait les tranchées de Verdun, que les pays traversés durant sa campagne étaient trés trés pauvres, qu’ils étaient pour beaucoup musulmans, que les femmes étaient souvent battues et qu’elles travaillaient tres durement même enceintes, que la famine étaient partout présente !!!. Comme de nombreux poilus ayant combattus en thessalonie il tomba malade de malaria et fût évacué sur un navire hôpital fin 1917, puis continua avec mon arrière arrière grand-mère à faire vire la ferme. Au début tout de la Seconde Guerre mondiale son fils (donc mon arrière Grand-père) s’engagea comme comme infimier militaire et fût fait prisonnier et subis les travaux forcés près de Güben à la frontière polonaise, puis fût interné au camp d’extermination de Dachäu ou il fût gazé selon des écrits d’officiers nazis ou fusillé en 1944 selon la Croix Rouge Suisse, nous n’avons jamais su ce qui c’était réellement passé !. Peu de temps après, mon arrière arrière Grand-père décéda d’une pneumonie foudroyante et son père, avait fait la Guerre de 1870 comme marin sur une batterie flottante dans le Nord, participa également au tître de « la revanche ! » au début de la Guerre de 1914 et fût décédé dans les années 1950 !. D’ailleurs les soldats de 1870 (qui en six mois de temps ont fait énormément de morts, de prisonniers, et de malades tout comme celles des campagnes expeditionnaires un peu avant en 1859, notre Nation si orgueilleuse n’en parle jamais, les à toujours quasi-oubliés, tout comme les poilus des régiments étrangers coloniaux qui pourtant avaient combattus si vaillamment et, tres loin de chez eux !!.

    Concernant les fouilles menées sur Bitola !!! je suis étonné que ce ne soit pas les services archéologiques eux-même qui aient entrepris ces fouilles au côté d’Historiens et de services de déminages !. Pourquoi, faire appels aux lycéens alors que beaucoup d’entre eux ne deviendront ni archéologues, ni démineurs, ni historiens ou archivistes professionnels ?! .Cela ne risque t’il pas d’utiliser ou d’acheter un jour un detecteur de métaux et de prospecter clandestinements (sans autorisations prefectorales ou du SRA de la DRAC/Drassm concernées) autours des sites, dans les cimetières, plages et monuments historiques y compris à l’étranger afin de collectionner les documents, ossements, boutons, monnaies, armes, obus, munitions des différentes Guerres !!!? ne risquent t’ils pas un jour de detecter en foret, sur plage, ou près d’un bunker et de tomber sur des sous-munitions !!!!.Souhaitant que leurs enseignants et associations historiques les aient avertis des risques, amendes et dangers de ce soit disant « loisir » ou « sport » !!!

    Cordialement.

    • Nicolas Prévôt says:

      SI je peux me permettre, je trouve justement formidable de laisser cette chance à des lycéens car c’est l’occasion de leur faire vivre une expérience marquante et de les sensibiliser à l’histoire et au respect des lieux et du patrimoine. Et s’ils ont eu l’idée et ont été capables de monter un tel projet, je ne doute pas que leurs enseignants sachent très bien les encadrer et les sensibiliser. Et pourquoi certains (même si c’est un seul d’entre eux) ne deviendraient-ils pas archéologue ou historien? En tout cas, il faut de telles expériences humaines pour faire des gens biens.

  5. Eric Allart says:

    En réalité le projet a été monté naturellement après un lourd travail de conformité avec les autorités locales macédoniennes et l’aval de l’ambassade de France à Skopje. L’Education Nationale, et le bon sens, nous ont amené à intervenir sur des zones sécurisées, avec le remarquable travail de Kostadin Popovski, à l’époque commandant de la sécurité civile de Bitola, élu local, et passionné par la première guerre mondiale.
    La question du déminage est toujours prégnante : aucun travail de nettoyage n’a été fait par les autorités françaises, ni d’ailleurs allemandes, bulgares ou autrichiennes, sur la ligne de front depuis 1918 encore très polluée. Tapis de grenades en forêts, explosions d’obus lors des grands incendies estivaux de 2007-2008. Les demandes faites localement n’ont pas eu d’échos à notre connaissance.

    Le front macédonien n’est pas pris en compte par les DRAC et SRA françaises puisque dans un état étranger souverain. La République de Macédoine est très sensible à son patrimoine historique et culturel, mais dispose de peu de moyens financiers, c’est un petit pays de 3,5 millions d’habitants.
    La coopération avec le lycée Tito de Bitola et nos amis de l’alliance française se poursuit avec cette année scolaire 2013-2014 par l’acheminement d’une stèle commémorative construite par le LP Jules Verne de Mondeville, inspirée par le soldat-artiste Etienne Valentin, et transportée par le section de seconde professionnelle Métiers de la logistique du LP Jean-Mermoz de Vire que j’ai en charge cette année. Nous travaillons également avec une équipe réduite d’enseignants et de chercheurs à la publication du second tome de notre compte rendu concernant la seconde expédition de mai 2012.

  6. Vincent URBAIN says:

    Bonjour Monsieur Allart, je suis Vincent Urbain. Dans le cadre de La Grande Collecte du Centenaire 14-18, je suis en train de fournir à Europeana, un certain nombre de documents familiaux datant de la Grande Guerre. Afin de procéder à quelques recoupements, je me suis livré à quelques recherches sur le net et par bonheur, suis tombé sur vos travaux dont la qualité pédagogique (notamment), m’a complétement époustouflé. Toutes mes félicitations à vous, votre équipe, à ces jeunes et heureux lycéens. Félicitations venant d’autant plus du cœur que je suis moi-même Virois d’origine et que je coopère avec l’Association des Collectionneurs de cartes Postales Virois à partir de tous les documents photographiques légués par mes parents, Daniel et Paulette Urbain. Un de mes grands oncles, Paul Pédoux fut en 1917, mécanicien sur les avions des escadrilles 501, 503 et autres sur les terrains de Batch et de Koritza. Ainsi, ai-je en ma possession quelques photos (de plus ou moins qualité) prises par lui : des avions mais aussi de femmes et d’enfants des alentours. Documents émouvants sur des personnes dont les conditions de vie très difficiles l’avaient touché. Si vous pensez que celles-ci peuvent vous être utiles, je me ferai un plaisir de vous en fournir les scans, voire même de les faire restaurer par mes frères, mieux équipés que cela pour moi. N’hésitez pas à me contacter : mon adresse mail : vurbain@club-internet.fr . Je réside en Alsace à Gueberschwihr, près de Colmar. Au plaisir de vous lire et vous souhaitant de bonnes fêtes de fin d’année. Bien cordialement,
    V Urbain

  7. moron martine says:

    MARTINE MORON
    Bonjour je suis la petite fille de 2poilus d’ orient , mon gd père paternel après le gros marcel près de Thann où il a du rester jusqu’ en 16 ,a été envoyé à Salonique ms je n’ ai aucun document et mon gd père maternel après Craon et verdun est parti pr la Grèce et est resté lgtps à Monastir je possède de nbs courriers de cette région et photos mais surtout d’ horribles cartes postales montrant des pendaisons de bulgares ou turcs organisées par l’ armée francaise
    voilà mon témoignage

Laisser un commentaire