Drieu La Rochelle, La Comédie de Charleroi : Pragen est Jéramec

la-comedie-de-charleroi-407790-250-400Publiée en 1934, La Comédie de Charleroi de Pierre Drieu La Rochelle rassemble six nouvelles sur la Grande Guerre (voir sur le site internet du CRID la fiche consacrée à cet auteur). La première, intitulée La Comédie de Charleroi, porte sur la célèbre bataille d’août 1914. En 1919, la mère d’un jeune soldat du nom de Claude Pragen, tué pendant la bataille de Charleroi en Belgique (21-23 août 1914), décide de voir l’endroit où son fils est tombé. Un camarade de régiment de Claude l’accompagne et raconte ce voyage rendu burlesque par la vanité de cette femme. À travers ce pèlerinage, le narrateur revit sous forme de comédie ce qu’il a vécu comme une tragédie. Cette nouvelle, à mi-chemin entre la confession et l’invention, décrit le fossé qui sépare ceux qui ont vécu les combats et les gens de l’arrière. Le lecteur est transporté sur le champ de bataille ; il suit le héros au moment de son baptême du feu ; il est témoin de son découragement, de son exaltation et de sa peur ; enfin, il est sur le champ de bataille après la guerre. Dans ce récit transparaît l’expérience douloureuse, et jamais oubliée, de la guerre des combattants.

En avril 2014, à l’occasion du colloque consacré à La Bataille de Sambre-et-Meuse d’août 1914 qui s’est tenu à Auvelais et Namur en Belgique, j’ai rencontré un passionné d’histoire de la Grande Guerre. Bernard Lejeune vit à Nalinnes, un bourg situé à quelques kilomètres au sud de Charleroi, où Français et Allemands se sont affrontés le dimanche 23 août 1914. Passionné par cette bataille et familier des lieux, il m’a guidé sur le champ de bataille de Nalinnes et dans le cimetière militaire franco-allemand de Tarcienne. Grâce aux nombreux témoignages allemands, belges et français qu’il a compilés et étudiés, il a acquis la certitude que La Comédie de Charleroi s’est jouée à Nalinnes. Dans un recueil de documents consacré à ces combats, il montre que La Comédie de Charleroi est en partie une oeuvre autobiographique, écrite à partir de souvenirs de Drieu La Rochelle à Nalinnes.

La Comédie de Nalinnes

Né à Paris en 1893, Pierre Drieu La Rochelle est mobilisé au 5e régiment d’infanterie au début du mois d’août 1914. Le 23 août, Drieu connaît le baptême du feu à Nalinnes, la plus forte expérience de son existence. Le régiment est disloqué par l’offensive allemande et les pertes sont élevées. Drieu découvre la guerre dans toute son horreur. Il est blessé à la tête alors que son ami André Jéramec, avec lequel il était lié depuis1911, est porté disparu. En croisant les sources françaises et belges avec le récit de Drieu, Bernard Lejeune démontre que le bourg d’Esquemont est Nalinnes et que Claude Pragen n’est autre qu’André Jéramec.

Sa démonstration est illustrée par de nombreux exemples, tous convaincants, comme celui du soldat Matigot : « C’est alors que, soudain, je vis Matigot. Tué, bien tué, net, pâle, pur. C’était comme ça que j’imaginais que j’allais être tué, une balle en plein coeur. Matigot était garçon boucher, mauvais coucheur, joli coeur. Naturellement la mort lui donnait de la noblesse, Matigot, le premier tué que j’aie vu. Si le coeur ne restait pas contraint par les convenances même au milieu d’une bataille, je me serais arrêté au milieu des balles – mais Rabutin se serait moqué de moi – et je me serais couché sur Matigot, et je l’aurais embrassé. Matigot m’a ému autant que ma mère morte« . Bernard Lejeune, tout en rappelant que Drieu a inventé la plupart des noms de personnes et de lieux cité dans son récit, associe Matigot à Lucien Henri Mathigot (classe 1913 au recrutement de Paris), soldat de 2e classe au 5e régiment d’infanterie, tué à l’ennemi à la Praîle de Nalinnes. Autre exemple, le « mur de briques », souvent évoqué dans le récit, correspond vraisemblablement aux briques rassemblées dans un dépôt de Nalinnes, produites par la briqueterie Michaux, une petite entreprise familiale locale, et en attente de livraison le 23 août 1914.

André Jéramec est né à Paris en 1893. Diplômé de l’école libre des Sciences politiques, il est attaché au cabinet du ministre de la Guerre avant 1914. Mobilisé lui aussi au 5e régiment d’infanterie, il est tué au combat et porté disparu dans les environs de Nalinnes le 23 août 1914. En 1917, Drieu La Rochelle épouse Colette, la soeur de son meilleur ami. La tombe de André Jéramec et le monument commémoratif dans le cimetière de TarcienneEn août 1920, il retourne à Nalinnes, en compagnie de sa belle-mère. Durant son séjour, il se rend au cimetière militaire franco-allemand de Tarcienne, un cimetière inauguré par les Allemands en 1917, dans lequel sont inhumés les soldats tués à la Praîle. Ce cimetière a été maintenu dans son aspect d’origine. J’ai moi-même été frappé lors de ma visite par ce lieu aménagé dans les bois, très différent des autres cimetières militaires. Sans le nommer, Drieu La Rochelle offre une description précise de ce cimetière aux pages 59 à 62 de l’édition de 1970, évoquant un « cimetière aménagé par les Allemands dans le bois (…) Charmant cimetière où se révélait le génie nordique« , « un grand carré« , « la plupart des tombes étaient anonymes« . En 1917, le nécrologue allemand de Tarcienne ne mentionne aucune tombe au nom d’André Jéramec dans ce cimetière. Pourtant, aujourd’hui, il y en a bien une, au pied d’une stèle commémorative élevée en l’honneur du défunt par la famille dans les années 1920. Dans une lettre adressée à Colette Jéramec le 25 août 1920, Drieu écrit : « Je regrette amèrement d’avoir fait ce voyage en Belgique. C’était insulter la mémoire d’André que de se prêter une fois de plus à la comédie ignoble« .

