Aout 1914. Tous en guerre ! Entretien avec Isabelle Chave

Août 1914. Tous en guerre !

L’exposition Août 1914. Tous en guerre ! ouvre ses portes aux Archives nationales  à Pierrefite-sur-Seine le 19 septembre 2014. Isabelle Chave, conservatrice en chef aux Archives nationales et commissaire de l’exposition a accepté de répondre à nos questions.

En préambule, pouvez-vous nous présenter l’exposition ?

Comme l’indique son titre, l’exposition des Archives nationales porte sur l’entrée en guerre, sur une période de 36 jours exactement, allant de la mobilisation, le 2 août 1914, à la première bataille de la Marne. Son originalité est, avec l’arrière-plan militaire que l’on connaît, de mettre l’accent sur l’histoire sociale, administrative, économique, financière, industrielle et culturelle de cette période, en donnant la priorité à l’évocation des Français de l’arrière, à l’administration de leur vie quotidienne. Par cette exclamation, « Tous en guerre ! », il s’agit d’inviter à sortir le sujet du seul exposé de la mobilisation militaire et de l’élargir à la « mobilisation civile », pour reprendre l’expression utilisée par Olivier Bascou, préfet de la Gironde en août 1914, dans son livre de souvenirs, ou encore à la mobilisation administrative, à la mobilisation industrielle, entre autres…

Pour en montrer l’ampleur et l’ambition, il fallait par ailleurs appliquer cette approche à une aire géographique assez vaste, allant des villes près du front aux départements français du nord de l’Afrique, en passant par les villes du littoral atlantique ou méditerranéen ou par les départements de l’intérieur, pour faire comprendre comment, de façon concomittante, des populations très distantes pouvaient répondre aux événements. L’exercice prend tout son sens, quand il s’agit d’envisager les réactions à telle décision gouvernementale ou à telle bataille survenue sur le front en mouvement de ces premières semaines, ou bien d’analyser, dans la contemporanéité, les conséquences économiques, financières et industrielles du conflit à différents points du territoire national. Comment la chasse aux ressortissants austro-allemands s’est-elle matérialisée ? Comment a-t-elle été encadrée ? Quels circuits a pris l’information, dans le contexte de la loi sur les indiscrétions de la presse ? Comment a-t-on lutté contre le risque de course aux guichets ou contre le chômage, organisé le ravitaillement des entreprises et des usines, ou celui des civils, selon la production agricole, forcément inégale, des départements ? Comment vivait-on à Paris, devenu camp retranché ? Comment a réagi la population des villes portuaires, point d’entrée des troupes mobilisées en Afrique ou en Inde, à l’accueil, même temporaire, de ces communautés nouvelles ? Comment a-t-on appliqué le couvre-feu dans les départements français de l’Algérie ? Que voulait dire, pour un préfet ou un maire des zones envahies ou occupées du territoire, administrer un département ou une commune ? Comment accueillir matériellement les premiers réfugiés, les premiers blessés ? Comment l’État, entrant avec un tel degré d’importance dans le champ social, a-t-il très vite coordonné les actions philanthropiques et charitables de tous ordres ?

Même sur cette très courte période, les points abordés embrassent des thématiques très vastes. Beaucoup de questionnements perdurent naturellement après la période de l’entrée en guerre, mais les problèmes ne sont plus résolus ou gérés de la même façon dès lors que le conflit s’installe dans la durée. Ce sont d’abord la mise en place de processus administratifs nouveaux et les réponses rapides et concrètes fournies par des échelons de décision très variés à une situation de crise qui nous ont semblé constitué un angle d’attaque intéressant à expliquer et à représenter.

Les archives présentées proviennent des Archives nationales, mais aussi de plus de trente prêteurs extérieurs. Quels sont-ils ? Quels types de documents seront exposés ?

Les visiteurs pourront, en effet, découvrir un riche ensemble de 230 documents dans la salle d’exposition même, complétés par des films, des bornes d’images et des restitutions sonores, tandis que le catalogue scientifique à l’appui en présente environ 400. Pour moitié, ces documents proviennent des fonds des Archives nationales, tirant parti de séries qui lui sont propres : originaux des lois votées lors de la séance extraordinaire du 4 août 1914 ; affiches de la collection de guerre constituée par le directeur Charles-Victor Langlois dès décembre 1914 ; rapports journaliers des préfets des départements français à la direction de la Sûreté du ministère de l’Intérieur ; procès-verbaux d’enquête et photographies de la commission instaurée pour constater la violation par l’ennemi du droit des gens et des devoirs de l’humanité dès 1914 ; fonds aussi riches que sous-exploités du service du Ravitaillement, du tout jeune ministère du Travail ou du ministère du Commerce, sans compter les fonds d’archives privées de personnalités de premier plan de l’Exécutif (Présidence du Conseil, Finances…) et de l’État-major… Nous souhaitions que tant les visiteurs amateurs d’histoire que les chercheurs spécialisés, davantage rompus aux sources de cette période, trouvent ici matière à découverte, en faisant le choix de documents, d’origine publique ou privée, peu ou jamais exposés.

