Une exposition originale : « Les malles ont une mémoire »

Les malles ont une mémoire

Voilà quelques semaines, je découvrais l’exposition Les Malles ont une mémoire. L’idée de reconstituer des malles de soldats et de civils de la Grande Guerre m’a beaucoup plu et intrigué. Cette exposition originale est présentée par l’association « L’Alloeu Terre de Batailles 1914-1918″ (ATB 14-18) au Mémorial Ascq 1944 à Villeneuve d’Ascq du 31 mars au 29 août 2013. Son président, Bertrand Lecomte, a bien voulu répondre à quelques questions.

Quelle est l’origine de ce projet ? D’où vient cette idée des malles ? 

Le projet collectif d’exposition itinérante « Les malles ont une mémoire 1914-1918 » a été initié, piloté et mis en œuvre par l’association « l’Alloeu Terre de Batailles, 1914-1918 » (62), présidée par Bertrand Lecomte. Il fédère des musées et associations du Nord et du Pas-de-Calais consacrés à l’histoire des conflits mondiaux, notamment le musée de la bataille de Fromelles (59), le musée du Fort de Leveau à Feignies (59), le musée d’Histoire de Harnes (62), la société historique de Villeneuve d’Ascq et du Mélantois (59), le musée de la Résistance de Bondues (59), l’Office National des Anciens Combattants et le Musée Hospitalier Régional de Lille.

A l’image de l’association ATB 14-18, les différentes structures partenaires possèdent dans leurs réserves et fonds d’archives des documents et objets légués par des familles de soldats ou de civils ayant vécu la Grande Guerre. Ainsi, le musée de la Résistance de Bondues conserve le carnet de notes de Léon Trulin, jeune résistant fusillé par les Allemands en 1915 à Lille, et quelques-uns de ses objets. L’ATB14-18 a collecté, lors d’un échange concernant la recherche d’une sépulture militaire portugaise, les documents du soldat Luiz Perreira Ribeiro, tué le 9 avril 1918, et inhumé dans le cimetière militaire portugais de Richebourg (62).

Certaines familles ont longtemps conservé dans leur grenier une boîte ou une malle contenant les objets et documents souvenirs du père ou du frère ayant combattu pendant la Grande Guerre. Tel fut le cas de la famille Faniard, qui finalement a légué au musée d’Histoire de Harnes (62) la malle du capitaine Alfred Faniard contenant papiers militaires, éléments d’uniforme, casque Adrian, décorations et quelques objets souvenirs. Préservés de la destruction et de la dispersion, qui aurait pu se produire à l’occasion de donations ou ventes séparées, ces objets et documents personnels revêtent aujourd’hui, par leur conservation exceptionnelle, une valeur historique de premier ordre. Véritables sources historiques, en interaction les uns avec les autres, ces objets permettent de retrouver l’histoire de celui ou de celle qui les a utilisés et conservés ainsi que la mémoire véhiculée par leur(s) descendant(s). L’idée de les mettre en scène dans une malle, celle d’origine ou une malle reconstituée, s’est donc imposée d’elle-même. Chaque malle est accompagnée de deux kakémonos, le premier racontant le parcours du propriétaire des objets tout en expliquant la présence de ces derniers et le second mettant en perspective cet itinéraire personnel dans l’histoire de la Grande Guerre.

L’exposition itinérante est née dans le cadre du réseau TransMusSites 14-45, piloté par le département du Nord dans le cadre d’un programme Interreg IV. Le département du Pas-de-Calais et le Pays Coeur de Flandre soutiennent également le projet.

Combien de malles ont-elles été reconstituées ? A qui ces objets ont-ils appartenu ?

Le travail en réseau des différents partenaires du projet a permis de rouvrir ou de recréer 16 malles et donc de raconter 16 parcours différents proposant une vision globale de la société européenne en guerre. La majorité des malles retrace le parcours de combattants. Cinq d’entre elles concernent des soldats de l’armée française aux profils très différents : le capitaine Faniard, militaire de carrière, qui a combattu dans l’armée d’Orient ; Paul Adrien Bouroux, artiste mobilisé au début du conflit, qui a parcouru le front occidental avec son carnet de dessins ; Fernand Denis, qui a été fait prisonnier lors des combats de Maubeuge ; Paul Haine, qui a été tué dans le fort de Leveau ; Alexandre Philéas, infirmier militaire, qui a réalisé de nombreuses photographies durant sa présence au front. Une autre malle raconte le destin tragique du lieutenant Colpin, assassiné en Allemagne en 1923, alors qu’il appartenait aux troupes françaises occupant la Rhénanie. Deux combattants alliés sont également présentés dans l’exposition : le soldat britannique Ivor Gurney, musicien et poète, dont le traumatisme psychologique hérité de la guerre en France et en Belgique a marqué son œuvre, et le capitaine portugais Luiz Pereira Ribeiro, tué en 1918 lors de l’offensive allemande de printemps. Trois malles reconstituées de combattants allemands complètent l’ensemble : celle de Max Ghelsen, dont les aquarelles montrent les différentes positions qu’il a occupées, celle de Seilnacht, qui a dessiné son quotidien sur le front des Flandres belges et françaises, et celle d’un officier inconnu qui a pris des photographies. Les civils et les femmes sont également concernés par l’exposition. En effet, la richesse des collections et documents d’archives des structures partenaires a permis de créer une malle pour Léon Trulin, qui a résisté en zone occupée avant d’être fusillé, pour Marie Carrère-Hovart, témoin du régime de l’occupation allemande dans le Nord, pour Julie Jambart Bailliez, qui a vécu l’occupation allemande dans le Pas-de-Calais avant d’être rapatriée en France via la Suisse en 1917, pour Aline Carlier-Morel qui, après avoir vécu la violence de la guerre de mouvement et la vie sous les obus en zone libre, s’est réfugiée à Beauvais, et pour Walter Dewé, un civil belge animateur de réseaux de résistance pendant les deux guerres mondiales.

L’ensemble des malles offre donc une série d’entrées concrètes dans l’histoire de la Grande Guerre facilement utilisables lors des cours d’histoire des écoles, collèges et lycées. Les objets qu’elles renferment offrent une médiation intéressante entre le visiteur et l’histoire des personnages sélectionnés.


Les Malles de Soldats s’exposent à Bondues ! par GrandLilleTv

Pouvez-vous dresser une typologie des objets exposés ?

Les objets présentés dans les malles sont très variés. La typologie est binaire : des objets militaires (uniformes, petits objets du paquetage, baïonnette, casques, képis, casquettes, livrets et papiers militaires, décorations, matériels médicaux militaires …) et des objets ou documents personnels (glissés dans le paquetage ou utilisés par les civils : appareils photos, carnets de notes ou de dessins, partitions de musiques, poèmes, photographies, …).

Quelles recherches avez-vous menées pour préparer l’exposition ?

Un important travail d’analyse des documents personnels conservés avec les objets a été réalisé dans chacune des structures partenaires. Cette étude a permis de retracer avec précision le parcours des personnages. Ensuite, des recherches dans différents centres d’archives ou sur des sites internet (archives départementales du Pas-de-Calais et du Nord ; Service historique de la Défense ; Imperial War Museum, Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine, In Flanders Field Museum, The First World War Poetry Digital Archive ; Mémoire des Hommes, …) ont permis de mettre en perspective les histoires individuelles dans celle de la Grande Guerre.

 

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