La fiction se confond avec la réalité. Dans son récit, Drieu écrit aux pages 95 et suivantes :  « Le soir, nous revînmes avec des lampes électriques et des torches (…) dans ce cimetière. Nous étions à la recherche d’une petite chose chimérique – une identité, une personnalité, un numéro matricule. (…) Madame Pragen recherchait le nom de Pragen (…) comme son bien. Elle voulait exercer le droit d’écrire le nom de Pragen ici, de marquer ce lieu du nom de Pragen. Avec nos torches, nous avions des pioches et des tenailles. Nous avions de l’argent pour faire tout ça, et de l’autorité. (…) On faisait l’honneur à deux ou trois de ces cadavres d’être Claude Pragen. « Ca peut aussi bien être un Français qu’un Allemand », dit obscurément quelqu’un au moment où l’on ouvrait le premier cercueil. La première planche sauta. Nous tombâmes tous d’accord pour refuser à ce miel d’horreur le nom de Claude Pragen. La forme était beaucoup trop longue. « C’est grand comme un Allemand » s’écria encore l’imbécile qui assumait le rôle du choeur antique. Moi, cela me fit penser à Matigot, le boucher, le premier que que j’avais vu, tué, allongé sur le terrain, bien tué, bien net. Comme il était grand, et comme il avait l’air étonné. (…) On faisait sauter le couvercle d’un autre cercueil. « C’est lui » dit Mme Pragen. Au milieu du miel, il y avait un sourire, une dent incisive un peu plus courte que l’autre comme Claude en avait une. (…) Bon, comme Mme Pragen voudra » dit le maire, enchanté d’en avoir si vite fini« . Malheureusement, les sources connues ne permettent pas de savoir si Drieu a réellement participé à cette expédition au cours d’une nuit d’août 1920.

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Un petit jeu avant les permissions : la réponse avec Emmanuelle Cronier

Les permissionsLes permissions s’annoncent, nous vous proposons un petit jeu.

À la veille de la Première Guerre mondiale, tous les militaires ont droit à des permissions annuelles. La permission est une autorisation d’absence ; par dérivation le mot désigne également le titre qui attribue cette autorisation. Les officiers et sous-officiers peuvent se voir accorder des permissions pendant le courant de l’année, en conciliant autant que possible les intérêts du service avec les convenances personnelles. En revanche, pour les soldats, à moins de circonstances graves, les permissions coïncident avec les fêtes légales (Noël ou 1er janvier, Pâques, Pentecôte), et peuvent tenir compte des dispositions propres aux différents cultes. Enfin, il peut être accordé des permissions spéciales aux cultivateurs ou encore aux militaires changeant de résidence.

La guerre bouleverse ce régime. Dans un premier temps, les permissions sont suspendues. Toutefois, avec le prolongement inattendu de la guerre, la question des permissions devient un enjeu militaire, mais aussi social, politique, logistique, etc.

Aujourd’hui nous nous contenterons de vous inviter à répondre à la question suivante : à la veille de la Grande Guerre, à combien de jours de permissions un militaire français a-t-il droit chaque année ?

Notre petit jeu se terminera dimanche 20 juillet à 21 heures. L’internaute qui donnera le premier la bonne réponse recevra une modeste récompense.

Vous pouvez nous envoyer votre réponse dans les commentaires ou nous écrire à sourcesdelagrandeguerre@gmail.com

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Arnaud Carrobi, auteur du blog Le Parcours du Combattant de la Guerre 1914-1918, a été le premier à donner la bonne réponse. Il recevra le livre Après d’Erich Maria Remarque (nouvelle édition de 2014 de chez Gallimard).

Emmanuelle Cronier 1re de couvertureEmmanuelle Cronier, auteure du livre Permissionnaires dans la Grande Guerre, a accepté de nous parler des permissions et de la source très intéressante qu’elle a exploitée.

À la veille de la Grande Guerre, à combien de jours de permissions un militaire français a-t-il droit chaque année ?

Sous la IIIe République, les permissions sont attachées au service militaire. Réglementées le 1er mars 1890, et plusieurs fois réformées, elles ont représenté entre 15 et 120 jours de congés sur 24 à 36 mois de service. À la veille de la guerre, les conscrits bénéficient ainsi de 40 jours de congés annuels, en accord avec la loi du 7 août 1913, dite loi des trois ans, qui a fait passer la durée du service de deux à trois ans.

Votre travail s’appuie notamment sur les répertoires des procès-verbaux des commissariats parisiens dits « mains courantes » conservés aux archives de la préfecture de police de Paris. De quoi s’agit-il ?

Ces répertoires informent sur les affaires que les 80 commissariats parisiens (ainsi que les commissariats de l’ancien département de la Seine) ont eu à traiter. Dans les « mains courantes », on trouve tout que qui a nécessité une intervention policière : affaires de voisinage, vols, enfants abandonnés, incendies, bombardements, ivresse sur la voie publique, rixes, prostitution, militaires en retard pour rentrer de permission, outrages à agent, propos défaitistes…. Les « mains courantes » n’ont pas été conservées pour la guerre 14-18. On a en revanche les répertoires de ces mains courantes, qui rassemblent les affaires les plus graves, c’est-à-dire celles qui ont donné lieu à une enquête. Pour la période de la guerre, il y a donc à la fois des délits, des crimes, et de nombreuses affaires concernant la vie du quartier : chiens sans muselière, exhibitionnisme, lumières mal calfeutrées…

Les registres comportent quatre types d’information sur chaque affaire : date, qualification de l’affaire (ex : désertion), état civil et informations militaires sur les différentes personnes impliquées (à titre divers : victime, témoin, coupable présumé), et un résumé plus ou moins détaillé selon les affaires et les commissariats. Il est très précieux car on peut suivre les déclarations de toutes les parties concernées, y compris les agents de police, et il permet de mettre en contexte l’affaire.

