Faire des recherches sur un poilu d’Orient

Publication de l'Association vosgienne des anciens combattants de l'armée d'Orient (mars 1929) [Gallica]
Publication de l’Association vosgienne des anciens combattants de l’armée d’Orient (mars 1929) [Gallica]

La semaine dernière, Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État chargé des Anciens Combattants et de la mémoire auprès du ministère de la Défense, s’est rendu en Grèce, en Macédoine, en Serbie et en Roumanie, pour commémorer le centenaire du début des opérations militaires sur le front d’Orient. On peut suivre ce voyage mémoriel et commémoratif sur le carnet de voyage de Stéphanie Trouillard, journaliste à France24.

A cette occasion, nous nous sommes intéressés aux sources permettant de partir sur les traces des poilus d’Orient.

Environ 80 000 hommes ont débarqué aux Dardanelles en 1915 et 400 000 autres ont combattu dans les Balkans de 1915 à 1920. A première vue, la recherche d’informations paraît compliquée. Peu d’études et de monographies ont été consacrées à ce front par les historiens. De plus, l’éloignement des champs de bataille et des lieux de mémoire, l’éparpillement des sources en France, l’absence d’archives en Macédoine (ce qui ne semble pas être le cas en Bulgarie) et la barrière de la langue quand les recherches se déplacent dans les Balkans compliquent plus encore les recherches. Pourtant, comme nous l’avons déjà montré en présentant notamment les travaux menés par un professeur et ses élèves en Macédoine en 2012 et en 2014, il est possible de trouver des informations au sujet de ces combattants.

  • Rechercher un soldat

Il n’existe pas d’archives individuelles propres aux 500 000 soldats et aux milliers de marins de l’armée française qui ont séjourné en Turquie, dans les Balkans, en Hongrie ou encore en Russie méridionale de 1915 à 1923. Ils proviennent majoritairement de métropole, mais 18% sont des soldats maghrébins ou sénégalais (proportion plus importante que sur le front de l’ouest). Il faut donc se reporter aux sources habituelles, en particulier aux registres matricules (Tour de France des matricules) ou au Fichier national des morts pour la France (Mémoire des hommes).

En raison des conditions de vie précaires (hygiène déplorable, eau polluée, climat rude, marécages), près de 284 000 soldats ont été malades parmi lesquels 90 000 ont été atteints de maladies contagieuses. Le typhus, la dysenterie mais surtout le paludisme ont fait des ravages. On comptabilise aussi 44 500 soldats blessés au combat. Pour cette raison, il peut être utile de consulter les archives du Service des archives médicales et hospitalières des armées à Limoges ainsi que les archives médicales de la marine, dans la série F des archives des ports.

Enfin, l’Association nationale pour le souvenir des Dardanelles et du front d’Orient est incontournable. Elle propose notamment une aide à la recherche. Elle possède aussi des collections importantes composées d’objets, de documents d’époque et de témoignages d’anciens soldats du front d’Orient (à voir aussi la page Facebook de l’association).

  • Retracer un parcours

Vous n’échapperez pas à un petit paragraphe d’histoire des unités…

Le Corps expéditionnaire d’Orient (CEO) est créé en février 1915. Il participe aux combats de Gallipoli et des Dardanelles. En octobre 1915, il devient Corps expéditionnaire des Dardanelles (CED) jusqu’à sa dissolution en janvier 1916.

L’armée d’Orient (AO) est créée à Salonique en octobre 1915. Dans un premier temps, sa mission est de soutenir l’armée serbe, menacée d’anéantissement. Progressivement, elle est renforcée par des contingents étrangers (anglais, italiens, grecs, russes et serbes). En août 1916, l’armée française d’Orient (AFO) est créée au sein du commandement des armées alliées en Orient (jusqu’en septembre 1920). Ces troupes combattent sur le front des Balkans.

Après les offensives victorieuses de septembre 1918 dans les Balkans, l’armée française d’Orient donne naissance à trois groupements : l’armée de Hongrie (mars-septembre 1919), chargée de faire respecter l’armistice et de veiller aux respects des nouvelles frontières ; l’armée du Danube (octobre 1918-janvier 1920), installée en Roumanie et en Russie méridionale pour soutenir les Russes blancs ; le corps d’occupation français de Constantinople (novembre 1920-octobre 1923), chargé de défendre les intérêts français pendant la guerre gréco-turque.

Que peut-on trouver au Service historique de la Défense à Vincennes ? Les archives des unités (les journaux des marches et opérations des unités engagées en Orient de la sous-série 26 N) et celles des grandes unités d’Orient et du commandement des armées alliées d’Orient (voir Inventaire sommaire des archives de la guerre 1914-1918 de Jean Nicot et Philippe Schillinger  sous-série 20N, page 443 et suivantes) contiennent notamment des ordres de bataille français et alliés, des situations journalières, des états des pertes, des correspondances, etc.

Voir Archives de la Grande Guerre. Guide des sources conservées par le Service historique de la Défense relatives à la Première Guerre mondiale, Vincennes, Service historique de la Défense, 2014, p. 281-283.

  •  Identifier un lieu

Très souvent, les recherches buttent sur les noms des lieux difficiles à identifier. Ils sont souvent mal orthographiés ou traduits du turc au serbe puis au grec contemporain ou au macédonien. On peut utiliser Google maps ainsi que ces anciennes cartes austro-hongroises.

  • Rechercher une sépulture

Environ 70 000 soldats français sont tombés dans les Balkans. De 1921 à 1923, la France a regroupé les corps de ces hommes dans plusieurs nécropoles :

  • Albanie (Korça, 640 corps) ;
  • Bulgarie (Sofia, 789 corps) ;
  • Grèce (Athènes, 53 corps à Kalamaki ; Corfou, 209 corps à Gastouri ; Thessalonique, 8.310 corps à Zeitenlick) ;
  • Macédoine (Bitola, 6.262 corps et deux ossuaires contenant 5.000 corps chacun ; Skopje, 960 corps et deux ossuaires contenant 5.000 corps chacun) ;
  • Roumanie (Bucarest, 128 corps ; Slobozia, 313 corps) ;
  • Serbie  (Belgrade, 396 corps) ;
  • Turquie (Istambul, 251 corps à Feriköy ; Seddul-Bahr, 2 235 corps identifiés et 12 000 corps dans un ossuaire).

Des carrés militaires plus modestes sont aussi disséminés dans ces pays (voir les relevés du site internet  MemorialGenWeb : Albanie, Bulgarie, Chypre, Grèce, Macédoine, Roumanie, Serbie, Turquie).

Enfin, les consulats et ambassades ont mis en ligne des listes de soldats inhumés dans les nécropoles de Zeïtenlickde Belgradede Skopje et des cimetières et carrés militaires en Roumanie. Attention, les noms sont souvent mal orthographiés sur les tombes. Il est donc nécessaire de faire des recoupements et parfois des déductions.

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Charles Bourlet, mort pour la France le 7 mars 1915

Cimetière militaire de SouainUne fois n’est pas coutume, j’ai choisi d’écrire l’histoire d’un ancêtre soldat de la Grande Guerre (voir à ce sujet Ecrire l’histoire d’un ancêtre soldat de la Grande Guerre : le travail des écrivains publics-biographes sur le site internet de la Mission du Centenaire).

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Frère aîné de mon arrière-grand-père, Charles Bourlet est né à Saulzoir (Nord) le 24 septembre 1884. Au début du XXe siècle, il se fait embaucher dans les grandes usines métallurgiques du bassin industriel de Denain. A l’époque, le train, qui dessert tous ces petits villages, transporte les villageois devenus ouvriers.

  • Le service militaire et la dispense

En octobre 1905, Charles accomplit ses obligations militaires au 160e régiment d’infanterie de Toul en Meurthe-et-Moselle, face à la frontière franco-allemande. Cependant, son expérience des casernes est brève. En septembre 1906, il est classé soutien de famille et envoyé dans la disponibilité. Pourquoi accomplit-il une année de service avant de bénéficier de cette dispense ? La dispense pour soutien de famille est prévue par la loi sur le recrutement de l’armée du 15 juillet 1889. La situation familiale et, dans une moindre mesure, les ressources financières de la famille sont les critères principaux d’attribution. Ainsi, la plupart des jeunes hommes aînés orphelins de père et de mère, fils unique ou aînés d’une veuve bénéficient d’une dispense de deux années de service, par décision du conseil de révision. Alors qu’il remplit les conditions depuis le décès de son père Arthur en 1903, Charles est néanmoins incorporé en 1905. Chaque année, des centaines de jeunes gens se retrouvent dans la même situation pour des raisons qui s’expliquent aisément : les ressources financières de la famille suffisantes ou une fratrie nombreuse permettant de surmonter économiquement le départ d’un fils aux armées. Toutefois, la loi de 1889 permet à environ 1% de l’effectif des hommes d’une classe d’âge dans chaque corps d’être renvoyé dans le civil pour soutien de famille, après un ou deux ans sous les drapeaux. Pour bénéficier de cette dispense, les intéressés doivent fournir à l’administration militaire différentes pièces administratives justificatives et effectuer une demande au maire de la commune, accompagnée d’un relevé des contributions payées par la famille. Charles obtient de cette façon une dispense au titre de soutien de famille qui lui permet de retrouver ses foyers en septembre 1906. En 1907, il épouse une fille du village, Zélie Leduc, avec laquelle il s’installe à Denain en 1908. Puis, en 1912, il retourne vivre à Saulzoir avec sa femme et ses deux enfants, Charles et Sophie. Eugénie, le troisième enfant du couple, naît à Saulzoir en 1913.

