La caisse à livrets

Georges Paul Leroux (1877-1957), Aux Eparges, soldats enterrant leurs camarades au clair de lune, vers 1939 (Cliquer sur l'image pour en savoir plus)
Georges Paul Leroux (1877-1957), Aux Eparges, soldats enterrant leurs camarades au clair de lune, vers 1939 (Cliquer sur l'image pour en savoir plus)
Georges Paul Leroux (1877-1957), Aux Eparges, soldats enterrant leurs camarades au clair de lune, vers 1939
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À la veille de la Première Guerre mondiale, les livrets font partie du quotidien des militaires : livrets de bouche à feu, d’emplacement des troupes, d’étapes, d’infirmerie, de munitions, d’ordinaire, de solde, etc. On connaît davantage, – et on confond parfois -, ces deux types de livrets à caractère individuel que sont le livret individuel et le livret matricule. Les livrets individuels, souvent appelés livrets militaires, étaient en possession des soldats et ont souvent été conservés par les familles. Les livrets matricules étaient dans les mains de l’administration et n’ont pas été conservés, ou à la marge, à l’exception de ceux des officiers, qui ont été insérés dans leurs dossiers de carrière ; petite spécificité pour les officiers issus du rang, leurs dossiers individuels conservent à la fois leur livret matricule d’officier et leur livret matricule d’homme de troupe.

LE LIVRET INDIVIDUEL

Le livret individuel est un document incontournable pour un homme du début du XXe siècle. Tout homme sous les drapeaux se voit attribuer un livret individuel. La première page est complétée par le bureau de recrutement, puis le livret est envoyé, avec le livret matricule, au corps d’affectation. Ensuite il est remis au soldat. Il est expressément recommandé aux hommes de garder leur livret, même après avoir accompli le temps de service légal, afin de pouvoir, le cas échéant, justifier de leur libération définitive. En cas de perte, le bureau de recrutement trouve dans le livret matricule les informations nécessaires pour établir un duplicata. Le livret individuel doit être vérifié et complété lors des périodes d’exercices.

Il contient notamment les informations suivantes, plus ou moins bien renseignées sur chaque homme : état civil, signalement, situation militaire, campagnes, blessures, décorations, instructions diverses, compétences particulières, avis de changement de domicile, fiche de vaccination. Très rarement, on y trouve une photographie d’identité. En cas de blessure, on peut en détacher un billet d’hôpital, qui doit être rempli au poste de secours avant tout évacuation vers une formation sanitaire. Le livret contient également un bon pour servir de feuille de route, en prévision du retour au foyer par voie de chemin de fer, ainsi que le fascicule de mobilisation, qui indique quand et comment rejoindre le lieu indiqué en cas de mobilisation.

Plus ou moins complet, le livret individuel peut s’avérer décevant s’il s’agit d’un duplicata ou au contraire riche de détails qui n’apparaissent pas ailleurs. On y trouve aussi une partie des informations données par la fiche matricule. Ils se retrouvent aujourd’hui dans les archives familiales ou, parfois, sans qu’on sache exactement pourquoi, dans les archives communales.

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Livret individuel d’Armand Héligon, né à Pipriac le 16 avril 1885. Cultivateur, il est mobilisé en qualité de soldat à la 4e section d’infirmiers militaires du groupe de brancardiers de la 8e division d’infanterie. Il est tué à la relève des blessés dans le Bois de Sassay à Villers-devant-Dun (Meuse) le 31 août 1914 [collection particulière, Gilles Cadoret]