Pour autant, à partir du moment où le scénario défini était de rendre compte du quotidien des Français au plus près du territoire et de traduire des expériences locales, il importait de croiser les sources, de ne pas se circonscrire aux documents produits et conservés par les institutions et organismes de l’échelon central, mais de les confronter et de les rapprocher des ressources conservées par des musées, surtout ceux spécialisés autour de la Grande Guerre, par des bibliothèques, par des services d’archives départementales et municipales, enfin par quelques collectionneurs privés, connus pour la spécialisation de leur collection.

Le comité scientifique a joué pleinement son rôle, signalant tel fonds de presse locale, tel fonds photographique exceptionnel pour août 1914, dirigeant l’attention vers des institutions aux ressources intéressantes pour le propos, et je leur en sais particulièrement gré. L’aspect très visuel de l’exposition, par la présence de documents figurés nombreux en particulier, doit beaucoup à cette étape de recherche documentaire extérieure. Au nom des organisateurs, j’exprime aussi tous mes remerciements, pour la grande confiance accordée et pour leur générosité, aux collectivités, institutions et particuliers qui ont accepté de se départir durant plusieurs mois de leurs ressources, malgré les besoins particuliers engendrés par la commémoration du centenaire.

Autour de l’exposition, de nombreuses manifestations sont organisées pour les visiteurs. Cette exposition a aussi un objectif pédagogique. Quelle sera la place des archives dans l’accompagnement pédagogique ?

Les départements scientifiques des Archives nationales ont la chance de pouvoir compter, dans la valorisation auprès du public scolaire des fonds dont ils ont la responsabilité, sur un service éducatif accueillant et expérimenté – il remonte à 1951 ! -, à l’écoute des demandes spécifiques des enseignants. L’équipe, encore enrichie à l’occasion de la création du site de Pierrefitte-sur-Seine, est pluridisciplinaire, élargie désormais par exemple au champ de l’enseignement des arts à l’école. Elle s’est vite fait connaître du réseau territorial de l’Éducation nationale et inscrite dans les dispositifs départementaux et académiques existants ou instaurés pour le Centenaire. Pour l’exposition proprement dite, le service éducatif proposera des visites commentées adaptées au public scolaire, selon les degrés et les programmes concernés, mais a préparé aussi cinq livrets associés à des ateliers pédagogiques, l’un pour l’exposition (« Août 1914. Tous en guerre ! ») et les quatre autres, pour illustrer la Grande Guerre en général (« 14-18 : Carnets de guerre », « Abécédaire de 14-18 », « Les Chansons dans la guerre » et « Artistes de la mémoire »), au croisement de l’histoire, de la musique, des lettres et des arts plastiques. Les locaux, équipés de tableaux interactifs, permettent d’approfondir, après la visite, tel ou tel document vu en original, de faire concevoir aux élèves des albums, des carnets, des journaux à partir de vues numériques des documents choisis dans l’exposition, et de croiser les ressources disponibles localement ou en ligne. Le vernissage pédagogique, le 24 septembre après-midi, sera l’occasion de présenter aux enseignants présents toutes les richesses de cette « collection Première Guerre mondiale » [Offre pédagogique du centenaire de la Première Guerre mondiale].

Le cycle d’initiation à la recherche archivistique nous a paru très intéressant. En quoi consiste-t-il ?

Durant l’hiver 2014-2015, la direction des Publics a souhaité, pour accompagner l’exposition, coordonner plusieurs conférences données par les responsables scientifiques, qui présenteront les principaux fonds d’archives publiques et privées utilisés non seulement pour l’exposition, mais aussi ceux plus largement en lien avec la guerre 1914-1918 (présentation générale des fonds, archives nominatives, ressources généalogiques, sources sur les atrocités ennemies, archives sur la sortie de guerre, l’application des traités de paix, la reconstruction…). Cette proposition est assez nouvelle, puisqu’il ne s’agit pas d’un cycle de conférences données par des historiens, mais au contraire de séances animées par des professionnels des archives à l’attention du public fréquentant la salle de lecture (étudiants, amateurs d’histoire ou enseignants-chercheurs), pour présenter des travaux d’inventaires menés sur les fonds d’archives, donner des pistes d’exploitation et de croisements possibles, bref, entrer dans la pratique archivistique. Par ailleurs, autour de la Première Guerre mondiale, les Archives nationales ont depuis plusieurs années élaboré des fiches d’aides à la recherche, constitué des bases de données, accessibles localement, dématérialisé et mis en ligne leurs inventaires ou numérisé et mis en ligne tout récemment des fonds d’un grand intérêt, tels que les listes communales du Livre d’or des Morts pour la France (plus de 260 000 pages). Ces séances et conférences seront aussi l’occasion de présenter et de faire la démonstration de tous ces outils d’orientation dans les fonds d’archives. Le programme détaillé sera prochainement publié sur la page de l’exposition du site Internet des Archives nationales.