  • La guerre

Charles Bourlet est rappelé à l’activité le 1er août 1914 au 201e régiment d’infanterie, le régiment de réserve du prestigieux 1er régiment d’infanterie. Mon arrière-grand-oncle rejoint Cambrai le 4 août 1914 et il est peut-être déjà affecté à la 23e compagnie du 6e bataillon en qualité de soldat. Il participe vraisemblablement au défilé dans les rues de Cambrai le 9 août au moment du départ du 201e pour la frontière belge. Que fait-il ensuite ? Découvre-t-il la guerre dans les environs de Dinant en Belgique ? Voit-il les colonnes de réfugiés sur les routes dans les environs de Guise ? Connaît-il les souffrances de la retraite harassante du début du mois de septembre ? Participe-t-il à l’entrée triomphale du 201e dans Reims après la bataille de la Marne ? Est-il de ceux qui tiennent les tranchées au nord-ouest de Berry-au-Bac au cours de l’hiver 1914-1915 ?

En février 1915, le 201e régiment d’infanterie est envoyé dans le secteur de Souain. Le haut commandement français projette une attaque contre le moulin de Souain, dont il ne reste rien. Les Allemands occupent les sommets d’une colline allongée depuis laquelle ils dominent les villages et les lignes françaises. En première ligne, des sapeurs français s’activent et creusent une mine sous les tranchées allemandes du moulin. Le 2 mars, le 201e s’installe dans des cantonnements plus calmes à Suippes. Le 4 mars, le 6e bataillon auquel appartient Charles monte en 2e ligne et relève le 336e régiment d’infanterie. Le 5 mars, la 60e division d’infanterie reçoit l’ordre d’attaque de la IVe armée : l’objectif du 201e est la prise du moulin. L’assaut est fixé au 7 mars, sur un front compris entre la route de Souain à Somme-Py et le moulin, soit environ 1 200 mètres. Le 6e bataillon gagne les premières lignes dans le secteur du moulin et relève un bataillon du 336e avant 22 heures le 6 mars. Toutes les compagnies ont ordre d’occuper leurs emplacements de combat à 13 heures le 7 mars. L’explosion de la mine préparée au sud du moulin sera le signal de l’attaque pour l’infanterie. Le dimanche 7 mars, les troupes d’assaut sont en place à 7 heures du matin. Le froid est rude. Le bruit est assourdissant car l’artillerie française procède à des tirs de préparation sur les positions allemandes. Le bombardement s’intensifie à partir du milieu de journée : des tirs d’efficacité sont exécutés par l’artillerie française toutes les 20 minutes. Dans le même temps, des tirs de barrage sont exécutés au nord de l’objectif. Vers 14 heures, le génie fait exploser les fourneaux préparés au sud du moulin : « Une haute colonne de fumée et de terre et de pierre s’élève dans l’air« . C’est le signal de l’attaque. Les 22e et 23e compagnie s’élancent à l’assaut et sont d’emblée pris sous le feu des défenses allemandes. Une section de la 23e compagnie se réfugie dans le trou de mine tandis que deux sections parviennent à s’emparer de la première tranchée allemande et d’une trentaine de prisonniers. Où se trouve Charles ? Est-il déjà mort ou appartient-il à la 4e section, qui progresse sur la droite ? Celle-ci est arrêtée puis anéantie par les mitrailleuses allemandes (voir le plan ci-dessous : les positions de la 23e compagnie sont en rouge). Puis, les deux compagnies sont prises sous les feux de l’artillerie allemande et subissent des contre-attaques des fantassins allemandes. Ainsi, la situation des survivants est de plus en plus précaire. Des renforts sont envoyés pour renforcer les 22e et 23e compagnies.

L'attaque du moulin de Souain

Journal des marches et opérations du 201e RI [SHD : 26N711]

Le 8 mars, quelques soldats résistent toujours. Le 9 mars, le pilonnage de l’artillerie, les tirs de minen, les grenades et les contre-attaques obligent les derniers défenseurs du trou de mine à se replier. Le 10 mars, le 201e est progressivement relevé et envoyé à Suippes. En trois jours, près de 500 hommes du 201e ont été mis hors de combat. Les attaques renouvelées dans les jours suivants dans des conditions difficiles et sans espoir de résultat ont aussi provoqué des refus d’obéissance, qui aboutissent à l’affaire des quatre caporaux de Souain (Théophile Maupas, Louis Lefoulon, Louis Girard et Lucien Lechat), fusillés à Suippes le 17 mars 1915. Les quatre soldats seront réhabilités en 1934.

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Journal des marches et opérations du 201e RI, 7 mars 1915 [SHD 26N711 – Mémoire des hommes]
  • Un disparu réapparu

Au lendemain de l’attaque, Charles Bourlet n’est plus reparu au régiment et il est porté disparu. A la fin de l’année 1915, le régiment, qui enquête au sujet de ses soldas disparus à Souain, n’a retrouvé aucun élément permettant de savoir si Charles a été tué, blessé ou fait prisonnier. La famille, restée en pays envahi pendant la guerre, est vraisemblablement avertie de sa disparition par une lettre du chef de bataillon commandant le dépôt du 1er régiment d’infanterie au maire de Saulzoir le 15 novembre 1918. Charles Bourlet est officiellement déclaré mort pour la France par un jugement déclaratif de décès du tribunal de Cambrai du 18 novembre 1920. Le décès est transcrit en mairie de Saulzoir le 20 décembre 1920. Ses quatre enfants (Sophie, Charles, Eugénie et Henri) sont reconnus pupille de la Nation. Après la guerre, à l’occasion des exhumations et des regroupements de sépultures dans le secteur de Souain, le corps de Charles est probablement retrouvé parmi d’autres et inhumé dans la tombe individuelle n° 7496 de la nécropole nationale « La Crouée » à Souain-Perthes-lès-Hurlus (Marne).

Les assauts menés dans le secteur de Souain en mars 1915 sont secondaires par rapport aux gigantesques offensives d’Artois et de Champagne de 1915. Pourtant, ces actions de « grignotage », qui ne mènent à rien, contribuent aussi à expliquer le terrible bilan humain de l’année 1915 pour l’armée française. Les combats de Souain ont endeuillé de nombreuses familles du Cambrésis. Au début de 1915, le 201e est encore largement composé de soldats natifs du Cambrésis. Ainsi aujourd’hui, sur chaque monument aux morts du Cambrésis, sont inscrits un ou plusieurs noms de soldats tombés à Souain le 7 mars 1915.

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La Prière des ruines

La prière des ruinesA l’occasion de recherches dans le fonds privé d’un particulier, je suis tombé sur une importante collection de chansons datant de la Première Guerre mondiale. Quel trésor ! Parmi ces centaines de dépliants, l’un d’eux a attiré mon attention : La Prière des ruines.

En 1914, les Français chantent beaucoup. Dans certaines régions, la chanson est une véritable institution. Ainsi, dans le Nord, l’activité chansonnière, qui s’est développée depuis le milieu du XIXe siècle, est florissante. C’est ainsi que la berceuse Dors, min p’tit quinquin, min p’tit pouchin, min gros ruchin du poète lillois Alexandre Desrousseaux (1820-1892) est devenue la chanson emblématique de Lille. Écrite en 1853, L’canchon dormoire (son titre original) dépeint la vie des ouvrières du Nord dans la seconde moitié du XIXe siècle. Elle a aussi été le chant de marche des soldats du Nord pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Cette chanson est évidemment très connue dans le Nord et sa notoriété dépasse les frontières du Nord avant la guerre.

La guerre n’interrompt pas cette activité, bien au contraire. La chanson connaît même un renouveau. Dans les armées, les soldats chantent beaucoup, des chants réglementaires évidemment, mais aussi des productions plus ou moins tolérées par la hiérarchie. A l’arrière, les Français chantent aussi, en particulier des chansons patriotiques, dans les cafés-concerts. Le genre patriotique, apparu à la fin du XIXe siècle, connaît une recrudescence avec la guerre. Ces chansons sont largement diffusées sous forme d’imprimés, à l’instar de La Prière des ruines.

Le forme sous laquelle se présentent ces documents est souvent la même : un dépliant comportant souvent une illustration, sur lequel figurent les noms des paroliers et des compositeurs, les paroles, les partitions.

Écrite en 1917, La prière des ruines est l’une de ces chansons très populaires pendant la guerre. Elle est destinée à tous les Français, qu’ils soient au front ou à l’arrière. Les paroles sont de Roland Gaël, chansonnier et poète, qui rima de nombreuses chansons populaires. La musique est de René de Buxeuil, pseudonyme de Jean Baptiste Chevrier, compositeur français très populaire avant-guerre et qui chanta au front pendant la Grande Guerre. Le texte est constitué d’un refrain et de trois couplets à huit vers. Il est rimé et versifié, de sorte qu’avec la mélodie, l’ensemble constitue une œuvre soignée dont il émane une grande émotion.

Cette chanson ne célèbre pas un fait militaire ni ne met en valeur la foi des combattants : elle est dédiée aux villes martyres et aux villages détruits. Les destructions occasionnées par la guerre constituent le thème principal de la prière. Les références à la religion, en particulier dans les deux premiers couplets (la prière, le clocher, le calvaire, le Christ), sont nombreuses. L’auteur s’interroge sur le sens de ces destructions. Il dépeint un tableau sombre, proche de la réalité d’une ville meurtrie par les combats : La nuit couvre la ville où passa la bataille / Plus de clocher des toits brûlés / La lune se répand sur des pans de muraille / Grands fantômes démantelés.

Pour Roland Gaël, les ténèbres se sont abattues sur la civilisation. Qui sont les responsables ? des « bourreaux », écrit Gaël, qui ne sont ni allemands ni français ; ce sont les hommes de cette société européenne qui croyaient au progrès de l’humanité qui ont tout bradé dans la guerre. Gaël pose la question dans le dernier vers du refrain : « Hommes, qu’avez-vous fait ? ». Dans ce grand désarroi, la religion semble être un recours et l’auteur invite le public à avoir la foi, rempart face à la barbarie : « Auprès d’un carrefour où le canon fit rage, / Abattant et nivelant tout, / Comme par miracle en ce désert sauvage / Un calvaire est resté debout. / Le Christ au front penché plein de pitié regarde / Le chaos triste et dévasté, / On dirait qu’obstiné le rédempteur s’attarde / A prêcher la fraternité ».

