Il n’y avait pas de Britanniques à Verdun…

peaky-blinders-5277bd833cfd7Dans l’excellente série Peaky Blinders diffusée sur Arte, je trouve que les traumatismes des anciens soldats issus des milieux populaires, les solidarités entre les combattants, la violence sociale exacerbée par la guerre, la montée des mouvements communistes en Grande-Bretagne (et l’obsession de Churchill de les détruire) sont bien montrés. Toutefois, dans le 2e épisode de la saison 2, j’ai été surpris d’entendre que des soldats britanniques avaient participé à Verdun. Pour résumer : dans une lettre à Churchill, le personnage principal de la série, Tom Shelby, chef de clan des Peaky Blinders, expose son passé d’ancien combattant et notamment sa participation aux batailles de la Somme… et de Verdun. Ensuite, on voit Churchill lire la lettre à ses collaborateurs et leur demander : qui a fait la Somme ? Les mains se lèvent. Qui a fait Verdun ? Les mains se lèvent aussi ! Or il n’y a jamais eu un seul régiment britannique déployé sur le front de Verdun pendant la guerre. Tout au plus quelques officiers de liaison britanniques, affectés dans des états-majors de grandes unités, ont peut-être parcouru ce secteur…mais pas plus. Cela en dit long sur la mémoire de la bataille de Verdun chez les Britanniques. L’expression « Qui n’a pas fait Verdun, n’a pas fait la guerre » aurait-elle un sens chez les Anglo-Saxons ? En tout cas, c’est  pour moi l’occasion de synthétiser quelques éléments de réponse à une question fréquente : comment localiser une unité pendant la Première Guerre mondiale ?

Quelques définitions pour commencer…

Il n’est pas inutile de rappeler le sens de quelques termes militaires.

  • L’ordre de bataille : c’est l’ordre dans lequel doivent se placer les unités (bataillon, batterie, escadron, compagnie, régiment, brigade, division, corps d’armée) les unes par rapport aux autres au cours d’une revue ou dans la perspective d’une bataille. L’ordre de bataille peut prendre la forme d’un schéma, d’un tableau ou d’un plan. Ce type de document existe de puis longtemps dans les armées (voir cette sélection d’ordres de bataille sur Gallica). Il faut retenir que pendant la Grande Guerre, l’ordre de bataille présente le commandement d’une formation militaire et tous les éléments rattachés (voir l’ordre de bataille du 110e régiment d’infanterie à la mobilisation et ici, 26 N 680).
  • Le stationnement des troupes est un terme de l’administration militaire (à ne pas confondre avec le stationnement en art militaire qui correspond, pour un troupe, à la période qui suit une marche ou un combat pour le repos). Le stationnement signifie l’établissement d’une armée en campagne dans une zone pour une période temporaire. Le stationnement diffère de la station qui a un caractère permanent.
  • L’emplacement des troupes : avant la guerre, chaque année, le ministère de la Guerre publie un Livret d’emplacement des troupes* faisant connaître, par région de corps d’armée, les lieux de garnison occupés par les corps, fractions de corps et détachements, ainsi que ceux des états-majors et services divers. Pendant la guerre, cet emplacement des troupes sur le front est également organisé. En effet, chaque unité, de l’armée à la section, se voit confier l’occupation d’un secteur soigneusement délimité par « une limite gauche et une limite droite », comme disent les militaires. Le commandement possède une connaissance précise de l’emplacement des grandes unités sur le front.
  • La garnison : ensemble des troupes stationnées dans une localité ou chargées de sa défense.
  • La caserne : bâtiment servant au logement des troupes.
  • Le camp : espace de terrain sur lequel sont établies les troupes sous des abris légers ou provisoires.
  • Le cantonnement : installation de troupes dans des lieux habités.
  • Le bivouac : établissement des troupes pour un séjour généralement très court en plein air sous des abris improvisés.