Informations pratiques : Exposition Août 1914. Tous en guerre ! Site de Pierrefitte-sur-Seine des Archives nationales. Accès : M° ligne 13, station Saint-Denis-Université. Entrée libre du 20 septembre 2014 au 22 janvier 2015. Horaires, informations pratiques et programme culturel associé à lire sur le site internet des Archives nationales.

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Retour en Macédoine. Sur les traces matérielles et mémorielles des Poilus d’Orient.

Vue de Monastir en 1915, Bibliothèque nationale de France, [Rol, 45833]

Vue de Monastir [Bitola] en 1915, BNF, [Rol, 45833]

En 2012, nous avions évoqué ici même l’initiative intéressante lancée par une équipe d’enseignants du lycée Mermoz de Vire. En juillet 2014, Eric Allart est retourné en Macédoine pour effectuer une nouvelle prospection inventaire dans la boucle de la Cerna. Il a bien voulu nous en présenter les grandes lignes.

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Dans le prolongement du travail effectué en avril 2010 et avril 2012, nous avons effectué une prospection inventaire dans la boucle de la Cerna du 15 au 21 juillet 2014, au sud de la République de Macédoine. Le voyage a été aussi l’occasion de rencontrer l’attaché de défense de l’ambassade de France à Skopje, pour lui présenter nos travaux et définir la participation d’un groupe d’élèves du lycée professionnel Jean Mermoz de Vire aux commémorations de novembre dans le cimetière militaire français de Bitola. Une stèle construite par les élèves chaudronniers du lycée professionnel Jules Verne de Mondeville, sous l’égide de Sylvie Guitton, est en voie d’acheminement vers Bitola (arrivée prévue courant septembre 2014). Elle représente un fantassin chargeant, inspiré par les dessins de l’artilleur Etienne Valentin, hommage de la communauté éducative bas-normande au sacrifice des Poilus d’Orient. L’expédition de 2012, associant des enseignants et des élèves des deux pays, a permis une collecte de témoignages de la seconde génération. Les enfants de civils témoins du conflit, ayant transmis une mémoire précise et vive sur la présence des troupes françaises. En outre, les élèves macédoniens du lycée Tito sélectionnés suivent une scolarité bilingue avec le français comme langue étrangère principale. Ils sont binômés avec leurs correspondants virois.

La prospection de terrain, limitée pour des raisons d’accessibilité et de délai, avait donné l’occasion de repérer des ouvrages troglodytes sur la cote 1050, de photographier un corpus important de matériel militaire réemployé par les populations, et de reconnaître l’emplacement du terrain d’aviation de Bac, sur les rives de la Cerna, dans la vallée de la Pelagonia. Les dix jours de travail de juillet dernier, sans élèves, ont permis la location d’un véhicule tous terrains et ainsi l’accès aux crêtes de la boucle de la Cerna.

Le secteur prospecté, compris dans un rectangle de 20 kilomètres sur 12, est le massif montagneux circonscrit par la boucle de la Cerna, avec une déclivité d’environ 1000 mètres. En 1917-1918, il marque la stabilisation de la ligne de front au nord-est de Monastir (actuelle Bitola), tenu par les 16e et 17e divisions, panachées avec des unités serbes, russes et un corps expéditionnaire italien. Aujourd’hui c’est une région pauvre, à très faible densité de population, où des villages et hameaux de montagne en voie de désertification ne sont plus peuplés que par une poignée de personnes âgées en situation de quasi autarcie. Pas d’eau courante, pas d’électricité, des pistes et des sentiers. L’hiver, des loups tournent autour des habitations. Malgré la proximité, à vingt kilomètres, de la seconde ville de Macédoine, la pauvreté et la compartimentation géographique laissent ces habitants comme dans un autre monde.

Ces conditions difficiles ont préservé les structures héritées de la Première Guerre mondiale. Ainsi les routes d’approvisionnement du front bâties par les français et leurs alliés serbes sont restées remarquablement conservées, alors que le bitume des grands axes du fond de vallée est défoncé par l’amplitude thermique (plus de 100°C entre l’hiver et l’été avec des couvertures neigeuses pouvant dépasser deux mètres), le cailloutis damé et compacté centenaire n’a pas ou peu bougé.