Cette chanson noire n’a pourtant pas un ton désespéré. Dans le dernier couplet, Gaël prêche pour la fraternité et l’espoir, entrevoyant le retour à la paix, la reconstruction des villes et village martyrisés : « Cité tu vas renaître et panser tes blessures » et croyant dans l’avenir en pensant aux « temps nouveaux ». En somme, cette Prière des ruines est à la fois une supplication qui doit permettre aux Français de conserver la foi, malgré des ravages inédits, et de penser à un avenir meilleur, fait de paix et de fraternité. Mais cette chanson peut être vue aussi comme une interrogation sur le sens de la guerre, une question que de nombreux Européens se posent en 1917.

Voir à ce sujet

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Les sources du ravitaillement alimentaire dans l’armée française pendant la Grande Guerre

Carte postale - fonds priv├® 1918

Fonds privé de l’auteur

En cette veille de Chandeleur, nous nous intéressons aux sources du ravitaillement militaire, en laissant la parole à Stéphane Le Bras, maître de conférences en histoire contemporaine et auteur d’une thèse intitulée Négoce et négociants en vins dans l’Hérault : pratiques, influences, trajectoires (1900-1970).

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Peu d’études ont été consacrées à l’histoire du ravitaillement alimentaire dans l’armée française pendant la Grande Guerre. Le sujet a longtemps été considéré comme un thème peu sérieux. Ainsi, le ravitaillement renvoyait simplement à un discours folklorique, symbolisé par l’argot du poilu où coexistaient « pinard », « singe », « popote » et autre « tambouille ». Cette vision largement caricaturale, matérialisée par exemple par les cartes postales, contribue à expliquer l’absence de travaux  de fond sur les enjeux liés au ravitaillement alimentaire, alors même que les études s’élargissaient à l’Autre front.

Il est primordial de comprendre que la question du ravitaillement des troupes françaises entre 1914 et 1918 dépasse le simple cadre de l’acheminement de telle ou telle denrée au front, sa quantité, son coût, son goût voire l’évocation du soutien au moral des soldats, et qu’elle participe à plein à l’économie de guerre. Très concrètement, l’analyse des sources à notre disposition sur le sujet permet de mettre en exergue des problématiques qui renvoient à des enjeux particulièrement prégnants pendant le conflit : pratiques combattantes ; représentations individuelles et collectives ; propagande et instrumentalisation ; contrôle social et tensions ; liens entre l’avant et l’arrière.

L’ensemble de ces thématiques investissent ainsi les dispositifs de l’histoire culturelle, mais surtout les outils et mécanismes de l’histoire sociale et de l’histoire politique, sans oublier les fondements conceptuels de l’histoire économique. Cet ensemble à plusieurs facettes s’articule autour de ressources disparates et plurielles, allant du local au national, qui sont présentées ici en quatre rubriques.

1. Les archives du Service historique de la défense (SHD)

Les archives militaires conservées au SHD de Vincennes sont la première étape incontournable. La plupart des grands textes réglementaires, circulaires et ordres se trouvent dans la sous-série 16 N des archives de la Guerre, qui regroupe l’ensemble des archives du Grand Quartier Général ; les articles 16 N 2270-2891, provenant de la Direction de l’arrière, contiennent notamment des informations très précises sur la ration alimentaire, les évolutions et les discussions qui y ont trait, tout comme les structures permettant d’acheminer ce ravitaillement depuis l’intérieur jusqu’au front. D’autres sous-séries pourront être également mobilisées : 20 N en ce qui concerne l’armée d’Orient, voire 5 N pour les correspondances du cabinet du ministre sur les questions relatives à l’approvisionnement et à la mobilisation économique. Dans tous les cas, ces sujets, d’apparence basique, mobilisent un discours propagandiste et des considérations sociales de contrôle de la troupe récurrentes.

À cette approche institutionnelle, une dimension plus en prise avec la réalité des soldats peut être abordée par le biais d’autres fonds : la sous-série 18 N par exemple permet de mesurer, dans chacun des groupes d’armées, les dispositifs mis en œuvre et les conséquences du ravitaillement à travers des rapports d’inspection très minutieux, le contrôle postal ou des comptes rendus sur la discipline militaire ; la sous-série 19 N appréhende plus finement ces problématiques par le biais des corps d’armées cette fois-ci. Ainsi se dessine une histoire du ravitaillement à la fois structurelle et humaine permettant de mesurer la profondeur du sujet. Certains fonds particuliers pourront également être mis à contribution, comme le fonds Clemenceau (6 N), dont une partie des dossiers évoque des incidents liés au ravitaillement.

2. Les archives départementales et communales

Celles-ci sont importantes car elles permettent de saisir, à l’autre bout de la chaîne, comment se mettent en place les logiques d’approvisionnement dans les départements de l’arrière. Ces archives permettent également d’appréhender la réalité de la vie en caserne au moment de la mobilisation mais aussi pendant la durée du conflit.

Dans la série R des archives départementales (« affaires militaires et organismes de temps de guerre »), on découvre une vie à l’arrière, sous l’influence directe du front, permettant ici encore de renouveler les approches classiques du conflit et d’écrire une histoire connectée du front et de l’arrière à travers l’approvisionnement. On y retrouve des liasses associées aux questions classiques du ravitaillement et des réquisitions, mais d’autres plus exceptionnelles ou rares, variant parfois selon les régions/localités. Citons par exemple les dossiers concernant les souscriptions ou les dons pour les soldats au front : elles visent à fournir en denrées la zone des armées selon la spécialité productive des régions voire à proposer de l’argent pour acheter ces denrées, le tout sous le contrôle des préfets.

Aux archives de la Seine-Maritime, la sous-série 11 R contient les archives du bureau de centralisation des renseignements de l’état-major du commandement supérieur de la défense du Havre : elle offrent un panorama détaillé de la gestion des soldats dans la ville pendant le conflit.

Enfin, les grandes communes disposent aussi parfois de dossiers relatifs à l’approvisionnement, aux réquisitions et aux souscriptions, donnant des détails très précis, avec des listes de souscripteurs/marchands/fournisseurs aux armées.

3. Les archives institutionnelles

Ces archives, principalement politiques, abordent les aspects institutionnels, le rôle des pouvoirs publics dans le ravitaillement des soldats, ainsi que les diverses représentations qui les entourent.

La consultation des débats à la Chambre des députés ou au Sénat entre 1914 et 1918, la publication des lois et décrets ou les rapports précédant le vote des lois, consultables en ligne sur Gallica, offrent la possibilité de cerner des enjeux allant au-delà de la simple fourniture de denrées aux armées. S’y jouent des luttes politiques qui relativisent la notion d’Union sacrée et mettent en lumière l’intérêt des uns et des autres à défendre certaines positions en faveur de la distribution d’alcool aux soldats ou de la taxation des céréales pour assurer l’approvisionnement du front. Les débats et les interventions montrent que, derrière les prises de position altruistes, se dissimulent des arrière-pensées qui ne sont pas dénuées d’intention propagandiste et de contrôle de la troupe, deux dimensions que l’on retrouve également dans les documents officiels en provenance des armées, sans compter ceux qui peuvent y voir une mise en lumière personnelle profitable à leur carrière.

Par ailleurs, le Sénat ainsi que l’Assemblée nationale ont mis en ligne les archives des commissions chargées d’interroger les membres du gouvernement ou d’assurer des missions d’inspection au front. Ces discussions ou ces rapports, riches en données factuelles (informations, chiffres, parcours, etc.), éclairent la construction d’un sens de la responsabilité collective. La commission de l’Armée est bien évidemment la plus éloquente, mais il ne faut pas oublier de consulter les commissions de l’Agriculture, des Travaux publics-chemins de fer-voies de communication ou du Budget (pour la Chambre)/des Finances (pour le Sénat), puis à partir de 1918, la commission du Ravitaillement et des réquisitions.

4. Les publications

En premier lieu, on trouve les publications militaires, à destination des soldats et plus particulièrement des officiers et des sous-officiers, Bulletin officiel du ministère de la guerre ou manuels divers. Ces ouvrages officiels, tels l’Alimentation en campagne (1914 – Service des subsistances militaires) ou le Manuel du chef de section d’infanterie (1916 – Grand Quartier Général), offrent une multitude de détails sur les affaires alimentaires et toutes les questions annexes (comme par exemple le paiement de la solde). Ce sont là des mines d’informations qui donnent de la consistance à une histoire qui pourrait parfois être trop décharnée.

Dans la même logique, les publications directement issues des poilus eux-mêmes assurent de trouver moult détails sur les conditions de ravitaillement des soldats en première ligne comme à l’arrière, voire à l’intérieur. On citera les témoignages qui paraissent pendant le conflit (Crapouillots, feuillets d’un carnet de guerre, par exemple en 1916) ou les nombreux journaux de tranchées (voir à ce sujet la liste et la présentation des journaux d’Emmanuelle Cronier) qui évoquent le quotidien du soldat avec abondance. Il ne faut pas oublier les romans ou les journaux satiriques tels que la Baïonnette qui, s’ils sont à prendre avec recul, exposent de manière plus ou moins directe la relation du soldat à l’approvisionnement et les représentations qui la construisent.

Enfin, dans l’immédiat après-guerre, de nombreux ouvrages proposent des analyses plus ou moins circonstanciées du conflit. Certaines se veulent très précises comme Les Chemins de fer français et la guerre (1922), proposant une description très fine de l’organisation du réseau ferré – fondamental pour l’approvisionnement – et son évolution au moment du conflit. D’autres sont plus générales et plus tardives, mais tout aussi essentielles, comme Les armées françaises dans la Grande Guerre et notamment son tome XI consacré à « la direction de l’arrière », où le général Ragueneau revient au milieu des années 1930 avec minutie et rigueur sur le fonctionnement du service en charge du ravitaillement alimentaire.