En quoi consiste la base de données des 6 294 permissionnaires et 5 793 déserteurs que vous avez constituée ?

Le dépouillement, très long, des registres des procès-verbaux a permis de repérer les permissionnaires ainsi que ceux qui sont restés à Paris à l’issue de leur permission. Leur repérage était parfois évident, pour une affaire qualifiée de « désertion », et parfois fastidieux, quand il fallait traquer le permissionnaire du front parmi les informations sur les différentes personnes impliquées. Il y a parfois une incertitude concernant les hommes en permission de convalescence, les mobilisés de l’arrière en permission, ou même ceux qui ont parfois déserté le front.

Le grand nombre d’affaires m’a poussée à opérer par sondage, et à ne saisir dans la base de données qu’un cas sur deux ou sur trois selon la richesse du quartier en affaires. Le dépouillement a abouti à saisir dans la base 6294 permissionnaires et 5793 déserteurs, sous forme de fiches individuelles dont les données sont parfois lacunaires. Cependant, le grand nombre de cas permet, en fonction des données, un certain nombre de calculs statistiques qui sont précieux pour établir des profils de déserteurs ou de permissionnaires impliqués dans tel ou tel type d’affaire.

Pour en savoir plus :

Emmanuelle Cronier, Permissionnaires dans la Grande Guerre, Paris, Belin, 2013.

Les répertoires des procès-verbaux de la police parisienne : la source et ses contraintes par Emmanuelle Cronier.

A l’occasion du Salon du Livre de Paris 2014, Emmanuelle Cronier présente son ouvrage « Permissionnaires dans la Grande Guerre » (vidéo réalisée par la Librairie Mollat).

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La guerre vue par les journaux du monde entier

Première de couverture courrier internationalNous avons reçu le dernier hors-série histoire du Courrier international conçu, en partenariat avec RFI. Intitulé 14-18. La Guerre des autres, ce numéro propose une approche mondiale de la Grande Guerre (voir ici le sommaire) à travers la presse de 70 pays. Les traductions des articles sont complétées par des biographies, des références bibliographiques et cinématographiques. Pour en savoir plus sur l’élaboration de cette livraison, nous avons posé quelques questions à Raymond Clarinard, rédacteur en chef, et à Mélanie Liffschitz, coordinatrice éditoriale.

1) Comment avez-vous sélectionné les articles ?

Raymond Clarinard : Ce projet de hors-série spécial consacré à la Grande Guerre remonte à près d’un an. Quand nous avons obtenu le feu vert de la direction, nous avons “mobilisé” la rédaction de “Courrier International”, afin que chacun se plonge dans la presse du pays ou de la zone dont il ou elle est responsable pour y trouver tout article se rapportant de près ou de loin tant à la guerre elle-même qu’au souvenir qu’elle a laissé, ou encore aux commémorations prévues d’un pays à l’autre.
L’idée était de donner la parole à ceux qui sont d’ordinaire délaissés par les travaux de ce genre, lesquels se concentrent le plus souvent sur la guerre vue de France, d’Allemagne, des États-Unis et de Grande-Bretagne.
Pour certaines zones, la moisson a été riche, pour d’autres moins, ce qui était déjà, d’une certaine façon, un premier moyen de percevoir dans quelles régions cette guerre suscitait le plus de réflexions et d’interrogations.

2) Certes, la carte du monde est différente aujourd’hui, mais comment expliquez-vous que des pays ne soient pas représentés ?

Raymond Clarinard : Dans la mesure du possible, nous avons essayé de parler de tous, mais c’est quand on travaille sur ce genre de projet que l’on s’aperçoit que 96 pages, ce n’est pas encore assez pour traiter d’un tel conflit autrement que par le petit bout de la lorgnette française !
Nous avons usé de “ruses” pour pouvoir évoquer autant de peuples impliqués que possible. C’est un officier Gurkha, donc népalais, de l’armée indienne qui est en couverture. Un article polonais raconte la guerre vécue par les Polonais dans l’armée allemande, un encadré parle de Joszef Pilsudski dans l’armée austro-hongroise, et une silhouette de cavalier polonais dans les pages consacrées à l’empire russe nous permet de rappeler qu’il y avait aussi des Polonais dans l’armée russe. Nous avons également utilisé des photographies d’époque, des affiches pour montrer à quel point cette guerre a été mondiale.
Nous avions prévu de consacrer une double page aux neutres, avec un article néerlandais très intéressant et des encadrés sur les autres régions du monde, dont l’Amérique latine, mais cette double page indispensable a finalement dû être supprimée pour des questions de place.
Nous nous sommes rattrapés en la publiant, légèrement modifiée, dans notre hebdomadaire, dans la rubrique Histoire, dans le numéro 1232, sorti en kiosque le 12 juin dernier.

3) Quel rôle ont joué historiens, iconographes, traducteurs et évidemment journalistes dans la réalisation de ce hors-série ?