La route des Français

La route des Français

Les traditions orales expriment encore chaleureusement la gratitude pour le travail d’irrigation et de découverte de sources mené par l’armée française. À Skotchivir, le système de téléphérique avec cabine et pylônes franchissant la Cerna est resté en place. À Iven, une citerne à eau construite en 1915 par les établissements Ronot de Saint Dizier, pour alimenter un village de repos en arrière immédiat du front, a été récupérée comme silo à grain par la population. Des munitions tirées sont utilisées en décoration de fontaines, une douille d’obus comme cloche dans la chapelle du village. Les parcelles cultivées sont encloses de barbelé militaire directement démonté par panneaux entiers (avec conserves et gamelles avertisseuses sonores !) et tendus avec des canons de fusils emboités. A Makovo, la ligne de front a une fois de plus confirmé l’extraordinaire degré de conservation d’ouvrages fortifiés taillés dans le roc (postes de tir, abris, soutes …) dans un secteur dévolu aux russes et à la 16e division d’infanterie coloniale. A Brnik, les vestiges discrets d’un petit édifice cimenté présenté comme « centre de désinfection » par les deux seuls habitants du village, ainsi que d’une probable soute à munitions excavée dans le granit, nous ont confirmé qu’une étude sérieuse de terrain ne peut se faire sans l’aide des habitants et de nos collègues macédoniens. À ces objets encore utilisés dans le quotidien et aux marques laissées sur le paysage, il faut ajouter la persistance du souvenir, dans des récits inédits à ce jour n’ayant fait l’objet d’aucun recueil systématique.

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Des phénomènes attestés sur le front occidental trouvent ici des correspondances originales. Par exemple, les populations évacuées ayant mis en place un système de troc, vendant du rakia aux troupes de première ligne. Un récit poignant à Rapès d’un petit macédonien « adopté » par un soldat français lui ayant promis de revenir le chercher après le conflit, mort dans les années 1990 sans que la promesse ait été tenue, le souvenir rapporté par ses voisins plus de 10 ans après son décès illustre que le lien avec la France de ces régions oubliées par l’Europe est encore puissant sur place.

Enfin, des dynamiques récentes navrantes semblent trouver leurs sources dans des récits transgénérationnels. La récupération du métal militaire a été systématique après le conflit, favorisée par le gouvernement à l’époque yougoslave, réactualisée au début des années 2000 par l’État macédonien. Nous arrivons donc après plusieurs grandes phases de « nettoyage », qui ont éradiqué la majorité du mobilier métallique encore in situ. Mais les récits de soldats français revenus après le conflit récupérer des butins de guerre cachés dans les montagnes ont suscité des vocations de pillage avec détecteur, s’en prenant aussi aux sépultures isolées, comme nous avons pu le constater à Meglenci sur la côte 1050 avec deux tombes italiennes, et à Skotchivir avec l’éventration d’une tombe serbe, au sein même d’un cimetière militaire ! Nous ignorons dans quelle mesure ces pratiques sont à mettre en relation avec un modeste commerce d’antiquité permettant aux touristes d’acquérir des casques stalhelm ou des baïonnettes de Lebel dans le centre de Bitola.

La continuité du projet sur la durée depuis 2009 nous a permis d’obtenir une reconnaissance nationale avec la labellisation de la Mission du Centenaire. La constitution d’un réseau de connaissances et de personnes intéressées par le Front d’Orient a enrichi et facilité l’accès aux sources avec le prêt d’archives familiales remarquables. Citons la correspondance des centaines de lettres du chirurgien Albert Canonne avec son épouse infirmière entre 1915 et 1918, décrivant sa vie à la base de Salonique, enrichissant ses lettres de photographies, aquarelles, dessins, coupures de presse et documents divers comme un étonnant calque d’opération sur tibias et péronés. Nous exprimons aussi notre gratitude à monsieur Vincent Urbain qui nous a communiqué la vingtaine de photographies prises par son grand oncle Paul Pédoux, mécanicien aux escadrilles 501 et 504 de l’Aviation Française d’Orient, dont nous avons localisé le terrain. Ce corpus enrichit un album anonyme de 60 clichés pris par un observateur membre de la 504 détaillant les appareils, les paysages et installations militaires de la Macédoine de 1917-1918, dans notre secteur d’étude.

