#RWEB1418 : Suivez le guide dans les sources numérisées de la Grande Guerre

Présentation

Les 10 et 11 avril, la mission du Centenaire a organisé les Rencontres du Web 14-18 à la Gaîté Lyrique à Paris. A cette occasion, nous sommes intervenus pour introduire la journée du 11 avril consacrée aux sources numérisées et à leur exploitation. Nous publions ici le texte de notre communication.

Nous avons cherché à brosser un tableau synthétique des sources en ligne et des descriptions de sources, autrement dit des instruments de recherche, parce que la mise en ligne de sources n’a de sens que si elles sont interrogeables, ce qui suppose un long travail préalable de description et d’indexation par des professionnels, que les utilisateurs gagnent à comprendre. Ce tableau est loin d’être exhaustif.

Tout part de notre blog…

Depuis 2012, nous écrivons ce blog, que nous alimentons au gré de nos rencontres, de nos découvertes et de nos sujets de recherche. Ce blog, nous l’avons créé pour plusieurs raisons. D’abord nous voulions mettre nos deux expériences d’enseignant-chercheur et de conservatrice du patrimoine au service de notre intérêt commun pour les sources de la Grande Guerre. La forme du blog, tout en nous offrant un outil de travail, permet une libre expression et des possibilités de partage et d’échange avec les internautes. Nous souhaitions en particulier :

  • découvrir et partager des sources nouvelles, sur le web notamment mais pas seulement ;
  • mettre en valeur des sources, sans se limiter aux plus connues ;
  • mettre en valeur les initiatives d’historiens, d’archivistes ou de passionnés autour des sources ;
  • mettre en valeur les instruments de recherche et les différents modes de publication des sources.

C’est pourquoi nous insérons systématiquement dans nos articles des liens vers des archives en ligne, usant et abusant de l’hypertexte qui fait la richesse du web.

Pour approfondir notre compréhension des sources, nous nous attachons à expliquer comment elles ont été constituées et conservées (la notion archivistique de producteur, les historiques de conservation, les lacunes et les limites des sources, etc.) et comment on accède à ces informations.

LES SOURCES EN LIGNE

Quels types de sources ?

  • Les « sources manuscrites »
  • Les sources figurées (photographies, films)
  • Les sources imprimées (mémoires et souvenirs principalement)
  • La presse
  • Les objets (dans les musées et les collections privées)
  • L’archéologie (objets et sites)
  • L’art, la littérature, le cinéma

Qu’apportent la numérisation et la mise en ligne des sources ?

  • Une meilleure préservation des documents originaux (deux exemples : les registres matricules abîmés par les nombreuses manipulations ou les photographies, support fragile).
  • Une plus grande accessibilité, qui permet de pallier la dispersion géographique des sources et de faire des recherches à distance et à toute heure, que ce soit sur des documents isolés ou sur des corpus.

Quelles sont les principales sources numérisées et mises en ligne ?

Toutes les sources de la Grande Guerre ne sont pas en ligne, loin de là (et ne vous aventurez pas à poser à un archiviste la question qui fâche : « quand tout ce papier sera-t-il enfin numérisé ? »…).

1/ Les archives qui permettent de retracer le parcours d’individus pendant la guerre (militaires mais pas seulement) :

2/ Ces sources sont à compléter par d’autres sources à caractère individuel non spécifiques au conflit

  • Les dossiers individuels de Légion d’honneur, dans la base Léonore ;
  • L’état civil (actes de naissance, actes de décès ou transcription après la guerre).

3/ Des sources figurées

4/ La presse et les imprimés

La presse, y compris la presse locale, ainsi que dans une moindre mesure les imprimés, se trouvent évidemment sur Gallica mais aussi parfois sur les sites des archives départementales, à l’instar des Archives départementales du Morbihan.

Quels sont les différents modes de publication des sources ?

En premier lieu on pense aux sites internet d’institutions patrimoniales ou documentaires : les bibliothèques numériques (L’Argonnaute de la BDIC) ou les rubriques d’archives en ligne sur les sites internet de  très nombreux services d’archives en France. Au-delà de la seule mise à disposition des collections en ligne, de plus en plus de sites ou blogs institutionnels consacrés à la Grande Guerre présentent des sources en les contextualisant (exemple du blog Saint-Denis et la guerre de 14 des Archives municipales de Saint-Denis).

A l’occasion du Centenaire, certains services ont mis en commun leurs ressources à l’échelle d’un territoire, pour présenter les sources sur un seul site internet. Ainsi, le site du département du Finistère permet d’accéder à des sources provenant des Archives départementales mais aussi des archives municipales (Landerneau, Quimper) et des archives diocésaines (Quimper et Léon).

Au niveau national, le portail officiel du Centenaire, animé par la Mission du Centenaire, est alimenté par des sources provenant de diverses institutions, à des fins de signalement et de mise en valeur de ces ressources et initiatives diverses.

De plus en plus de portails agrègent des données provenant de diverses institutions : par exemple, le Grand Mémorial à l’échelon national ou Europeana à l’échelon européen. A terme, il faudra aussi compter avec le Portail national des archives en France.