Pendant la guerre, les unités sont très mobiles. Elles alternent les séjours au front et à l’arrière, au combat, à l’instruction, au repos, etc.

Quelques pistes pour localiser une unité.

  • Il faut commencer par les sources classiques : les journaux des marches et opérations, les historiques régimentaires et les souvenirs. Ces archives ont pour avantage de donner la localisation des troupes avec précision, parfois au niveau de la section. Cependant, ces sources ne permettent pas d’avoir une vue d’ensemble synthétique globale sur la durée de la guerre ou sur l’ensemble du front.
  • Les Armées françaises dans la Grande Guerre (AFGG) et en particulier les cartes et les deux volumes du tome X (1er volume et 2e volume) dans lesquels se trouvent l’ordre de bataille des grandes unités, un index géographique, une liste des abréviations employées dans les ordres de bataille des grandes unités (toujours très complexe !!!) et enfin des tableaux synthétiques pour les grands quartiers généraux, les groupes d’armées, les armées, les corps d’armées, les divisions d’infanterie et de cavalerie. Ces deux volumes donnent des informations précises sur les affectations organiques par exemple (très utiles) et les noms des commandants de l’unité. Ensuite, pour chaque unité, le chercheur trouvera deux tableaux. Le premier donne la composition organique de l’unité. En somme, il permet de savoir de quoi est composé une grande unité à un temps donné (infanterie, artillerie, cavalerie). Le second tableau est celui des rattachements et des situations de chaque grande unité à un temps donné. Ces deux tableaux sont très utiles pour localiser des troupes. Cependant, on descend rarement au-dessous du niveau de la brigade. Il faut donc connaître l’unité de rattachement (ce qui peut parfois être très compliqué) pour entamer des recherches, souvent fastidieuses et complexes (sans parler des cartes !).
  • Les ordres de bataille, les documents relatifs au stationnement et à l’emplacement des troupes et les cartes sont les principales typologies documentaires qui peuvent aider à localiser les troupes. Ces archives sont nombreuses à Vincennes, mais elles sont rarement complètes, souvent peu détaillées et disséminées au sein de la série N, en particulier dans les archives du GQG (16 N). On descend rarement au-dessous du niveau régimentaire. Par exemple, le carton 5 N 154 est composé d’archives sur les effectifs et les emplacements des troupes du sud-tunisien, les effectifs par armes des troupes stationnées en Afrique du Nord et la répartition des troupes d’occupation du Maroc en mars 1916. Il faut donc être curieux et bien connaître les structures de l’armée pour les retrouver et les comprendre. Il existe également des cartes sur lesquelles sont reportés les emplacements des troupes (voir par exemple cette sélection de cartes présentée par l’IGN sur le site internet de la Mission du Centenaire). Ces cartes sont d’une grande diversité. Les cartons 16 N 3196 et 3197 contiennent des cartes ethnographiques, politiques et d’emplacements de troupes de tous pays, mais notamment d’Asie, de Turquie d’Asie, de Palestine, de Syrie, de Mésopotamie et d’Arabie de 1914 à 1919. A noter qu’il existe des archives concernant l’emplacement des armées étrangères en France. Par exemple, les cartons 7 N 2232 à 2236 sont composés d’archives portant sur les effectifs, l’ordre de bataille et l’état de stationnement des troupes américaines en France de 1917 à 1919. En revanche, je n’ai rien trouvé sur une éventuelle trace de l’armée britannique à Verdun…

Pour retrouver la localisation d’une unité, il faut s’armer de patience, utiliser une bonne carte et disposer d’une documentation sur l’unité recherchée pour trouver les rattachements organiques par exemple. Il faut accepter de se tromper et de revenir en arrière. Enfin, il faut garder à l’esprit que les archives n’apporteront pas de réponse toute faite et qu’il sera indispensable de croiser différentes sources.

En complément :

Parcours de guerre des régiments français sur le site internet Front de champagne 1914-1918.

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