Enfin, nous tenons à rendre ici hommage à notre collègue Iljo Trajkovski, professeur d’histoire au lycée de Bitola, dont la grande collection de photographies de l’époque du conflit recèle des clichés remarquables de lieux où nous avons prospecté. Plusieurs étapes attendent les acteurs de ce projet dans les années à venir. La publication du second volume de notre travail, concernant les expéditions de 2012-2014 est en finalisation de rédaction. Les éléments et l’expertise acquis au cours de ces années nous donnent l’opportunité de contribuer, avec le programme de coopération décentralisée entre la Région Basse-Normandie et la République de Macédoine, à réaliser des parcours de tourisme mémoriel, des expositions, des projets de muséographie. Nous souhaiterions aussi profiter de l’exposition médiatique et de l’aménagement de certains sites pour impulser une ou plusieurs opérations d’archéologie préventive sur le modèle des réalisations de Gilles Prilaux sur le Front Occidental.

Eric Allart pour l’équipe franco-macédonienne.

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Jules Berquet, disparu le 31 août 1914

Jules BerquetJules Berquet n’a laissé aucune lettre, aucun journal de guerre, aucun objet. Le temps a effacé le souvenir de cet homme puisque tous ceux qui l’ont connu sont maintenant disparus. La photographie ci-contre, transmise par ma grand-mère, constitue la dernière trace de cette vie engloutie au cours des premières semaines de guerre. Une rapide enquête, à partir d’éléments dispersés, m’a néanmoins permis de recomposer, en pointillés, la vie de ce soldat disparu le 31 août 1914.

Né à Saulzoir (Nord) le 5 octobre 1888, il est le fils de Jules Joseph Louis et de Zélie Julienne Desfossez, Il est le cadet d’une famille modeste de huit enfants. Jules Berquet est aussi le frère de ma grand-mère paternelle, vingt ans plus jeune que lui. Avant l’armée, Jules Berquet est employé en qualité de chauffeur. Appartenant à la classe 1908, il est incorporé au 45e régiment d’infanterie dont les unités sont stationnées à Laon, Hirson et Sissonne le 8 octobre 1909. Au terme de deux années de service militaire actif obligatoire, il passe dans la disponibilité de l’armée active le 24 septembre 1911. Il rentre à Saulzoir, où il épouse Zélie Renaut, avec laquelle il a un enfant. Des années d’avant-guerre, seules les semaines comprises entre le 25 août et le 16 septembre 1913 sont connues : il accomplit une période d’exercice dans son régiment.

Un souvenir rapporté par ma grand-mère a traversé le siècle : à la mobilisation générale, quand il est rappelé à l’activité, ma grand-mère, âgée de six ans, l’accompagne à la gare du village. La guerre est brève pour le soldat de 2e classe Jules Berquet. Arrivé au 45e régiment d’infanterie le 3 août 1914, il est porté disparu avec des centaines de ses camarades en Argonne, au tournant des mois d’août et de septembre. Un avis officiel du ministère de la Guerre du 24 mars 1917 et un jugement déclaratif de décès rendu le 8 avril 1921 par le tribunal de Cambrai fixent la date du décès au 31 août 1914. Après la guerre, sa famille n’a jamais eu connaissance du lieu exact et de la date précise de sa mort. Plus de 90 ans plus tard, ma grand-mère était toujours très émue à l’évocation de son frère disparu sans laisser aucune trace.

Grâce au dossier de jugement déclaratif de décès et au dossier individuel de pupille de la Nation, j’ai découvert quelques éléments sur les circonstances de sa disparition. Jules Berquet fait partie d’un détachement de mille hommes ayant quitté le dépôt du régiment replié à Lorient le 31 août 1914. Ce renfort, destiné au 45e, atteint le front au début de l’offensive de la Marne. Toutefois, ce groupe d’hommes n’a pas pu rejoindre le corps en campagne : il a donc été réparti entre les différents régiments du 2e corps (72e, 128e, 51e, 87e, 91e, 147e, 148e et 120e régiments d’infanterie) afin de renforcer des unités déjà fortement ébranlées par les premières batailles. Dans le chaos et l’urgence, les régiments n’ont pas eu le temps d’enregistrer les noms des hommes qui les ont rejoints en renfort. Par conséquent, les militaires disparus dans les terribles combats de l’Argonne au début du mois de septembre sont restés totalement inconnus des unités avec lesquelles ils ont combattu. Ainsi, depuis son départ de Lorient le 31 août 1914, aucun témoignage n’a pu être recueilli sur la situation exacte de Berquet et de ses camarades engloutis dans la bataille.

La recherche s’arrête là ! Sans connaître le régiment dans lequel Jules Berquet a été versé le 31 août, il m’a été impossible de déterminer le secteur de l’Argonne dans lequel il a été engagé et de savoir où et quand il est tombé. Son corps n’a jamais été retrouvé. La date du 31 août 1914 est purement administrative. Il est probablement mort dans les premiers jours de septembre.