Ce tour d’horizon des sources relatives au ravitaillement alimentaire permet de saisir combien cette question soumet le chercheur à une masse abondante de documents de sources et de natures diverses, conduisant à une histoire multiple, dépassant les clivages historiographiques classiques et les clichés coutumiers d’un ravitaillement sans aspérités, aux résonances purement folkloriques et caricaturales. Au contraire, comme l’ont montré le récent colloque de Dijon sur « Manger et boire entre 1914 et 1918 » et les travaux d’Emmanuelle Cronier, Charles Ridel ou Marie Llosa, l’approvisionnement alimentaire est source d’enjeux, de tensions et d’instrumentalisation, comme bien d’autres domaines durant ce conflit.

Pour en savoir plus

  • Pierre Chancerel, « Économie de guerre » in Philippe Nivet et al., Archives de la Grande Guerre. Des sources pour l’histoire, Rennes, PUR, 2014, p. 267-278 : l’alimentation est abordée par le biais des politiques institutionnelles de gestion des denrées à destination des civils (pénurie, stockage, taxations).
  • Jean-Jacques Dupuich, L’alimentation du soldat en 14-18, Louviers, Ysec, 2012.
  • Patrick Fridenson (dir.), « 1914-1918 : l’autre front », Le mouvement social, n°2, Paris, Éditions ouvrières, 1977.
  • Silvano Serventi, La cuisine des tranchées. Alimentation en France pendant la Grande Guerre, Bordeaux, Ed. Sud-Ouest, 2014.
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Les journaux de guerre 1914-1918

cover1Le 31 juillet 2014, les éditions londoniennes Albertas ont lancé en France les Journaux de guerre 1914-1918. Cette série hebdomadaire aborde l’histoire de la Première Guerre mondiale à travers la presse de l’époque. Jusqu’à présent, 22 numéros ont été publiés (sur 52), en collaboration avec la Bibliothèque nationale de France et avec le soutien du Centre d’études et de documentation Guerres et Sociétés contemporaines. Julie Maeck, docteure en histoire et maîtresse de conférences à Sciences Po Paris, en est rédactrice en chef.

Les thèmes de chaque numéro sont choisis en fonction de la chronologie et des événements relatés dans la presse. Tous les aspects sont ainsi abordés : les grandes batailles, la vie quotidienne au front, à l’arrière et dans les territoires occupés, les relations internationales, l’économie, la politique, etc.

Tous les numéros suivent la même trame :

  • Une sélection de journaux de 1914-1918 réimprimés sous la forme de fac-similés en version intégrale : grands titres nationaux et régionaux français, de divers courants de pensée, journaux de la presse clandestine, étrangères, des pays envahis et du front (Ouest Eclair, Est Républicain, L’Humanité, Le Temps, La Gazette des Ardennes, La Croix, L’écho des Gourbis, etc.) ;
  • Un édito qui est une sorte de revue de presse des journaux publiés dans le numéro ;
  • Des articles d’historiens (Nicolas Beaupré, Annette Becker, Emmanuelle Cronier, Martin Motte, etc.) qui proposent une remise en contexte des événements relatés dans la presse de l’époque et qui fournissent des outils pour mieux comprendre les documents proposés ;
  • Deux rubriques : dans « 100 ans après », Anaïs Kien et Amaury Chardeau, de France Culture, recueillent les propos de spécialistes ou non portant un regard actuel sur la Grande Guerre ; dans le « Document de la semaine« , une affiche de la Grande Guerre est décrite et expliquée. Une reproduction de ce document est jointe au numéro.

Destinée à un large public, cette série est la seule de toutes les publications en vente dans les kiosques à proposer des reproductions d’archives. Outre les fac-similés, les textes sont illustrés par une iconographie originale issue des collections de la BDIC, de la BNF, de l’Imperial War Museum de Londres, de l’In Flanders Field Museum d’Ypres, du Musée de l’Armée de Bruxelles et de la Library of Congress de Washington. Cette publication hebdomadaire existe également en Belgique, à partir de titres de presse belges.

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Archives de la Grande Guerre

Archives de la Grande Guerre. Des sources pour l'histoireCertes il pèsera lourd dans la hotte du Père Noël, mais pour qui s’intéresse à la recherche et aux archives sur l’histoire de la Première Guerre mondiale, c’est un ouvrage incontournable qui vient d’être publié aux Presses universitaires de Rennes. Pour réaliser ce manuel de recherche sur la Grande Guerre, le Service interministériel des archives de France (ministère de la Culture et de la Communication), en partenariat avec les ministères de la Défense et des Affaires étrangères, a réuni 80 contributeurs, universitaires et archivistes (voir ici la table des matières). L’objectif affiché est de « replacer les archives au cœur du processus d’élaboration de l’histoire de la Grande Guerre« . Nous sommes très heureux d’avoir contribué modestement à ce projet. Coraline Coutant et Mathieu Stoll, qui ont dirigé cette publication avec Philippe Nivet, ont accepté de répondre à nos questions.

Pourquoi le Service interministériel des Archives de France a-t-il décidé de lancer ce projet éditorial en 2012 ?

C’est même dès la fin de l’année 2011 que le Service interministériel des Archives de France a entamé la préparation du centenaire de la Grande Guerre. Le souci de mettre les sources archivistiques au cœur de la commémoration et de les rendre accessibles au public de manière très large a été très tôt exprimé – et s’est traduit, depuis, par le lancement du Grand Mémorial, inauguré le 11 novembre 2014, et la Grande Collecte, lancée en 2013 et 2014.

Cent ans après le conflit, la production d’un guide à destination des lecteurs semblait indispensable, afin d’accompagner tous ceux qui souhaitaient se plonger dans les sources de la première guerre mondiale. Nous avons donc réuni un comité scientifique rassemblant des archivistes issus des Archives départementales, des Archives nationales, mais aussi du Service historique de la Défense et des Archives diplomatiques, ainsi que des universitaires, parmi lesquels Philippe Nivet, Annette Becker et Georges-Henri Soutou. La principale question qui s’est alors posée, c’était la forme à donner à l’ouvrage et les moyens à mettre en œuvre pour le réaliser.

Comment peut-on définir cet ouvrage et quel est son objectif ?

Il ne s’agissait pas de compiler un nouveau guide des sources, identique à celui qui existe déjà pour la guerre 39-45 (La seconde guerre mondiale. Guide des sources conservées en France. 1939-1945, Direction des archives de France, 1994). Aujourd’hui, c’est en ligne que les usagers consultent les instruments de recherche, et un guide « papier » national aurait été démodé en quelques mois puisque de nombreux services d’Archives départementales et municipales se sont justement lancés dans la conception de guides des sources locaux ou dans l’inventaire de leurs séries relatives à la Grande Guerre. Par ailleurs, le Service historique de la Défense venait justement d’engager la publication d’un guide des sources qu’il conserve sur la première guerre mondiale (Archives de la Grande Guerre. Guide des sources conservées par le Service historique de la Défense relative à la première guerre mondiale, SHD, 2014).

Comme nous destinons cet outil au public le plus large possible, du chercheur spécialisé au simple curieux, du généalogiste au passionné de la période, nous avons fait le choix de recontextualiser les archives en les liant à des approches thématiques du conflit. Ce guide a donc pour objectif d’être un véritable manuel de recherche sur la Première Guerre mondiale, présentant à la fois les acquis de l’historiographie, les perspectives actuelles de la recherche et les sources documentaires auxquelles il est possible d’avoir recours. L’enjeu, pour les archives, est de favoriser une approche par producteur, de valoriser l’incroyable richesse et la diversité des fonds disponibles, et, lorsque c’est possible, de mettre en lumière des ensembles documentaires peu connus.

Comment le travail a-t-il été organisé et pourquoi avez-vous privilégié la formule binôme historien/archiviste ?

L’ouvrage est bâti en trois parties : avant la guerre, pendant la guerre, après la guerre. À l’intérieur de chaque partie, on se concentre le plus souvent sur des actions, par exemple : « organiser », « être soldat », « administrer la France en guerre » ou « honorer et se souvenir ». Nous avons essayé d’être aussi exhaustifs que possible dans l’élaboration de la table des matières, pour que tous les aspects de la guerre, au front comme à l’arrière, soient traités, même si le format de l’ouvrage ne nous permettait pas d’aborder en détail toutes les dimensions du conflit.

La collaboration entre un universitaire et un archiviste, pour chacun des sujets, a permis une complémentarité des approches : l’historien mentionne les sources qu’il a lui-même utilisées, tandis que l’archiviste peut apporter son regard de professionnel sur les fonds les plus riches, les lacunes, les sources peu connues. Une de nos satisfactions de co-directeurs de la publication, c’était d’entendre un universitaire dire combien il avait apprécié de dialoguer directement avec un archiviste, et réciproquement. Favoriser les échanges entre professionnels des archives et usagers, c’est aussi un enjeu !

Les notices sont bâties sur le même modèle. Pouvez-vous nous les décrire ?

Chaque notice commence par un bilan historiographique sur le sujet, ce qui permet au lecteur de se (re)mettre en tête les faits historiques. Suit un exposé synthétique des sources, archives publiques et privées, qu’elles soient conservées aux Archives nationales, en Archives départementales ou municipales, aux Archives diplomatiques ou au Service historique de la Défense. Pour chacun des sujets, une bibliographie d’une dizaine de titres, ouvrages classiques et nouveautés, est proposée au lecteur qui souhaiterait approfondir.

Quinze types documentaires emblématiques de la période bénéficient d’une présentation plus détaillée, avec un fac-similé du document associé à un commentaire historique et diplomatique. C’est le cas notamment des registres de matricules militaires, des dossiers de conseil de guerre et du dossier de dommages de guerre.

Vous avez fait le choix d’une publication imprimée. Avez-vous envisagé des passerelles avec le web ?

Nous avons en effet fait le choix d’une publication imprimée, car nous espérons que l’ouvrage, publié en cette première année de commémoration de la Grande Guerre, pourra avoir sa place dans les bibliothèques publiques et entre les mains des particuliers bien après la célébration du centenaire : il constitue un point historiographique cent ans après la guerre.