Mélanie Liffschitz : Pour ma part, j’ai essayé de travailler à partir des nouveaux moyens de communication et notamment Twitter. Il suffit de taper le mot-dièse #WW1 pour trouver une multitude de fils Twitter thématiques sur la Première Guerre mondiale : les fils institutionnels comme celui de l’Imperial War Museum ou de la BBC, mais aussi les fils d’historiens et de mordus d’histoire. Chaque pays acteur du conflit a son fil Twitter sous l’appellation WW1 + le nom du pays comme WW1Turkey, ou plus pointu, comme WW1Scotland. C’est vraiment passionnant. Ensuite il n’y a plus qu’à faire son marché ! Le site Centenarynews.org est également une mine d’informations : des dernières sorties en librairie aux commémorations officielles en passant par le pèlerinage proposé par le Pape François pour rendre hommage aux victimes de la Grande Guerre. Le site propose une revue de presse d’une grande exhaustivité. Les traducteurs ont évidemment joué un rôle primordial. Sans eux pas de hors-série. C’est l’élément fondamental de la formule “Courrier International”.

Raymond Clarinard : Notre équipe était réduite, et nous avons donc demandé aux journalistes de “Courrier International” de nous aider à trouver des articles. Dans ce hors-série, vous trouverez aussi bien des articles provenant de grands quotidiens et hebdomadaires généralistes allemands, autrichiens, anglais, italiens ou russes, que d’autres issus d’une presse plus “spécialisée”, comme le mensuel roumain “Historia”. Dans le même temps, nous avions une idée assez précise de ce que nous voulions faire, en proposant non seulement des articles, mais aussi des chandelles ou des encadrés sur des livres, des films, ou des événements et des batailles méconnus. Ensuite, notre iconographe a accompli un travail formidable et nous a fourni en documents exceptionnels, et notre directrice artistique a conçu une maquette claire et lisible permettant de mettre chaque sujet en valeur.

4) Nous avons beaucoup aimé la double page « Les mots des autres ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

Raymond Clarinard : Ce bref lexique aurait pu être bien plus étoffé si nous avions eu plus de temps. C’est typiquement le genre de choses que nous faisons à “Courrier International”, et c’est un moyen idéal, pour un lecteur français, de se plonger dans la mentalité des autres belligérants.

Mélanie Liffschitz : Tout le monde connaît l’argot des tranchées, mais on sait moins que chaque pays a forgé son propre vocabulaire. Nous avons travaillé à partir de nos connaissances, noté de nouveaux mots au fil de nos lectures mais aussi repéré des expressions en visionnant les films proposés dans notre sélection. Dans Gallipoli de Peter Weir par exemple, on peut entendre Mel Gibson interpeller les “Vics”, ou encore un soldat balancer une grenade sur les lignes turques en disant : “Prends ça, Abdul !”. C’était un travail passionnant et le sens de l’humour et l’inventivité des combattants, malgré l’horreur de ce qu’ils vivaient, nous a beaucoup ému. Notre préféré étant les “Zepps in a cloud” (Des zeppelins dans un nuage) qui désigne un plat de saucisse-purée !

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Proust and the Great War à l’Université de l’Illinois

Extrait d'une lettre de Proust à Lionel Hauser (2 août 1914)
 
Extrait d’une lettre de Marcel Proust à Lionel Hauser (2 août 1914).
(Avec l’aimable autorisation de la Rare Book & Manuscript Library, University of Illinois at Urbana-Champaign)

A la déclaration de la guerre, Marcel Proust est âgé de 43 ans. Il connaît déjà le succès depuis qu’est paru Du côté de chez Swann (1913), le premier volume de La recherche du temps perdu. La guerre inspire Marcel Proust, en particulier dans Le Temps retrouvé, septième et dernier volume publié en 1927, à titre posthume. En revanche, on connaît moins le correspondance que l’écrivain a entretenue pendant le conflit. L’université de l’Illinois a mis en ligne une exposition originale, Proust and the Great War, qui permet de découvrir quelques lettres de l’écrivain. François Proulx, Assistant Professor of French, qui a fait travailler six étudiants du département de français sur ces lettres, a accepté de nous présenter ce travail.

carte de Reynaldo Hahn à Proust mars 1915 (recto)Cette exposition numérique réunit une dizaine de lettres de Marcel Proust écrites entre 1914 et 1918. On y découvre l’angoisse de Proust à l’amorce de la guerre, alors qu’il craint le siège de Paris, son profond chagrin face à la perte d’êtres chers, et son lucide refus de tout chauvinisme. Des lettres adressées à Proust invitent à mieux connaître certains de ses correspondants : Reynaldo Hahn, Robert de Montesquiou, Madeleine Lemaire, Jacques-Émile Blanche… Une lettre est même écrite de la main de Céleste Albaret, la célèbre gouvernante de l’écrivain.

La bibliothèque de l’Université de l’Illinois (Urbana-Champaign, États-Unis) possède le plus important fonds de lettres de Proust au monde, qui rassemble aujourd’hui plus de 1 100 lettres. Ce fonds a d’abord été constitué dans le cadre des travaux du chercheur américain Philip Kolb (1907-1992), éditeur de la Correspondance de Proust chez Plon en 21 volumes (1970-1993).

 
 
 
 
Carte de Reynaldo Hahn à Marcel Proust (mars 1915) [recto]
(Avec l’aimable autorisation de la Rare Book & Manuscript Library, University of Illinois at Urbana-Champaign)
 

Pour en savoir plus :

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Retrouver un soldat algérien dans les archives françaises

Tirailleurs algériens Depuis la création du blog, nous avons reçu beaucoup de messages d’Algérie. Des questions nous sont régulièrement posées au sujet des Algériens incorporés dans l’armée française pendant la Première Guerre mondiale. Nous ne pouvons pas répondre à toutes les sollicitations, mais nous proposons ici quelques pistes destinées à orienter les chercheurs dans les archives françaises.

Tout d’abord, je conseille la lecture de quatre excellentes fiches méthodologiques élaborées par les Archives nationales :

  1. Les recherches biographiques du XIXe au milieu du XXe siècle (fiche n°29).
  2. Recherches biographiques sur les combattants et victimes de la Première Guerre mondiale (fiche n°22)
  3. Les militaires aux Archives nationales et au Service historique de la Défense (fiche n°23)
  4. Vous recherchez un militaire ?