Pour conclure, voici les sources que j’ai consultées :

Aux Archives départementales du Nord, j’ai consulté la fiche matricule ainsi que le jugement déclaratif de décès dans lequel j’ai trouvé un texte revenant sur les circonstances de la disparition et le dossier individuel de pupille de la Nation utile pour l’histoire familiale. Le site internet des Archives départementales du Nord propose des fiches typologiques intéressantes sur ces sources (voir les liens ci-dessus).

Enfin, il existe un site internet très bien fait sur le 45e régiment d’infanterie, sur lequel sont mis à disposition la transcription du journal des marches et opérations, l’historique régimentaire, un livre d’or, etc. Ce genre de site offre l’avantage d’échanger avec des personnes qui effectuent des recherches sur ce régiment et qui parfois proposent des sources inédites susceptibles de faire avancer les recherches. Et sur Europeana 1914-1918, les Carnets de Charles Derrien du 45e régiment d’infanterie peuvent être téléchargés.

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Drieu La Rochelle, La Comédie de Charleroi : Pragen est Jéramec

la-comedie-de-charleroi-407790-250-400Publiée en 1934, La Comédie de Charleroi de Pierre Drieu La Rochelle rassemble six nouvelles sur la Grande Guerre (voir sur le site internet du CRID la fiche consacrée à cet auteur). La première, intitulée La Comédie de Charleroi, porte sur la célèbre bataille d’août 1914. En 1919, la mère d’un jeune soldat du nom de Claude Pragen, tué pendant la bataille de Charleroi en Belgique (21-23 août 1914), décide de voir l’endroit où son fils est tombé. Un camarade de régiment de Claude l’accompagne et raconte ce voyage rendu burlesque par la vanité de cette femme. À travers ce pèlerinage, le narrateur revit sous forme de comédie ce qu’il a vécu comme une tragédie. Cette nouvelle, à mi-chemin entre la confession et l’invention, décrit le fossé qui sépare ceux qui ont vécu les combats et les gens de l’arrière. Le lecteur est transporté sur le champ de bataille ; il suit le héros au moment de son baptême du feu ; il est témoin de son découragement, de son exaltation et de sa peur ; enfin, il est sur le champ de bataille après la guerre. Dans ce récit transparaît l’expérience douloureuse, et jamais oubliée, de la guerre des combattants.

En avril 2014, à l’occasion du colloque consacré à La Bataille de Sambre-et-Meuse d’août 1914 qui s’est tenu à Auvelais et Namur en Belgique, j’ai rencontré un passionné d’histoire de la Grande Guerre. Bernard Lejeune vit à Nalinnes, un bourg situé à quelques kilomètres au sud de Charleroi, où Français et Allemands se sont affrontés le dimanche 23 août 1914. Passionné par cette bataille et familier des lieux, il m’a guidé sur le champ de bataille de Nalinnes et dans le cimetière militaire franco-allemand de Tarcienne. Grâce aux nombreux témoignages allemands, belges et français qu’il a compilés et étudiés, il a acquis la certitude que La Comédie de Charleroi s’est jouée à Nalinnes. Dans un recueil de documents consacré à ces combats, il montre que La Comédie de Charleroi est en partie une oeuvre autobiographique, écrite à partir de souvenirs de Drieu La Rochelle à Nalinnes.

La Comédie de Nalinnes

Né à Paris en 1893, Pierre Drieu La Rochelle est mobilisé au 5e régiment d’infanterie au début du mois d’août 1914. Le 23 août, Drieu connaît le baptême du feu à Nalinnes, la plus forte expérience de son existence. Le régiment est disloqué par l’offensive allemande et les pertes sont élevées. Drieu découvre la guerre dans toute son horreur. Il est blessé à la tête alors que son ami André Jéramec, avec lequel il était lié depuis1911, est porté disparu. En croisant les sources françaises et belges avec le récit de Drieu, Bernard Lejeune démontre que le bourg d’Esquemont est Nalinnes et que Claude Pragen n’est autre qu’André Jéramec.

Sa démonstration est illustrée par de nombreux exemples, tous convaincants, comme celui du soldat Matigot : « C’est alors que, soudain, je vis Matigot. Tué, bien tué, net, pâle, pur. C’était comme ça que j’imaginais que j’allais être tué, une balle en plein coeur. Matigot était garçon boucher, mauvais coucheur, joli coeur. Naturellement la mort lui donnait de la noblesse, Matigot, le premier tué que j’aie vu. Si le coeur ne restait pas contraint par les convenances même au milieu d’une bataille, je me serais arrêté au milieu des balles – mais Rabutin se serait moqué de moi – et je me serais couché sur Matigot, et je l’aurais embrassé. Matigot m’a ému autant que ma mère morte« . Bernard Lejeune, tout en rappelant que Drieu a inventé la plupart des noms de personnes et de lieux cité dans son récit, associe Matigot à Lucien Henri Mathigot (classe 1913 au recrutement de Paris), soldat de 2e classe au 5e régiment d’infanterie, tué à l’ennemi à la Praîle de Nalinnes. Autre exemple, le « mur de briques », souvent évoqué dans le récit, correspond vraisemblablement aux briques rassemblées dans un dépôt de Nalinnes, produites par la briqueterie Michaux, une petite entreprise familiale locale, et en attente de livraison le 23 août 1914.