LE LIVRET MATRICULE D’HOMME DE TROUPE

Tout homme en âge de servir doit être pourvu d’un livret matricule. Ouvert par le commandant de recrutement puis mis à jour par le commandant de compagnie, le livret matricule contient des renseignements sur un militaire (état civil, signalement, titre sous lequel il est lié au service) et ses états de services (incorporation, affectation, grades, campagnes, blessures, périodes d’exercices, citations, passage dans la disponibilité, la réserve, la territoriale et la libération définitive du service, etc.). Ce document contient aussi des informations sur les punitions, les condamnations et réhabilitations, les instructions suivies, les effets perçus et les mesures, les permissions, les notations, etc. Des pièces annexes y sont parfois attachées : rapport de gendarmerie, fiche matricule, états signalétiques et des services, certificat d’aptitude physique pour l’incorporation, billet d’hôpital. Le livret matricule d’un homme affecté dans un autre corps est envoyé dans cette nouvelle affectation. Celui d’un officier est inséré dans le dossier d’officier. Quand le militaire passe dans la réserve, le livret matricule est renvoyé au commandant du bureau de recrutement avant d’être transmis au corps où il doit être affecté en cas de mobilisation. Ce livret matricule permet notamment à la hiérarchie d’actualiser la situation administrative d’un homme, d’apprécier la valeur d’un homme et le cas échéant de l’utiliser selon ses aptitudes. Une fois les hommes libérés de leurs obligations militaires, leurs livrets militaires sont réglementairement détruits par les bureaux de recrutement. Certains ont échappé à cette destruction et l’on peut en trouver en série R des Archives départementales exceptionnellement. Ces livrets sont intéressants parce qu’ils peuvent contenir davantage d’informations que les registres matricules.

En campagne, le livret matricule reçoit les mêmes inscriptions qu’en temps de paix et il est tenu par le commandement de l’unité. Aujourd’hui, on se demande souvent comment l’administration militaire a réussi à tenir à jour les informations relatives à des millions d’hommes. Ce sont notamment ces documents qui ont permis d’administrer avec une grande rigueur la situation de tous les soldats pendant la guerre. Un témoignage nous en est donné dans le journal d’un artilleur, Ivan Cassagnau, réédité en mars 2014 par les éditions Libretto,  Ce que chaque jour fait de veuves. À la date du 1er octobre 1914, Cassagnau écrit : « Le lendemain matin je me rends avec le trompette à Frémerville, à l’échelon, pour consulter la caisse à livrets matricules, de façon à pouvoir fournir des renseignements sur l’état civil de nos morts« .

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Livret matricule d’homme de troupe du sous-lieutenant Diallo Mactar (1891-1920) [SHD Guerre : 4Ye 3039]

LE LIVRET MATRICULE D’OFFICIER

Au même titre que les hommes de troupe et les chevaux appartenant à l’État, les officiers, y compris les réservistes, sont immatriculés sur un livret spécial appelé livret matricule. Le livret matricule d’officier est généralement ouvert par le major du corps. Il est renseigné par le commandant de l’unité dans les corps de troupe, l’officier trésorier pour les officiers d’état-major et par le chef de service en dehors des corps de troupe.

Ce livret suit l’officier dans toutes ses affectations. Il donne des renseignements sur : l’état civil, le signalement, les affectations et les dates d’arrivée, les grades obtenus et les dates de promotion, le décompte de la durée des services, les campagnes avec les dates de début et de fin et les engagements auxquels l’officier a pris part, les blessures, les actions d’éclat et citations, les lettres et témoignages officiels de satisfaction et les décorations françaises et étrangères, la date et les motifs de cessation de service, les permissions et des renseignements divers (cours, formations, détachements, etc.).

Quand un officier est rayé des contrôles de l’armée, le livret est transmis au ministère de la Guerre pour être archivé. Aujourd’hui, plusieurs centaines de milliers de dossiers d’officiers généraux, supérieurs et subalternes sont conservés au Service historique de la Défense à Vincennes (voir les précédents articles sur ces dossiers : officiers en série et Messieurs les officiers, vos papiers s’il vous plaît ! ).

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Livret matricule d’officier du sous-lieutenant Alain de Fayolle (1891-1914), tué au combat en Belgique le 22 août 1914
[SHD Guerre : 5ye 100316]

1 Comment

  1. Bonjour
    Mon oncle harkat mohamed à un livret individuel avec une décoration
    Médaille commémorative des opérations de sécurité et du maintien de l’ordre en A.F.N en 1958.

    Aujourd’hui il veut savoir quelles sont les démarches à faire pour faire valoir ses droits à une pension s’il y en a une bien sûr.
    Très cordialement .
    Harkat hakima ki

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