En 1914, la population de l’Algérie se caractérise par son hétérogénéité. L’Algérie coloniale est alors à son apogée et elle est l’un des premiers partenaires commerciaux de la France. Cette prospérité attire des milliers d’Européens qui viennent s’ajouter aux immigrants français et à la population juive, naturalisée en 1870. Cette communauté de 750 000 personnes cohabite avec 4 500 000 Musulmans, ou « indigènes », qui ne bénéficie cependant pas des même droits.

  • Les Français d’origine ou naturalisés

Quand la guerre est déclarée, la mobilisation s’effectue sans problème en Algérie. Les Français d’Algérie sont mobilisés dans les mêmes conditions que les Français de métropole. De 1914 à 1918, 73 000 Français d’Algérie servent dans l’armée française. Environ 12 000 sont tués ou portés disparus sur les champs de bataille de la Grande Guerre. Ce contingent est renforcé par les hommes nés en Algérie de parents étrangers et qui ont opté, à l’âge de leur majorité, pour la nationalité française. Près de 60 % des fils d’étrangers font ce choix.

Les fiches matricules sont conservées aux Archives nationales d’Outre-mer (ANOM) à partir de la classe 1860 pour le département d’Alger, 1858 pour celui d’Oran et 1867 pour le département de Constantine. En ce qui concerne les officiers, y compris pour les réservistes, un dossier individuel de carrière est conservé au Service historique de la Défense (voir sur notre blog ici et ici).

  • Les indigènes non citoyens français

En 1914, environ 30 000 Musulmans servent dans l’armée française. Leur recrutement s’effectue selon deux modes : le volontariat et, dans une moindre mesure, la conscription introduite en 1912. Partielle dans un premier temps, la conscription est généralisée à partir de 1916. Elle s’accompagne d’abus et de « chasse à l’homme » mais aussi, progressivement, de l’octroi d’avantages aux soldats et à leur famille (primes d’engagements, soldes identiques à celles des Français, pensions et indemnités). Au total, environ 173 000 Algériens musulmans sont incorporés dans l’armée française (80 000 appelés et 60 000 engagés) pendant la Première Guerre mondiale. Près de 125 000 d’entre eux servent en France. 26 000 soldats musulmans ont été tués ou portés disparus en France, en Afrique du Nord et sur le front d’Orient.

Les archives concernant les indigènes non citoyens français, engagés volontaires ou conscrits, sont conservées au Service historique de la Défense au Centre des archives du personnel militaire (CAPM) de Pau. En outre, le Service historique de la Défense à Vincennes conserve aussi les dossiers de carrière des officiers indigènes (sous-série Ye). La sous-sous-série 13 Yf comprend les dossiers de pensions des militaires du rang et des sous-officiers des troupes coloniales et ressortissants de l’Afrique du Nord de 1850 à 1950.

  • Les archives collectives et des unités

Les hommes natifs d’Algérie sont majoritairement incorporés dans les unités du 19e corps d’armée (Algérie et Tunisie) qui forment, avec les troupes du corps expéditionnaire stationnées au Maroc, la fameuse « Armée d’Afrique ». La dénomination, qui n’est plus officielle depuis 1870, a été conservée par tradition. Les soldats européens (engagés et appelés) servent dans les régiments de zouaves (infanterie) et de chasseurs d’Afrique (cavalerie). La Légion étrangère est composée de soldats de métier aux origines diverses tandis que les unités disciplinaires sont composées majoritairement de Français condamnés par la justice militaire et venus principalement de métropole. Quelques appelés et beaucoup d’engagés musulmans sont incorporés dans les troupes indigènes composées de fantassins, les tirailleurs, et de cavaliers, les légendaires spahis. Ces soldats sont encadrés par des officiers européens et des officiers indigènes.

Les archives de ces unités sont conservées au Service historique de la Défense à Vincennes (journaux des marches et opérations et archives des unités). Les journaux des marches et opérations et les historiques régimentaires sont désormais en ligne sur le site internet Mémoire des hommes. Enfin, il ne faut pas négliger une série fragmentaire de 4 479 registres matricules de régiments nord-africains de la fin du XIXe siècle à 1939 consultable au Centre des archives du personnel militaire. Une salle de lecture vient d’ouvrir ses portes à Pau.

Pour accéder aux archives des unités conservées à Vincennes, on peut utiliser les inventaires suivants :

Pour en savoir plus :

  • Anthony Clayton, Histoire de l’armée française en Afrique, 1830-1962, Paris, Albin Michel, 1994
  • Jacques Frémeaux, L’Afrique à l’ombre des épées (1830-1930), Service historique de l’armée de terre, 3 vol.
  • Jacques Frémeaux, Les colonies dans la Grande Guerre : combats et épreuve des peuples d’Outre-mer, Éditions 14-18, 2006.
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Les hôpitaux militaires : des livres et du blog

Les hôpitaux militairesAu tournant des années 1990 et 2000, alors que j’étais appelé du contingent à Vincennes, j’allais souvent chercher les dossiers 3 Yg pour le lecteur François Olier. Il y a quelques mois, j’ai découvert son site consacré aux hôpitaux militaires pendant la guerre de 1914-1918. Le major François Olier du service de santé des armées de l’armée de terre est licencié en histoire et membre de l’Association des écrivains combattants. Il est le co-auteur, avec Jean-Luc Quénec’hdu, d’un répertoire très utile : Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918 : répertoire général, marques postales sanitaires, indice de rareté. Il a accepté de répondre à nos questions.

Pourquoi avez-vous consacré un blog aux hôpitaux militaires dans la Grande Guerre ?