Ces portails présentent un grand intérêt. Les institutions patrimoniales et documentaires y gagnent en visibilité de leurs fonds. Les internautes voient leurs recherches facilitées : rigueur de l’interrogation ou sérendipité, un plus grand nombre de sources leur sont révélées ; les portails permettent de croiser les sources et d’avoir accès à des corpus plus importants.

Attention, il ne faut pas attendre de ces portails ce qu’ils ne peuvent pas offrir : ils permettent certes de repérer des sources plus facilement, mais ils ne dispensent pas de la consultation des sites internet des institutions détentrices des fonds. En effet, c’est là qu’on trouvera la description fine des données, qui ne peut pas toujours être dupliquée avec le même niveau de détail sur les portails. Il faut savoir que la mise à disposition de documents numérisés à l’attention des portails oblige les institutions à mener un travail parfois complexe de normalisation des descriptions, pour rendre leurs données interopérables et « moissonnables » par ces portails. De même, les portails permettent de repérer des documents, qui peuvent paraître isolés : si on s’arrête là au lieu d’aller consulter le site de l’institution, on risque de passer à côté de la compréhension des fonds dont ces documents sont issus. Les principes de la recherche sur internet ne sont pas fondamentalement différents de ce qu’on connaît avec le papier et les salles de lecture physiques : un document d’archives n’a de sens que dans son contexte.

Les médias sociaux (Flickr, Pinterest, Twitter, Facebook), initialement destinés à communiquer ou à échanger avec les publics, sont également utilisés pour publier des sources. Ainsi, après avoir « redécouvert » dans leurs collections le journal intime de l’architecte blésois Paul Legendre, les Archives départementales du Loir-et-Cher ont conçu une édition intégrale en ligne, pour laquelle Facebook semblait le médium le plus approprié, en raison de la dimension journalière. Quelques phrases d’accroche illustrées sur Facebook et l’intégralité du texte est diffusé sur le portail Culture41.fr. Autre exemple, les Archives départementales de la Manche utilisent Pinterest pour partager une grande variété de sources.

Enfin, il ne faut pas oublier les sites venant d’initiatives privées, souvent d’amateurs éclairés, sur lesquels on trouve des photos, des documents, des ressources et des analyses, à l’instar du Parcours du Combattant 14-18 ou des blogs régimentaires

On ne peut que saluer ces évolutions très positives des dernières années, ce qui n’empêche pas d’être conscient des limites.

Les sources numérisées et mises en ligne sont encore principalement des sources présentant un intérêt généalogique et permettant de connaître des individus et des parcours.

De plus, la logique de mise en ligne de documents figurés ou de « trésors », qui satisfont la curiosité, se fait au détriment des corpus de sources qui permettraient des études de fond (notamment sur la vie à l’arrière, moins présente dans les sources numérisées que le fait militaire) et des renouvellements des problématiques de recherche.

Par ailleurs, notons que la numérisation et la mise en ligne des sources ont un coût élevé pour les établissements ou collectivités qui les supportent, alors que la consultation en ligne est gratuite la plupart du temps (voir à ce sujet Numériser et mettre en ligne les registres matricules : l’exemple des Archives départementales de la Drôme).

Enfin, la décentralisation qui caractérise le réseau des archives et bibliothèques publiques en France explique l’hétérogénéité dans les choix de mise en ligne de sources ; la contrepartie de l’absence d’harmonisation est la liberté offerte aux institutions de valoriser des sources qui présentent une spécificité (liée à l’histoire locale ou aux aléas de la conservation).

La mise en ligne des sources est précieuse, mais comme elle ne sera JAMAIS exhaustive, il ne faut pas négliger la mise en ligne des « descriptions de sources », afin de ne pas passer à côté des sources non numérisées.

ACCÉDER AUX SOURCES : DES RÉPERTOIRES AUX SALLES DES INVENTAIRES VIRTUELLES

D’abord on peut faire le constat de l’hétérogénéité des catalogues et autres instruments de recherche en ligne, pour des raisons qu’il n’est pas utile de développer ici.

Sur la Grande Guerre, on trouve différents « instruments » en ligne :

  • les répertoires traditionnels (par exemple ceux de la série R dans les archives départementales ou de la série H dans les archives communales, séries consacrées aux affaires militaires) ;
  • les fiches méthodologiques sur des types de sources : la multiplication de ces fiches concernant 14-18 est à mettre au crédit du centenaire, archivistes et bibliothécaires ayant tenu à guider les internautes parmi la masse d’informations (voir à titre d’exemple la fiche consacrée aux pupilles de la Nation sur le site des Archives départementales du Nord) ;
  • les guides des sources comme par exemple celui des Archives départementales du Loiret ou le guide des sources en construction aux Archives d’Ille-et-Vilaine. Pour montrer la complémentarité des sources,  ce dernier décrit toutes les sources conservées dans le département (aux archives départementales, dans plus de 300 communes, aux archives diocésaines) ainsi qu’aux Archives nationales et dans les archives militaires (SHD, ECPAD, SAMHA de Limoges, Val-de-Grâce). Ce guide aura aussi une dimension didactique qui le rapproche d’un guide de recherche. Les archivistes ont voulu expliquer qui a produit les sources et contextualiser ces sources, pour faciliter leur exploitation et donner des pistes de recherche, y compris au chercheur qui s’intéresse à un département comme l’Ille-et-Vilaine au début du XXe siècle. A découvrir fin 2015 sur un site internet dédié…