André Jéramec est né à Paris en 1893. Diplômé de l’école libre des Sciences politiques, il est attaché au cabinet du ministre de la Guerre avant 1914. Mobilisé lui aussi au 5e régiment d’infanterie, il est tué au combat et porté disparu dans les environs de Nalinnes le 23 août 1914. En 1917, Drieu La Rochelle épouse Colette, la soeur de son meilleur ami. La tombe de André Jéramec et le monument commémoratif dans le cimetière de TarcienneEn août 1920, il retourne à Nalinnes, en compagnie de sa belle-mère. Durant son séjour, il se rend au cimetière militaire franco-allemand de Tarcienne, un cimetière inauguré par les Allemands en 1917, dans lequel sont inhumés les soldats tués à la Praîle. Ce cimetière a été maintenu dans son aspect d’origine. J’ai moi-même été frappé lors de ma visite par ce lieu aménagé dans les bois, très différent des autres cimetières militaires. Sans le nommer, Drieu La Rochelle offre une description précise de ce cimetière aux pages 59 à 62 de l’édition de 1970, évoquant un « cimetière aménagé par les Allemands dans le bois (…) Charmant cimetière où se révélait le génie nordique« , « un grand carré« , « la plupart des tombes étaient anonymes« . En 1917, le nécrologue allemand de Tarcienne ne mentionne aucune tombe au nom d’André Jéramec dans ce cimetière. Pourtant, aujourd’hui, il y en a bien une, au pied d’une stèle commémorative élevée en l’honneur du défunt par la famille dans les années 1920. Dans une lettre adressée à Colette Jéramec le 25 août 1920, Drieu écrit : « Je regrette amèrement d’avoir fait ce voyage en Belgique. C’était insulter la mémoire d’André que de se prêter une fois de plus à la comédie ignoble« .

La fiction se confond avec la réalité. Dans son récit, Drieu écrit aux pages 95 et suivantes :  « Le soir, nous revînmes avec des lampes électriques et des torches (…) dans ce cimetière. Nous étions à la recherche d’une petite chose chimérique – une identité, une personnalité, un numéro matricule. (…) Madame Pragen recherchait le nom de Pragen (…) comme son bien. Elle voulait exercer le droit d’écrire le nom de Pragen ici, de marquer ce lieu du nom de Pragen. Avec nos torches, nous avions des pioches et des tenailles. Nous avions de l’argent pour faire tout ça, et de l’autorité. (…) On faisait l’honneur à deux ou trois de ces cadavres d’être Claude Pragen. « Ca peut aussi bien être un Français qu’un Allemand », dit obscurément quelqu’un au moment où l’on ouvrait le premier cercueil. La première planche sauta. Nous tombâmes tous d’accord pour refuser à ce miel d’horreur le nom de Claude Pragen. La forme était beaucoup trop longue. « C’est grand comme un Allemand » s’écria encore l’imbécile qui assumait le rôle du choeur antique. Moi, cela me fit penser à Matigot, le boucher, le premier que que j’avais vu, tué, allongé sur le terrain, bien tué, bien net. Comme il était grand, et comme il avait l’air étonné. (…) On faisait sauter le couvercle d’un autre cercueil. « C’est lui » dit Mme Pragen. Au milieu du miel, il y avait un sourire, une dent incisive un peu plus courte que l’autre comme Claude en avait une. (…) Bon, comme Mme Pragen voudra » dit le maire, enchanté d’en avoir si vite fini« . Malheureusement, les sources connues ne permettent pas de savoir si Drieu a réellement participé à cette expédition au cours d’une nuit d’août 1920.

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Un petit jeu avant les permissions : la réponse avec Emmanuelle Cronier

Les permissionsLes permissions s’annoncent, nous vous proposons un petit jeu.

À la veille de la Première Guerre mondiale, tous les militaires ont droit à des permissions annuelles. La permission est une autorisation d’absence ; par dérivation le mot désigne également le titre qui attribue cette autorisation. Les officiers et sous-officiers peuvent se voir accorder des permissions pendant le courant de l’année, en conciliant autant que possible les intérêts du service avec les convenances personnelles. En revanche, pour les soldats, à moins de circonstances graves, les permissions coïncident avec les fêtes légales (Noël ou 1er janvier, Pâques, Pentecôte), et peuvent tenir compte des dispositions propres aux différents cultes. Enfin, il peut être accordé des permissions spéciales aux cultivateurs ou encore aux militaires changeant de résidence.