Je dois avouer que j’ai créé mon blog, en décembre 2012, dans le but de faire connaître notre collection d’ouvrages sur les 10 000 hôpitaux militaires de la Guerre 1914-1918, dont le premier volume a été publié en 2008. Le tome 3 venait de sortir et les ventes n’étaient pas celles attendues. Pour les booster et soutenir Ysec, notre éditeur, j’ai créé ce blog. Rapidement je me suis pris au jeu et de blog « réclame », il est devenu un véritable support d’échange avec les visiteurs et abonnés, d’autant qu’il intéressait plus de 3200 communes de métropole. J’ai commencé à fouiller dans plus de trente ans de documentation et à proposer en ligne des sujets variés. Les blogueurs ont suivi par milliers et depuis, c’est moi qui suis pris dans une dynamique un peu folle à l’aube du Centenaire.

Que peut-on trouver sur votre site internet ?

Mon blog est sans prétention. J’y mets en règle générale ce que je ne peux pas mettre, par manque de place dans notre collection en cinq volumes. J’évite aussi de traiter les thématiques abordées ou qui vont être abordées dans les ouvrages. Vous n’y trouverez pas de marcophilie, celle-ci relève du domaine « exclusif » de mon compère et ami, co-auteur, Jean-Luc Quénec’hdu. Mais il reste tant à faire. En définitive, on y trouve de tout, depuis les orientations de recherche, des notes de lecture, des mises en ligne de témoignages et de rapports de praticiens militaires, etc. J’essaie d’apporter dans une très large mesure du neuf et de l’inédit. J’aimerais faire plus, mais le cadre du blog et le manque de temps – je suis toujours en activité de service – me limitent considérablement. Il me faudra attendre la retraite pour développer d’autres supports et thématiques.

Quand sera achevée la collection des hôpitaux militaires dans la guerre de 1914-1918 ?

La collection des hôpitaux militaires dans la Guerre de 1914-1918, en 5 volumes, proposera à terme (2015), en plus de 1 500 pages et près de 4 000 illustrations, une vaste présentation du service de santé militaire et un répertoire exhaustif des 10 000 hôpitaux militaires de la Grande Guerre. Il s’adresse à quantité de publics très différents, depuis les professionnels (conservateurs, archivistes, etc.) en recherche de cadres de classement, les érudits locaux, les collectionneurs, les curieux… pour lesquels notre collection constitue un « cadre de travail », un outil de recherche départemental qu’ils peuvent compléter par leurs observations, notes ou pièces de collection. Nos bouquins relient des milliers de passionnés – la correspondance du blog en fait foi – à la Grande Guerre sans qu’ils aient à quitter leur ville ou village ; seulement en traversant une rue, en poussant la porte d’une école, d’un lycée, en regardant d’un autre œil des bâtiments familiers qui étaient alors des hôpitaux militaires.

Quels ouvrages conseillez-vous sur le sujet des hôpitaux militaires ?

Notre collection est vraiment unique… sur les hôpitaux militaires 14-18. Pour ce qui concerne le service de santé militaire, les ouvrages les plus intéressants et les plus récents sont :

  • Alain Larcan, Jean-Jacques Ferrandis, Le Service de santé des armées pendant la Première Guerre mondiale, Paris, LBM, 2008.
  • Marc Morillon, Jean-François Falabrègues, Le Service de santé 1914-1918, Paris, Giovanangeli, 2014.

Quelles sont vos adresses en matière de recherche sur l’histoire du service de santé militaire durant la Grande Guerre ?

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Hommes et femmes d’Ille-et-Vilaine dans la Grande Guerre

Hommes et femmes d'Ille-et-Vilaine dans la Grande Guerre

A l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, les Archives départementales et la Société archéologique et historique d’Ille-et-Vilaine publient Hommes et femmes d’Ille-et-Vilaine dans la Grande Guerre.

Sous la direction d’Eric Joret et Yann Lagadec, 55 auteurs ont participé à cet ouvrage de 430 pages, croisant destinées individuelles et collectives du département avec des illustrations nombreuses et originales. Il est organisé en trois parties :

  1. « Le monde des combattants d’Ille-et-Vilaine » présente l’histoire des régiments bretons avec des batailles marquantes : le 47e RI et la bataille de la Marne ; deux régiments rennais dans l’enfer de Verdun, Le 70e RI dans les combats interarmes de l’été 1918… Des instituteurs, des prêtres, des marins, des aviateurs dans la guerre avec des parcours de soldats comme Jean-Marie Travers, un zouave de Mecé, Amand Fontaine, l’instituteur de Brain, Pierre Havard, de Dourdain, le prisonnier d’Arsimont, Robert de Toulouse-Lautrec, l’aviateur de Mordelles.
  2. « L’Ille-et-Vilaine, un département de l’arrière dans la guerre » ou comment les hommes et les femmes d’Ille-et-Vilaine ont fait face à l’effort de guerre (les réquisitions, l’accueil des blessés, des réfugiés et des prisonniers), comment les femmes ont surmonté ces épreuves et contribué à maintenir l’économie dans une société très affectée par le conflit… La guerre à l’arrière ce sont les espions, les sidis, les Américains à Redon, les « patates » de Jean Janvier… mais aussi les tensions dans les campagnes.
  3. « Des sorties de guerre à la mémoire » : du retour « des fils de la vieille terre bretonne » à la naissance des mouvements combattants, cette partie relate l’immédiat après-guerre jusqu’à aujourd’hui, de la mémoire des soldats à la rue des Munitionnettes.

Le livre sera disponible à partir du 15 mai au tarif de 29€. Avant cette date, il peut être acquis par souscription au tarif préférentiel de 20€ (voir ici bulletin de souscription). Pour en savoir plus, consulter le site internet des Archives départementales ou la page dédiée au centenaire sur le site du Département d’Ille-et-Vilaine.