En revanche, des inventaires et des guides des sources, tout à fait complémentaires avec le guide Archives de la Grande Guerre, sont et seront publiés en ligne par les services d’Archives départementales et municipales. Avec le portail national interministériel des Archives de France, actuellement en cours de construction, ces outils pourront être mutualisés. Nous encourageons vivement les lecteurs du présent ouvrage à poursuivre leur recherche en fréquentant les salles de lecture et les sites Internet du réseau des Archives de France !

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L’arrière : la guerre si loin, si proche

6_Fi_018_01674 [1600x1200]Le départ du 113e régiment d’infanterie de Blois le 5 août 1914 [Archives départementales du Loir-et-Cher, 6 Fi]

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A l’occasion de la préparation d’une exposition sur le département dans la guerre, les Archives départementales de Loir-et-Cher ont « redécouvert » dans leurs collections un journal intime qui constitue un témoignage vivant et totalement inédit sur la vie à l’arrière. Dans ce journal, à partir du 30 juillet 1914, l’architecte blésois Paul Legendre, conscient de la gravité des événements, rapporte l’actualité quotidienne, détaille ses occupations et confie au papier les pensées que lui inspire l’actualité.

Très vite, l’idée de la publication s’est imposée mais l’importance matérielle du journal (6 cahiers de 230 pages chacun) a conduit à privilégier une édition intégrale en ligne, pour laquelle Facebook semblait le médium le plus approprié. Ainsi, chaque jour depuis le 30 juillet, cent ans jour pour jour après que Paul Legendre a raconté sa journée sur son cahier, nous publions son récit : quelques phrases d’accroche illustrées sur Facebook et l’intégralité du texte sur le portail culture41.fr.

Un journal intime

Dans sa préface, Paul Legendre (1872-1941) précise lui-même sa démarche : « À la veille d’événements peut-être graves, au tournant mystérieux de notre histoire, je commence des « Souvenirs personnels et ce carnet de route ». Je l’écrirai sans prétention aucune, n’ayant que celle d’écrire juste, de rappeler au jour le jour ce que je verrai, ce que j’entendrai ». L’écriture sans rature laisse penser que Legendre prenait des notes qu’il retranscrivait peu de temps après mais les pensées livrées au papier sans dissimulation sur ses sentiments, ses indignations, ses élans patriotiques montrent bien qu’il écrivait pour lui. Le journal est agréable à lire : Legendre écrit bien, use d’un vocabulaire simple mais précis, il se laisse parfois aller au lyrisme lorsqu’il décrit un coucher de soleil ou les moissons délaissées :

« Elles sont là debout, les gerbes de France, groupées en tas ; immobiles elles attendent ; dans leur silence elles parlent ; dans leur immobilité elles marchent… silence éloquent… immobilité qui entraîne… elles sont là, stoïques au poste, les gerbes de France ! Elles sont seules, au milieu de plaine, et les laboureurs, ceux qui ont façonné la terre nourricière, sont partis ; et les semeurs, ceux qui ont jeté le grain aux quatre vents du ciel, sont partis ; et les moissonneurs, ceux qui ont jeté bas cette richesse pour en extraire les trésors sont partis !… elles sont seules les gerbes de France ! »

Chaque jour fait l’objet d’un compte-rendu plus ou moins long, en fonction de la densité de l’actualité nationale et locale : la guerre est loin, elle paraît très proche dans les pages du journal.

 La première page du journal


La première page du journal

Les débuts de la guerre dans une ville de l’arrière

Paul Legendre raconte l’exaltation patriotique mêlée de résignation des premiers jours de la mobilisation (voir les journées du 30 juillet au 3 août), la difficulté des moissons alors que les hommes viennent de partir à la guerre, les nouvelles contradictoires du front, l’arrivée des premiers blessés et des réfugiés.

Petit à petit, la guerre s’installe dans le quotidien, fait de deuils, de restrictions, d’inquiétudes pour les amis partis au combat et les familles dans l’angoisse. Et en même temps, cette vie quotidienne semble inchangée : Legendre va souvent se promener en forêt de Blois, rend visite à ses clients, apprend à conduire à son neveu, fait plusieurs parties de pêche avec un jeune soldat qu’il accueille pendant sa convalescence, et se lance même avec lui au printemps 1915 dans une visite touristique à Bourges.

Un catholique dévot et un ardent patriote

Un autre aspect intéressant du journal, ce sont les opinions du catholique dévot qu’est Legendre, identifié comme camelot du roi par la police de Blois en 1910. Peu favorable à la République, il se lamente sur l’instabilité gouvernementale, déteste Joseph Caillaux. Il est cependant très patriote : l’exécration des « Boches » est virulente, surtout quand les destructions de la guerre atteignent des villes anciennes et Reims :

« Ne pouvant être victorieux, les Huns des temps modernes – plus barbares et plus sauvages que les Huns des premiers temps, qui, eux, respectèrent les temples sacrés et s’arrêtèrent devant sainte Geneviève – ils s’attaquent à Dieu, lui-même ».

L’exaltation du courage des soldats est fréquente :

« Glorieusement blessé et amputé du bras gauche, il a reçu 48 blessures. Son pauvre bras droit – le seul qui lui reste – est meurtri et mutilé […] Aucune poitrine ne sera plus digne de porter [la médaille militaire] » (26 janvier 1915).

Sa fréquentation des prêtres et des séminaristes du département, dont certains lui écrivent du front, apportent des informations peu connues sur l’état d’esprit du clergé, de même que sa dévotion un peu mièvre, très attachée aux saints, est un parfait exemple de la pratique sulpicienne des années 1900.

S’il n’a pas été mobilisé car il a une jambe plus courte que l’autre, Paul Legendre cherche à se rendre utile : dès le 3 août, grâce à son automobile, il entreprend d’organiser les moissons abandonnées dans les villages de Beauce, ce qu’il rapporte avec force détails. Puis il prend une garde de nuit dans l’une des ambulances installée en ville et décrit alors les souffrances des soldats.

Un épistolier infatigable

Parce qu’il correspond assidûment avec ses amis et sa famille, Paul Legendre reçoit beaucoup de lettres. L’intérêt du journal réside également dans ces lettres qu’il retranscrit : celles de sa sœur, installée à Paris, donnent une idée de la panique qui saisit la capitale en septembre 1914 et plus tard rapportent les bombardements qui la touchent à l’automne 14 ; celles de ses connaissances racontent le front, de la mer du Nord à la Lorraine ou même la vie militaire de l’arrière ; celles de son ami le prélat Henri Bolo emmènent jusqu’à la flotte de Méditerranée.

SI le quotidien décrit dans le journal est bien celui de Blois, ce que rapporte Paul Legendre dépasse les bords de Loire et brosse avec beaucoup de détails le portrait d’une ville de l’arrière : une vie ordinaire de vendanges, de tempêtes d’hiver et de promenades du dimanche mais qui demeure suspendue aux nouvelles, compte ses morts et contribue à l’effort de guerre.

Anne-Cécile Tizon-Germe, directrice des Archives départementales, Conseil général du Loir-et-Cher

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Mettre en ligne des dossiers de fusillés

 Cliquer pour accéder au dossier


Cliquer pour accéder au dossier

Pendant la Première Guerre mondiale, 1008 individus (militaires et civils, français et étrangers) ont été condamnés à la peine capitale par la justice militaire, au front ou à l’arrière, pour désobéissance militaire, affaires d’espionnage ou de droit commun.

Les archives des conseils de guerre conservées au Service historique de la Défense à Vincennes ont été numérisées et récemment mises en ligne sur le site internet Mémoire des hommes, en réponse à la demande formulée par le Président de la République lors du lancement des commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale en novembre 2013. Dans cet ensemble sériel, ce sont des situations très diverses et souvent émouvantes que le curieux et le chercheur peuvent désormais facilement découvrir page après page.

Pour en savoir plus sur cette opération, nous avons interrogé Agnès Chablat-Beylot, conservateur en chef du patrimoine, responsable du département des archives définitives du Centre historique des archives du SHD.

 

D’où viennent ces dossiers de fusillés ?

Les « dossiers de fusillés », mis en ligne à partir du 6 novembre 2014 sur le site Mémoire des hommes sont les minutes de jugement et les dossiers de procédure des conseils de guerre qui les ont condamnés à mort. Ces archives sont conservées au Service historique de la Défense, au château de Vincennes, parmi les fonds de la justice militaire.

Quelles sont les pièces constitutives de ces dossiers ?

Les minutes de jugement, de 4 à 6 pages, ne présentent des affaires jugées qu’un aperçu sommaire : elles contiennent l’état civil du prévenu, l’acte d’accusation, les attendus du jugement et la sentence du tribunal.

Le dossier de procédure est la source la plus complète, dans la mesure où il comprend l’ensemble des documents ayant servi à l’instruction. On y trouve en théorie les pièces suivantes : plainte en conseil de guerre ; état signalétique et des services du prévenu ; relevé de punitions ; procès-verbal d’interrogatoire ; procès-verbaux d’information (rapports, interrogatoires des témoins) ; éventuellement pièces à conviction, de tous types et de tous supports ; rapport du commissaire-rapporteur, qui clôt l’instruction ; ordre d’informer ; minute du jugement.

Les dossiers des conseils de guerre spéciaux, qui ont fonctionné du 6 septembre 1914 au 27 avril 1916, sont bien moins fournis et ordonnés, ce qui démontre en soi l’urgence de ces procédures et les circonstances dérogatoires dans lesquelles ont travaillé ces juridictions éphémères.