Pour ce qui est de la forme et des modes d’interrogation, tous les instruments de recherche ne sont pas encore en ligne et on trouve de tout :

  • de vieux inventaires océrisés ;
  • des inventaires plus récents, en PDF par exemple ;
  • et de plus en plus, des instruments de recherche normalisés et structurés (à partir de bases de données), à l’instar de ce que proposent maintenant les Archives nationales avec la salle des inventaires virtuelle.

Comme pour la mise en ligne de sources, la diffusion des descriptions de sources tire également profit des portails (par exemple : le Portail européen des archives, à ne pas confondre avec Europeana).

Un autre des enjeux pour les institutions qui veulent favoriser l’accès aux sources est d’aller vers l’internaute et  de l’aider à s’orienter, consciemment ou non (grâce au web sémantique), dans cette toile tentaculaire. Les internautes commencent toujours une recherche par les moteurs de recherche (Google, …), quand ils ne savent pas sur quel site spécialisé ils devraient se rendre. Il s’agit donc de rendre les métadonnées accessibles aux moteurs de recherche. L’exemple le plus abouti à ce jour est celui de la Bibliothèque nationale de France avec data.bnf.fr.

Enfin, les sites internet et les instruments de recherche présentent de plus en plus une dimension collaborative. L’identification, comme aux Archives municipales de Saint-Denis, ou l’indexation participative se font en ligne ou via le numérique par les internautes ou les cercles généalogiques. Par exemple, Un Jour Un Poilu (@1J1poilu sur Twitter) pour l’indexation des fiches des soldats morts pour la France, ou l’indexation des registres matricules avec le « Petit Mémorial » développé par le centre généalogique des Côtes d’Armor (Matricule 22).

Pour conclure, les évolutions sont rapides et ce panorama des sources en ligne sera caduc d’ici peu, tant les initiatives sont nombreuses. Le temps de la simple mise à disposition de documents ou de collections dans lesquels les chercheurs ou internautes viendraient faire leur marché est révolu : le numérique offre des possibilités multiples de coopération entre les gardiens de ces sources et les utilisateurs, même s’il ne dispense pas complètement de la fréquentation des sources originales dans les salles de lecture !

2 Comments

  1. Merci pour cette belle synthèse et pour ce blog, que je consulte régulièrement.
    Depuis quelques jours, une question m’obsède : pourquoi ne créé-t-on pas un répertoire numérique des poilus identifiés et documentés ?
    En effet, nous sommes nombreux à avoir fait « revivre » un poilu à travers une numérisation de carnet de guerre, un billet de blog, une fiche de parcours individuel dans une exposition virtuelle. En quelques années des milliers de poilus ont fait l’objet, de façon isolée, de recherche documentaires, amenant à établir une biographie, un parcours individuel dans la guerre.
    Or, aucun répertoire, à ma connaissance, ne rassemble ces ressources éparpillées sur le web et dans les livres.

    Moi, par exemple, je m’intéresse à un soldat du 33 RAC. J’aimerai retrouver des témoignages d’autres soldats de son régiment. Il existe peut-être, quelque part sur internet, un billet de blog rédigé par le descendant d’un compagnon de tranché de mon ancêtre. Comment le retrouver ?
    Je parcours fébrilement les expositions virtuelles espérant trouver un poilu du 33e… sans succès.

    A-t-il été envisagé de créer une base de données des poilus documentés, où chacun pourrait remplir une fiche signalétique sommaire (lieu de naissance, régiment(s), grade, lieu de décès, lieu d’emprisonnement), comprenant des liens vers des documents numérisés s’il en existe (fiche mort pour la France, correspondance, journaux de guerre) et vers les éventuels travaux publiés sur ce poilu (livre, billet de blog, expo virtuelle). Est-ce réalisable?
    Je suis persuadée que ce serait un outil très utile pour tous ceux qui s’intéressent à la vie des poilus…

  2. Bonjour,
    Mon grand père BAUDIC Jean né le 7 août 1896 à st Brigitte ( Morbihan) et demeurant à Mûr de Bretagne ( Cotes d’Armor) a été incorporé en 1916.Il figure dans les Archives Départementales ( Recensement militaire) de St Brieuc dans les Tables ( 1916) 01R1487 à la page 4/28 Matricule 400 et en marge GUIN, pour Guingamp.

    Dans les Archives (1916 Guingamp registre Matricule ) 01R1476 on y trouve à la page 527/803 le Matricule 16 222 00399…Mais à la page 528 le Matricule 160222 00403.Donc les 16 222 00 400, 401 et 402 sont absents ( à la page 543 il y a un homonyme)
    Comment cela a t’il pu se produire et pourrai je trouver autrement son dossier !

    Merci et cordialement
    JB

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