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Le SHD nous guide dans les archives de la Grande Guerre

http://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/IMG/Images/Couv_GuideGG.jpgLa Première Guerre mondiale est sans doute, dans l’histoire de France, le conflit qui a laissé le plus d’archives. Conscientes, dès l’enlisement des opérations à la fin de 1914, de vivre un événement crucial de l’histoire du monde, les autorités civiles et militaires attachent un soin particulier à la collecte et à la conservation des documents s’y rapportant. Héritier des services historiques de l’Armée et de la Marine, eux-mêmes directement issus de la Première Guerre mondiale, le Service historique de la Défense (SHD), né en 2005, est aujourd’hui le dépositaire de l’énorme production documentaire des institutions militaires d’un pays engagé dans une guerre d’une ampleur et d’une intensité sans précédent.

Si ces archives sont presque intégralement inventoriées, il manquait au chercheur, confronté à leur masse et à leur dispersion, un guide présentant de manière synthétique l’ensemble des sources conservées par le SHD, tant dans ses centres de Vincennes, de Châtellerault et de Pau que dans ses antennes de Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort, Toulon et Caen. Au-delà, cet instrument de recherche veut mettre l’accent sur la complémentarité de fonds émanant d’institutions françaises ou alliées, de différents ministères (Guerre, Marine et Armement), de l’armée de Terre ou de la Marine, mais aussi des acteurs du conflit, qui ont été nombreux, du généralissime au simple soldat, à remettre au SHD leurs papiers personnels ou leur témoignage.

« [Ce guide] aura pleinement atteint son but s’il attire de jeunes historiens à investir les chantiers en déshérence de la Grande Guerre qui n’attendent que leur regard neuf ». (A. Prost)

Préfacé par Antoine Prost, professeur émérite de l’université Paris I, président du conseil scientifique de la Mission du Centenaire, cet ouvrage collectif a été réalisé sous la direction de :

  • Agnès Chablat-Beylot, conservateur en chef du patrimoine, responsable du département des archives définitives du Centre historique des archives du SHD,
  • Amable Sablon du Corail, conservateur en chef du patrimoine au Service interministériel des archives de France, ancien responsable des fonds privés du SHD.

Bon de commande : Guide des sources conservées par le Service historique de la Défense relatives à la Première Guerre mondiale, Vincennes, Service historique de la Défense, 2014, 656 p.

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Les archives de la Grande Guerre en Hongrie

La Grande Guerre a profondément marqué l’Europe médiane. En 1914, cet espace est partagé entre les trois empires allemand, austro-hongrois et russe ; en 1918, la disparition de ces empires remodèle la carte de l’Europe médiane. La Hongrie devient indépendante à la suite de l’éclatement de l’Autriche-Hongrie. Il est important de connaître cette histoire pour comprendre comment se présentent les sources de la Grande Guerre en Hongrie. Gergely Fejérdy, maître de conférences à l’université catholique de Pázmány Péter à Budapest, a accepté d’en faire ici une rapide présentation.

De 1867 à 1918, la Hongrie est intégrée dans la double Monarchie des Habsbourg. Environ 10 millions de Hongrois vivent en Autriche-Hongrie (51 millions d’habitants) à la veille de la Première Guerre mondiale. Budapest possède un gouvernement, au sein duquel un ministre est chargé des affaires militaires et de l’armée (Honvéd, littéralement « défenseur de la patrie”). Cependant, en ce domaine, les Hongrois ne pèsent sur les décisions de l’empereur François-Joseph (1849-1916) que de manière dérisoire, essentiellement à travers le Parlement, qui vote ou refuse la subvention demandée par Vienne.

 Après 1867, il existe à Vienne trois « ministères communs » :

  • le ministère de la Guerre
  • le ministère des Politiques étrangères
  • le ministère des Finances, qui ne traite que les questions financières des deux précédents.

Cet éclairage institutionnel permet de comprendre pourquoi la majorité des archives hongroises, pour la période comprise entre 1867 et 1918, se trouve à Vienne. En 1926, dans le but de faciliter la consultation des documents concernant la Hongrie avant 1918, la Hongrie et l’Autriche ont conclu un accord, qui a permis la mise en place d’une délégation permanente à Vienne, en lien avec les services culturels de l’Ambassade de Hongrie. Cette délégation est composée de deux archivistes hongrois, qui aident les chercheurs. En effet, les fonds antérieurs à 1918 n’ont pas été séparés entre l’Autriche et la Hongrie. Ils forment un ensemble conservé en Autriche. Pour en savoir plus, il est nécessaire de consulter le site internet des Archives nationales de Hongrie (une version anglaise est disponible).

Néanmoins, il est possible de trouver des sources en Hongrie. Aux archives nationales, les fonds portent principalement sur les administrations hongroises pendant la guerre, tandis que des archives sur les prisonniers de guerre hongrois en Russie sont disponibles aux archives militaires. Par ailleurs, il peut être utile de consulter les inventaires des débats parlementaires de l’époque, qui sont consultables en ligne. Il est également conseillé de se rendre dans les archives des villes et communes, en particulier à Budapest. Pour compléter, les collections de la Bibliothèque Nationale, en particulier du département des manuscrits, ne sont pas à négliger.

Mener des recherches efficaces dans les sources hongroises suppose de maîtriser les langues hongroise et allemande. Cependant, les demandes de consultation peuvent être adressées en allemand et en anglais. Pour suivre les programmes et recherches actuelles concernant la Hongrie, on peut consulter le site de la Commission Hongroise de la mémoire de la Grande Guerre.

Pour en savoir plus :

Le 19 novembre 2014, l’université de Strasbourg organise un atelier interdisciplinaire franco-allemand de jeunes chercheurs sur le thème des « soldats d’entre-deux » pendant la Première Guerre mondiale et plus précisément sur les identités nationales dans les témoignages des combattants des empires centraux. Cet atelier et la journée d’étude qui suivra constitueront le troisième volet d’un cycle d’études commencé en 2012 (voir ici l’appel à contribution).