Ces documents de base, dans un certain nombre de cas particuliers, sont complétés d’autres pièces : celles annexées au dossier dans l’après-guerre, lorsque celui-ci avait été rouvert à des fins de révision. Suivant la ou les juridiction(s) qui ont réexaminé l’affaire, c’est souvent tout un dossier, plus important que celui du premier jugement, qui est joint aux pièces d’origine. Les dossiers de la Cour spéciale de justice militaire, qui a fonctionné de 1933 à 1935, ont également été numérisés.

archives_SHDGR__GR_11_J_240__001__0003Certificat de conduite de Léo Mac Ghastley, né à Sacramento (Californie) le 2 septembre 1870. Condamné pour espionnage par le conseil de guerre de la Direction des étapes et des services (DES) de la Ve armée, il est exécuté à Romigny (Marne) le 15 septembre 1914.

 

 

 

 

Comment le SHD a-t-il élaboré ce nouveau corpus mis en ligne ?

Les documents relatifs aux fusillés ne constituent pas un ensemble distinct au sein du fonds de la justice militaire, et plus particulièrement des quatre sous-séries qui couvrent la période du conflit :

  • GR 9 J : conseils de guerre de Paris, soit 1 225 cartons ou registres
  • GR 10 J : conseils de guerre des régions militaires, soit 2 436 cartons ou registres
  • GR 11 J : conseils de guerre aux armées, soit 3 814 cartons ou registres
  • GR 12 J : conseils de guerre outre-mer, soit 3 045 cartons ou registres.

Ils sont classés par instance judiciaire, puis chronologiquement, parmi tous les autres dossiers produits par ces conseils de guerre. Ce sont donc quelque 6 500 boîtes d’archives qui ont été systématiquement dépouillées par les archivistes du SHD pour y repérer les documents relatifs aux fusillés parmi les dossiers de procédure et les registres de jugement.

Mais sachant que 10 à 20 % des archives produites par les conseils de guerre n’ont pas été conservées, disparues pendant le conflit ou après, la recherche a été complétée par des vérifications dans les archives des unités et des états-majors – qui n’ont toutefois pas été systématiquement dépouillées, ainsi que par une étude du fichier des morts de la Grande Guerre (dit « des Morts pour la France »). A propos de celui-ci, il faut souligner le complément qui lui a été apporté ce 11 novembre, avec la mise en ligne de quelque 95 000 fiches de décédés qui ne se sont pas vus attribuer la mention « mort pour la France ».

Pour en savoir plus : le corpus des fusillés documentés

Pouvez-vous expliquer le nombre de 953 soldats français fusillés ?

La base de données mise en ligne sur Mémoire des hommes donne accès à un corpus large qui prend en compte l’ensemble des personnes fusillées à la suite d’une condamnation par un conseil de guerre de l’armée française au cours du conflit, sans exclure ni civils, ni ressortissants étrangers, ni fusillés condamnés pour des crimes ou délits « de droit commun » ou pour espionnage. Les conseils de guerre de l’intérieur, d’outre-mer et de l’armée d’Orient sont représentés au même titre que les conseils de guerre aux armées du front occidental.

Les fusillés sans jugement sur ordre de l’autorité militaire sont aussi pris en compte. Les exécutions sommaires qui ont laissé des traces dans les archives militaires sont également recensées, qu’il s’agisse d’exécutions dans le feu de l’action par un supérieur, mais aussi de tirs de sentinelles sur des déserteurs ou sur des prisonniers tentant de s’évader, d’homicides par légitime défense par des camarades ou des gendarmes au moment d’une arrestation, etc.

Ce sont ainsi 1 008 cas qui sont documentés, dont 55 exécutés et tués sommairement. Le nombre de 953 recouvre donc :

  • 825 fusillés dont la condamnation est documentée par les archives des conseils de guerre ;
  • 101 fusillés documentés par d’autres sources (fichier des morts pour la France et archives des unités et états-majors)
  • 27 fusillés sans jugement pour désobéissance militaire documentés par les archives militaires.

Parmi ces fusillés, au moins 639 l’ont été pour désobéissance militaire.

Les archives des conseils de guerre relatives aux fusillés ont été numérisées et sont consultables dans une base nominative sur Mémoires des hommes. Quelles précautions ont-elles été prises en termes de protection des données personnelles ?

En application de l’article L213-2, alinéa 4, du Code du patrimoine, ces archives sont, comme tous les « documents relatifs aux affaires portées devant les juridictions (…) et à l’exécution des décisions de justice », librement communicables à l’expiration d’un délai de 75 ans à compter de la date du document ou d’un délai de 25 ans à compter de la date de décès de l’intéressé. Ils étaient donc déjà librement communicables aux lecteurs fréquentant la salle de lecture du SHD, à Vincennes.

Toutefois, les données contenues dans ces dossiers (infractions, enquêtes, condamnations, notamment) étant considérées comme sensibles au regard de la loi du 6 janvier 1978, leur mise en ligne excède le cadre défini par la délibération de la CNIL du 12 avril 2012 portant autorisation unique de traitements de données à caractère personnel contenues dans des archives publiques aux fins de communication et de diffusion par des services d’archives publiques.

La mise en ligne de la base de données des fusillés a donc été réalisée après autorisation de la CNIL, dans une délibération en date du 10 juillet 2014. Il faut souligner que conformément à celle-ci, toute réutilisation commerciale de la base et des dossiers de fusillés est proscrite, de même que l’indexation collaborative. Par ailleurs, la délibération précise les la liste des données pouvant être indexées, mais en exclut toutes données sensibles, notamment les motifs de condamnation à mort. C’est pourquoi il est possible d’effectuer des recherches selon les critères suivants : nom, prénoms, date et lieu (commune, département, pays) de naissance, date et lieu de décès, grade et unité d’appartenance, classe, bureau et matricule de recrutement, mention « mort pour la France ».

Au terme de cette recherche, c’est l’intégralité des documents relatifs à chaque fusillé qui est offerte à la lecture de l’internaute : minute de jugement, dossier(s) de procédure ou fiche de décès.

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Le programme du cycle d’initiation à la recherche archivistique aux Archives nationales

Les Archives Nationales (Wikimedia Commons)

Dans le cadre de l’exposition « Août 1914. Tous en guerre ! » (ouverte au public jusqu’au 22 janvier 2015), un cycle d’initiation à la recherche archivistique autour des sources sur la Grande Guerre des Archives nationales est organisé sur le site de Pierrefitte des Archives nationales. Cinq séances (de 1 heure 30 à 2 heures chacune) sont prévues du 26 novembre 2014 au 26 janvier 2015. Elles seront conduites par les responsables scientifiques des fonds d’archives. Elles sont libres d’accès et ouvertes à tous types de publics intéressés par la généalogie ou la recherche historique (lecteurs, visiteurs, généalogistes, enseignants-chercheurs….).

Ce cycle de conférences pratiques est destiné à faire connaître les ressources propres des Archives nationales sur l’histoire de la Grande Guerre et le travail scientifique mené sur les fonds. La session liminaire, consacrée à une présentation générale des fonds, servira de cadre pour tout le cycle. Les sessions suivantes, plus sélectives, prennent la forme d’interventions très courtes et concrètes autour d’une thématique. Les responsables scientifiques des fonds, en une intervention de 15 à 20 minutes, présentent la structure et les grandes composantes d’un fonds, son intérêt, exposent les modalités d’accès aux documents, les actualités de traitement de ce fonds (classements, bases, numérisation et mise en ligne …) et les grands types de recherche qu’il rend possible.

Le programme (à télécharger ici)

  • Session 1 : Mercredi 26 novembre 2014, de 16 h 00 à 17 h 30 (salle des commissions n°2)

Les sources de la Grande Guerre aux Archives nationales : état général des fonds par Emmanuel ROUSSEAU, directeur des Fonds

Intervention suivie d’une visite de l’exposition ciblée autour des fonds des Archives nationales présentés, par Isabelle CHAVE (département de l’Exécutif et du Législatif)

  • Session 2 : Lundi 8 décembre 2014, de 16 h 00 à 17 h 30 (salle des commissions n°3)

Sources généalogiques et Grande Guerre aux Archives nationales

  1. Les dossiers de demandes de naturalisation (loi du 4 août 1914), par Annie POINSOT (département de la Justice et de l’Intérieur)
  2. Les registres d’état civil des régiments, par Roseline SALMON (département de l’Exécutif et du Législatif)
  3. Le Livre d’or des Morts pour la France de la guerre 1914-1918, par Michèle CONCHON (département de l’Exécutif et du Législatif)
  4. Le livre d’or de l’Instruction publique, par Édith PIRIO (département de l’Éducation, de la Culture et des Affaires sociales)
  5. Les archives nominatives des Pensions, par Michèle CONCHON (département de l’Exécutif et du Législatif)
  6. Les testaments de la Grande Guerre au sein des minutes des notaires de Paris, par François CHANCEREL (département du Minutier central des notaires)
  • Session 3 : Jeudi 18 décembre 2014, de 16 h 00 à 18 h 00 (salle des commissions n°4)

Les civils et la Grande Guerre : sources choisies aux Archives nationales

  1. Les rapports de préfets durant la Grande Guerre, par Grégory ZEIGIN (département de la Justice et de l’Intérieur).
  2. Les télégrammes 1914-1918 de la direction des Postes et Télégraphes, par Charlotte LEBLANC (département de l’Environnement, de l’Aménagement du territoire et de l’Agriculture)
  3. Les archives économiques des services extraordinaires de ravitaillement du temps de la guerre 1914-1918, par Clotilde DRUELLE-KORN (Université de Limoges)
  4. La collection d’affiches de guerre de la Bibliothèque historique, par Sylvie LE GOËDEC (Bibliothèque historique)
  5. Les décorations, par Michèle CONCHON et Violaine CHALLEAT-FONCK (département de la Justice et de l’Intérieur)
  6. La correspondance des civils, témoins de la Grande guerre, dans les fonds privés des Archives nationales, par Zénaïde ROMANEIX (département des Archives privées
  • Session 4 : Lundi 12 janvier 2015, de 16 h 00 à 17 h 30 (salle des commissions n°4)

Les archives de la sortie de guerre : le temps des commémorations, de l’application des traités et des réparations

  1. Les projets de monuments aux morts, par Clothilde ROULLIER (département de l’Éducation, de la Culture et des Affaires sociales)
  2. La question des territoires rhénans : archives interalliées et archives françaises, par Michèle CONCHON (département de l’Exécutif et du Législatif)
  3. Archives des plébiscites, par Roseline SALMON (département de l’Exécutif et du Législatif)
  4. Les fonds des commissions des réparations (commission interalliée, délégation française, commission de Bulgarie, office des paiements des réparations), par Roseline SALMON et Maïa PIRAT (département de la Justice et de l’Intérieur)
  5. Les dossiers individuels des archives des Crédits de relèvement et fonds spéciaux (CICR, tribunal arbitral roumano-hongrois et fonds agraire), par Roseline SALMON et Maïa PIRAT (département de l’Exécutif et du Législatif)
  • Session 5 : Lundi 26 janvier 2015, de 16 h 00 à 17 h 30 (salle des commissions n°4)

Les archives de l’entre-deux-guerres : le temps des reconstructions et de l’indemnisation des dommages de guerre

  1. La reconstruction politique, économique et financière à travers les archives des assemblées, par Roseline SALMON (département de l’Exécutif et du Législatif)
  2. Les archives de l’administration provisoire de l’Alsace-Lorraine, par Michèle CONCHON (département de l’Exécutif et du Législatif)
  3. La reconstruction commerciale et industrielle, par Geneviève PROFIT (département de l’Environnement, de l’Aménagement du territoire et de l’Agriculture)
  4. Les fonds des dommages de guerre de la Grande Guerre, par Michèle CONCHON (département de l’Exécutif et du Législatif)

Lieu : Archives nationales, site de Pierrefitte-sur-Seine, Salle des commissions, 59 rue Guynemer, 93383 Pierrefitte-sur-Seine Cedex. M° Saint-Denis université. Entrée libre et gratuite, dans la limite des places disponibles.

Contact : Solène RICHARD (Archives nationales, Direction des publics) : solene.richard@culture.gouv.fr

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Des décorations et des archives

Bulletin officiel du ministère de la GuerreLes soldats de la Grande Guerre et les civils ont été abondamment décorés pendant et après la Première Guerre mondiale. Des sites internet permettent de reconnaître les différentes décorations et de découvrir leur histoire, les critères d’attribution et leurs caractéristiques matérielles : Ordres, décorations et médailles (1914-1918) et France Phaleristique.

En revanche, on sait moins que l’attribution de décorations a généré des archives, qui peuvent s’avérer très utiles pour les recherches familiales et historiques. Nous avons voulu identifier ces sources et nous en avons découvert la diversité et la richesse, dont nous essayons de rendre compte dans le présent article.

Des décorations : pourquoi, pour qui ?

Avant la guerre :

Que ce soit par l’octroi d’une promotion au grade supérieur ou par l’attribution d’une marque distinctive, récompenser le soldat est aussi ancien que la guerre elle-même. Pourtant, à la veille de la Première Guerre mondiale, peu de décorations sont distribuées dans les armées françaises. Elles récompensent principalement le temps des services, les séjours outre-mer et parfois le mérite et le courage.

  • La Légion d’honneur et la Médaille militaire : elles sont peu distribuées avant 1914.
  • La médaille coloniale et les médailles commémoratives (Maroc, Madagascar) : elles ne confèrent pas une dignité particulière pour ceux qui les arborent.
  • Les citations individuelles : elles ne se matérialisent pas sur l’uniforme et peuvent être attribuées pour une action d’éclat comme pour l’exemplarité dans le service.

Pendant et après la guerre :

Au début des hostilités, les croix de la Légion d’honneur et les médailles militaires, qui doivent récompenser les innombrables actes d’héroïsme, sont distribuées avec parcimonie. En effet, le haut commandement se garde de galvauder ces prestigieuses décorations par une distribution trop généreuse. En outre, leur attribution s’accompagne d’une rente viagère, qui pèserait sur le budget de l’État. Pourtant, le commandement est conscient de la nécessité de récompenser les hommes. Dans un premier temps, certains soldats, sous-officiers et officiers sont cités à l’ordre de leurs unités. Quelques régiments obtiennent des citations collectives et des inscriptions nouvelles sont portées sur les emblèmes. Ces récompenses individuelles et collectives, en étant inscrites au Journal officiel, sont portées à la connaissance de la Nation et de la troupe. Cependant, l’écho de ces récompenses reste faible. En outre, dans les rangs, on s’étonne de voir des soldats alliés et ennemis porter des décorations. Dès lors, quelques initiatives personnelles voient le jour : des chefs de corps prennent la décision de décorer leurs soldats avec des médailles non réglementaires. À la fin de l’année 1914 commencent les premières discussions qui aboutissent à la loi du 8 avril 1915, laquelle crée une décoration dite « croix de guerre ».

À partir du printemps 1915, les décorations et signes distinctifs de reconnaissance se multiplient. Leur nombre augmente après les hostilités. Ils sont distribués aux militaires, mais aussi aux civils, hommes, femmes et enfants, aux animaux, aux villes, aux corps de troupe, etc. Après la Première Guerre mondiale, l’armée française reste engagée sur plusieurs théâtres d’opérations extérieurs (Levant, Orient, Maroc). Par conséquent, une croix de guerre des théâtres d’opérations extérieures est créée en 1921. Enfin, pendant les années 1920 et 1930, les autorités souhaitent récompenser et honorer les anciens soldats et toutes les victimes de la guerre, y compris les civils. De nombreuses décorations commémoratives sont destinées aux seuls anciens combattants.

Quelles archives ?

Avant d’examiner les archives manuscrites, on peut citer quelques sources imprimées :

  • Le Journal officiel, dans lequel sont publiés les débats à la Chambre des députés et du Sénat concernant les décorations ainsi que des listes nominatives de décorés et des citations.
  • Le Bulletin officiel du ministère de la Guerre renseigne sur les lois instituant des décorations : la décoration en elle-même (ruban, médaille, etc.), les conditions de concours, les régularisations, etc.
  • Le Bulletin du comité de l’Afrique française pour les citations attribuées aux troupes coloniales.

Les dossiers individuels relatifs aux décorations sont éparpillés entre les archives du Service historique de la Défense, les Archives nationales et les archives départementales. Quand on recherche les archives concernant l’attribution d’une décoration à un individu, il faut s’interroger sur l’origine de la décoration et se poser les questions suivantes : qui instruit les dossiers de demande ? quelles sont les différentes étapes ? Le lieu de conservation des archives dépendra des réponses apportées. Dans la liste ci-dessous, la date indiquée entre parenthèses est celle de la création de la décoration.

1) Ordre national de la Légion d’honneur (1802) :

  • Archives nationales : on y trouve les dossiers nominatifs des légionnaires depuis la création de l’ordre, dont une partie est en ligne (base Leonore) : voir LH 1 à 3376 (archives de la Grande chancellerie, dossiers de légionnaires, dossiers de proposition) ; les dossiers de candidatures et de nominations, y compris les dossiers des demandes qui n’ont pas abouti, dans les archives des ministères : F1d III (Intérieur), F12 (Industries et commerces), F17 (Instruction publique), F23 (Services extraordinaires des temps de guerre) et BB33 (Justice) : pour le détail voir ici. Les dossiers individuels sont composés d’états de service, de recommandations, de rapports hiérarchiques et de renseignements circonstanciés sur les mérites des candidats et sur les personnes qui les recommandent. En ce qui concerne les dossiers de candidatures et de nominations des Affaires étrangères, de la Guerre et des Finances, il faut se retourner vers les services d’archives des desdits ministères. En outre, les dossiers de carrière des agents de l’État fournissent aussi des renseignements très utiles sur les services de guerre, y compris dans les mémoires de proposition établis pour l’attribution de décorations civiles (palmes académiques par exemple). Enfin, au sujet des archives de la Grande chancellerie de la Légion d’honneur, voir le répertoire numérique des articles LH 1 à 3376.
  • Archives départementales : série M (dossiers individuels des candidats, propositions, fiches de renseignements, nominations, etc.) et série R (avis de décès de légionnaires, traitements, etc.) ;
  • Archives militaires : le texte de la citation accompagnant l’attribution de la Légion d’honneur peut être délivré par le SHD-Pau.

2) Médaille militaire (1852) :

Les dossiers de médaillés militaires décorés entre 1852 et 1957 ont disparu. Toutefois, il est possible de compenser ces lacunes.

  • Archives départementales : dans les séries M et R, on peut trouver des dossiers individuels de demande d’attribution, propositions, correspondances, listes nominatives, avis de décès, traitements, dossiers des postulants et des membres, etc. ;
  • Archives militaires : le texte de la citation accompagnant l’attribution de la Médaille militaire peut être délivré par le SHD-Pau.

Pour plus d’informations sur ces deux décorations, voir le Guide de recherches proposé par le Musée national de la Légion d’honneur et des ordres de chevalerie.

3) La Croix de guerre (1915) : les croix de guerre commémorent des citations individuelles obtenues par des militaires pour faits de guerre ainsi que par des civils.

  • Archives militaires : les fichiers des décorations et citations décernées aux unités ou aux combattants français et étrangers de l’armée et de la gendarmerie au cours de la Première Guerre mondiale sont conservés au SHD-Pau. A partir de l’état civil d’un individu, on peut chercher toutes les citations entraînant l’attribution de la Croix de guerre et de la Croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs (1921), mais uniquement pour l’armée de terre. Les citations sont conservées dans des registres d’ordres généraux, classés par conflit, par théâtre d’opération, par date et par autorité militaire signataire (1914-1918, citations attribuées après-guerre et citations attribuées à titre posthume après 1918). En ce qui concerne les citations accompagnant les croix de guerre attribuées à un marin ou parfois un aviateur, il faut se tourner vers les archives du SHD à Vincennes.
  • Archives départementales : des dossiers concernant la Croix de guerre existent dans les séries R et parfois M.