La Hongrie et la Première Guerre mondiale dans les collections de l’ECPAD

Tibor Balla, Les troupes hongroises sur le front de l’ouest pendant la Première Guerre mondiale, Revue historique des armées, n°270, 2013, p. 31-40

Sur notre blog, Andreas Latzko, Hommes en guerre

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La Grande Guerre racontée aux enfants de 1920 et de 2014

Couverture d'Astrapi Voilà quelques jours, à l’occasion d’une visite à la bibliothèque de quartier, mon regard a été attiré par le dernier numéro d’Astrapi : deux poilus dans une tranchée figuraient sur la première de couverture… Ce bimensuel français destiné à la jeunesse consacre quelques pages à la Première Guerre mondiale, sous la forme d’une bande dessinée intitulée « Le journal de Louis soldat de 1914-1918 ». Louis Delmas est un Français mobilisé en août 1914, qui participe à la Première Guerre mondiale du début jusqu’à la fin et qui relate son expérience de la guerre. Les contenus sont pédagogiques et la vision n’est pas manichéenne, ce qui mérite d’être souligné. On retrouve les thèmes de l’ennui (« La vie dans les tranchées, c’est attendre »), de la camaraderie, de l’expérience des combats, des relations des combattants avec l’arrière, des blessures de guerre et du retour difficile dans les foyers des soldats après la guerre.

J’ai contacté Bruno Muscat, chef de rubrique à la revue Astrapi et auteur de ce dossier, illustré par le dessinateur Alexandre Franc. Ils ont été conseillés par Jean-Pierre Verney. Louis Delmas est un personnage de fiction, mais son histoire est inspirée de récits de combattants, parmi lesquels ceux de Louis Barthas (Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918) et de l’aspirant Laby (Les carnets de l’aspirant Laby, médecin dans les tranchées (28 juillet 1914 – 14 juillet 1919), ainsi que les lettres de Paroles de poilus. L’objectif du dossier était de faire « toucher du doigt à nos jeunes lecteurs ce qu’a pu endurer et ressentir un poilu lors de cette terrible guerre ».

20140322_144753Cette publication tranche avec ce que furent les premiers ouvrages de jeunesse portant sur la guerre. Ainsi, L’Histoire de la Grande Guerre par un Français, publiée chez Hatier en 1920 à l’attention d’un public scolaire est un ouvrage dense de 405 pages. De nombreuses illustrations (cartes, dessins, photographies) aident à la compréhension.

Caractéristique des manuels scolaires de l’Entre-deux-guerres, ce livre délivre un double message : se souvenir et s’inspirer du sacrifice des soldats pour la défense du pays. Ainsi, dans sa préface, l’académicien Jean Aicard met en garde les lecteurs, « enfants de France » : « écoutez-bien ceci ! C’est pour mettre en belle lumière tout le sens de cette leçon que fut écrit le présent ouvrage. Dans ce livre, voici l’enseignement qui domine les autres : pour maintenir nos cœurs à la hauteur où les a portés le sacrifice de nos chers soldats, il faut se souvenir« .

Les textes très factuels délivrent une histoire de la Première Guerre mondiale idéologique et manichéenne, où sont salués l’habilité et le bons sens des grands chefs militaires français et alliés, le courage et le sacrifice des soldats, la participation des alliés, emmenés par la France, dans la lutte contre un ennemi sans scrupule. Les auteurs font aussi la part belle aux armements et aux techniques.

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Trois rubriques concluent chaque chapitre :

  • « LECTURE » : souvent un récit anecdotique d’un fait exemplaire (histoire d’un régiment, exactions allemandes et résistances face à l’envahisseur, combats héroïques, etc) ainsi que des éditions de textes diplomatiques, des lettres de poilus, des témoignages et des biographies (principalement d’officiers généraux).
  • « COMPRÉHENSION » : à la fin de chaque chapitre, le lecteur doit être en mesure de répondre à une dizaine de questions qui portent sur les combats, les relations internationales, la politique, etc.
  • « RÉFLEXIONS » : des citations de grands auteurs français (Montaigne, Voltaire, etc.) ou de personnalités politiques, diplomatiques, militaires (Poincaré, Foch, Pershing, etc.), d’anciens combattants inconnus (dont on peut douter de l’authenticité) ainsi qu’un grand nombre de maximes. Elles donnent, en conclusion, une morale qui doit permettre aux jeunes générations de se souvenirs des sacrifices consentis par leurs parents et de se préparer, le cas échéant, à faire de même : « La lassitude morale brise les élans« , « Il faut croire à demain pour bien employer aujourd’hui« , « La ligne de bataille est l’image de la société humaine, dont tous les membres sont solidaires : si un seul manque à son devoir, la sécurité de tous est compromise« .

En 1920, cette Histoire de la Grande Guerre offre une vision mondiale du conflit, dans laquelle la France est au centre du récit. Ce livre entend ainsi montrer aux jeunes générations le rôle capital joué par la France dans la victoire, mais aussi dans « l’idéal de Paix » que représente le pays. Aujourd’hui, les publications destinées à la jeunesse ont bien changé sur le fond et dans la forme. Les rayons jeunesse des librairies proposent une pléthore d’ouvrages dont certains abordent avec talent et de pédagogie la vie des combattants dans les tranchées et la vie quotidienne des Français à l’arrière.

Voir à ce sujet :

La Première Guerre mondiale expliquée aux enfants et aux ados sur le site internet de Bayard

Les poilus racontés aux enfants (Le Monde, Samedi 15 mars 2014).

Pour les enfants : C’est pas sorcier « Guerre 14-18″

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