Publié dans l’Illustration de 1915 à 1919, le Tableau d’honneur de la Grande Guerre rassemble les portraits de 16 486 officiers, sous-officiers, soldats et infirmières, nommés ou promus dans l’ordre de la Légion d’honneur, décorés de la Médaille militaire ou cités à l’ordre de l’Armée. Voir à ce sujet Le Tableau d’Honneur paru dans le Journal L’Illustration sur le site Guerre 14-18 de Jean-Luc Dron.

Pour plus d’informations, voir le site internet de l‘Association nationale des croix de guerre et de la Valeur militaire.

4) Croix du combattant volontaire de la guerre 1914-1918 (1935) : cette décoration récompense les combattants de la Grande Guerre volontaires pour servir au front dans une unité combattante.

5) Croix du combattant (1930) : la loi du 19 décembre 1926 crée la carte du combattant au profit des personnes relevant de l’officier national du Combattant et la loi du 28 juin 1930 autorise la création d’un insigne officiel dénommé « Croix du combattant » au profit des titulaires de la carte du combattant.

  • Archives départementales : les archives se rapportant à à la carte et à la croix sont aux Archives départementales (versements de l’Office national des anciens combattants), où sont conservées notamment les archives des commissions départementales, les dossiers de demande et d’établissement des cartes, des fichiers généraux de demandeurs (séries R, W et/ou ETP). Ces fonds contiennent parfois des photographies d’identité des demandeurs.

NB : Les archives de l’Office national des anciens combattants sont classées en série W ou ETP, quand elles ne se trouvent pas encore au sein des services départementaux de l’ONAC : une procédure de consultation existe pour avoir accès à ces dossiers de demandes et de titres.

6) Médaille des Victimes de l’invasion (1921) : cette décoration honore les otages de la Première Guerre mondiale (personnes déportées hors de France, emprisonnées ou condamnées à un travail forcé par les Allemands). Elle est attribuée par le ministère des Régions libérées (qui a existé de 1917 à 1926), pendant la seule année 1921.

  • Archives nationales : dans la sous-série F23 (services extraordinaires des temps de guerre) sont conservés les dossiers individuels de proposition de décorations relatives aux régions libérées (F/23/347 à 378). Cette sous-série comprend des dossiers individuels par département (Aisne à Territoire de Belfort et les étrangers), utiles pour étudier la vie dans les régions envahies et les efforts de redressement fournis par ces régions (otages, travailleurs forcés, prisonniers civils, déportés en Allemagne, bataillons disciplinaires, soins aux blessés, secours portés aux réfugiés, organisation du ravitaillement pendant la guerre, œuvres d’assistance et fédérations de sinistrés, reconstruction). La sous-série F23 contient aussi des archives concernant l’attribution de la Légion d’honneur (dossiers individuels, liste des décorés) et diverses décorations de la Première Guerre mondiale.
  • Archives départementales : les circulaires d’attribution et les dossiers de candidats sont conservés dans la série M.

7) Médaille de la Fidélité (1922) : cette décoration honore les Alsaciens-Lorrains emprisonnés ou exilés par l’Allemagne en raison de leur attachement à la France.

8) Médaille des évadés (1926) : l’intérêt des demandes établies sur des formulaires remis par l’autorité militaire réside notamment dans le récit des circonstances de l’évasion et la mention des noms, adresse et qualité des personnes pouvant donner des renseignements sur l’évasion.

  • Archives militaires : le SHD-Pau conserve les dossiers d’attribution de la médaille des évadés (1914-1918).
  • Archives nationales : dossiers individuels des titulaires de la médailles des évadés civils [19830373/1 à 100].
  • Archives départementales (série M).

9) Médaille de la reconnaissance française (1917) : trois commissions ont été créées pour l’attribution de cette médaille. De 1917 à 1923, 16 000 dossiers de personnes ou de collectivités, françaises ou étrangères, ont été ouverts.

  • Archives nationales : sous-série BB32 (Médaille de la Reconnaissance française) [BB/32/1 à 314]. La sous-série BB32 contient les papiers des commissions chargées de l’attribution de la décoration (dossiers nominatifs, projets de décrets et décrets de création et d’attribution de la décoration, procès-verbaux, registres alphabétiques des candidats, recommandations en faveur des postulants). Les dossiers individuels sont composés de notes, de correspondances, de recommandations, de fiches de renseignement, de notices de propositions et de témoignages d’actes de courage et de dévouement.
  • Archives départementales (série M) : il s’agit pour l’essentiel de dossiers nominatifs qui contiennent notamment de nombreux témoignages susceptibles de fournir des informations sur les réseaux de résistance et d’aide à l’évasion de prisonniers de guerre.

10) Aux archives départementales sont aussi conservées des archives (listes, dossiers, décrets, etc) concernant les décorations suivantes :

  • Médaille des prisonniers civils de 1914-1918 (1936), série M,
  • Médaille des prisonniers civils, déportés et otages de la Grande Guerre (1936) : série M avec en particulier des archives portant sur la création de la médaille et la constitution d’un comité départemental.
  • Médaille de la déportation et de l’internement (1948) : cette médaille créée après la Seconde Guerre mondiale a été attribuée rétroactivement aux déportés et internés de la Première Guerre mondiale.
  • Médaille commémorative de la Grande Guerre : les dossiers, quand ils existent, sont composés de justificatifs (extraits de livret militaire, textes des citations, titre de pension, etc). Des demandes ont aussi été faites par des personnes dépourvues de tous justificatifs. Il faut donc rechercher dans les séries M et R.
  • Médaille commémorative interalliée dite « médaille de la Victoire » (1922) : l’autorisation de porter la médaille est délivrée par l’autorité militaire détentrice des pièces matricules du candidat. Il faut donc chercher dans la série R.
  • Médaille commémorative d’Orient et des Dardanelles (1926).
    Médaille commémorative de Syrie-Cilicie (1922).
    Médaille des épidémies : attribuées aux personnes qui ont combattu contre les épidémies entre 1915 et 1918. Il existe des documents dans les fonds des sous-préfectures aux Archives départementales (série Z).
  • Insigne des blessés (1916) : La distinction est attribuée après la consultation d’une commission siégeant au chef-lieu du département où réside le demandeur. Les demandes sont adressées à la préfecture du lieu de résidence. Les documents fournis sont des billets d’hôpital, des certificats d’origine de blessure, des rapports circonstanciés, des notifications de pension, etc.

11) Médailles commémoratives non officielles.

Ces décorations ne sont pas officielles. Elles n’ont pas été adoptées par une loi proposée par le Gouvernement et votée par le Parlement, mais leur port est toléré. Il faut les rechercher aux archives municipales ou dans les archives de certaines associations d’anciens combattants, qui pour certaines délivrent toujours des décorations aux ayant-droits. On trouve des listes de décorés, des correspondances et des dossiers individuels.

  1. Médaille de Verdun (1916), créée par la ville de Verdun et destinée aux anciens combattants français et alliés engagés sur le front de Verdun de 1914 à 1918.
  2. Médaille de la Haute-Silésie (1921), créée par la Commission Interalliée de Gouvernement et de Plébiscite de Haute-Silésie et destinée aux militaires, employés civils et fonctionnaires français, anglais et italiens déployés en Haute-Silésie. Des sources aux Archives départementales
  3. Médaille de Rhénanie (1925 ou 1930), créée par la Fédération des Anciens de la Rhénanie et de la Ruhr et destinée aux militaires et membres de la Haute Commission interalliée des territoires rhénans.
  4. Médaille de Saint-Mihiel (1936), créée par la ville de Saint-Mihiel et destinée aux combattants américains et français qui ont combattu dans ce secteur de 1914 à 1918.
  5. Médaille de la Marne (1937), créée par l’association des Amis du Fort de la Pompelle et des soldats de la Marne à Reims et destinée aux combattants ayant participé aux batailles de la Marne et aux familles des ayant-droits.
  6. Médaille de la Somme (1956), créée par l’Association des anciens combattants de la Somme de 1914 et 1940 et destinée aux combattants de la Somme des deux guerres mondiales.
  7. Médaille de l’Argonne et de Vauquois (1961), créée par le comité de l’Argonne du Souvenir français et destinée aux combattants de l’Argonne et aux familles des ayant-droits.
  8. Médaille d’Arras (1964), créée par le Comité national des vétérans anciens Défenseurs d’Arras et de l’Artois et destinée aux combattants de l’Artois de 1914 à 1918.
  9. Médaille des rescapés de l’Aisne (1966), créée par les anciens combattants de l’Aisne de 1914 et 1940 et destinée aux combattants de l’Artois des deux guerres mondiales.
  10. Médaille des combats de Champagne (1971), créée par l’Association du Souvenir aux Morts des Armées de Champagne.

Ce recensement est le résultat de la compilation d’inventaires d’archives. Il n’est pas exhaustif : toute proposition de complément ou précision est bienvenue !

Pour en savoir plus…

  • Dumons (Bruno), Pollet (Gilles) (dir.), La fabrique de l’honneur ? Les médailles et les décorations en France, XIXe-XXe siècles, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009.
  • Mathis (René), Croix et médailles de guerre, 1914-1918, Paris, Public-Réalisation, 1982.
  • Montès (Jean-François), « L’office national des anciens combattants et victimes de guerre », Guerres mondiales et conflits contemporains 1/2002 (n° 205), p. 71-83.
  • Paveau (Marie-Anne), « Citations à l’ordre et Croix de guerre. Fonctions des sanctions positives dans la guerre de 1914-1918″, Rémy Cazals, Emmanuelle Picard et Denis Rolland (dir.), La Grande Guerre, pratiques et expériences, actes du colloque des 12-13 novembre 2004, Toulouse, Privat, 2005, p. 246-258.
  • Stoll (Mathieu), « Décorations et distinctions », Archives de la Grande Guerre. Des sources pour l’histoire, Rennes, Archives de France et Presses universitaires de Rennes, 2014, p. 455-464.
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