La guerre bouleverse ce régime. Dans un premier temps, les permissions sont suspendues. Toutefois, avec le prolongement inattendu de la guerre, la question des permissions devient un enjeu militaire, mais aussi social, politique, logistique, etc.

Aujourd’hui nous nous contenterons de vous inviter à répondre à la question suivante : à la veille de la Grande Guerre, à combien de jours de permissions un militaire français a-t-il droit chaque année ?

Notre petit jeu se terminera dimanche 20 juillet à 21 heures. L’internaute qui donnera le premier la bonne réponse recevra une modeste récompense.

Vous pouvez nous envoyer votre réponse dans les commentaires ou nous écrire à sourcesdelagrandeguerre@gmail.com

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Arnaud Carrobi, auteur du blog Le Parcours du Combattant de la Guerre 1914-1918, a été le premier à donner la bonne réponse. Il recevra le livre Après d’Erich Maria Remarque (nouvelle édition de 2014 de chez Gallimard).

Emmanuelle Cronier 1re de couvertureEmmanuelle Cronier, auteure du livre Permissionnaires dans la Grande Guerre, a accepté de nous parler des permissions et de la source très intéressante qu’elle a exploitée.

À la veille de la Grande Guerre, à combien de jours de permissions un militaire français a-t-il droit chaque année ?

Sous la IIIe République, les permissions sont attachées au service militaire. Réglementées le 1er mars 1890, et plusieurs fois réformées, elles ont représenté entre 15 et 120 jours de congés sur 24 à 36 mois de service. À la veille de la guerre, les conscrits bénéficient ainsi de 40 jours de congés annuels, en accord avec la loi du 7 août 1913, dite loi des trois ans, qui a fait passer la durée du service de deux à trois ans.

Votre travail s’appuie notamment sur les répertoires des procès-verbaux des commissariats parisiens dits « mains courantes » conservés aux archives de la préfecture de police de Paris. De quoi s’agit-il ?

Ces répertoires informent sur les affaires que les 80 commissariats parisiens (ainsi que les commissariats de l’ancien département de la Seine) ont eu à traiter. Dans les « mains courantes », on trouve tout que qui a nécessité une intervention policière : affaires de voisinage, vols, enfants abandonnés, incendies, bombardements, ivresse sur la voie publique, rixes, prostitution, militaires en retard pour rentrer de permission, outrages à agent, propos défaitistes…. Les « mains courantes » n’ont pas été conservées pour la guerre 14-18. On a en revanche les répertoires de ces mains courantes, qui rassemblent les affaires les plus graves, c’est-à-dire celles qui ont donné lieu à une enquête. Pour la période de la guerre, il y a donc à la fois des délits, des crimes, et de nombreuses affaires concernant la vie du quartier : chiens sans muselière, exhibitionnisme, lumières mal calfeutrées…

Les registres comportent quatre types d’information sur chaque affaire : date, qualification de l’affaire (ex : désertion), état civil et informations militaires sur les différentes personnes impliquées (à titre divers : victime, témoin, coupable présumé), et un résumé plus ou moins détaillé selon les affaires et les commissariats. Il est très précieux car on peut suivre les déclarations de toutes les parties concernées, y compris les agents de police, et il permet de mettre en contexte l’affaire.

En quoi consiste la base de données des 6 294 permissionnaires et 5 793 déserteurs que vous avez constituée ?

Le dépouillement, très long, des registres des procès-verbaux a permis de repérer les permissionnaires ainsi que ceux qui sont restés à Paris à l’issue de leur permission. Leur repérage était parfois évident, pour une affaire qualifiée de « désertion », et parfois fastidieux, quand il fallait traquer le permissionnaire du front parmi les informations sur les différentes personnes impliquées. Il y a parfois une incertitude concernant les hommes en permission de convalescence, les mobilisés de l’arrière en permission, ou même ceux qui ont parfois déserté le front.

Le grand nombre d’affaires m’a poussée à opérer par sondage, et à ne saisir dans la base de données qu’un cas sur deux ou sur trois selon la richesse du quartier en affaires. Le dépouillement a abouti à saisir dans la base 6294 permissionnaires et 5793 déserteurs, sous forme de fiches individuelles dont les données sont parfois lacunaires. Cependant, le grand nombre de cas permet, en fonction des données, un certain nombre de calculs statistiques qui sont précieux pour établir des profils de déserteurs ou de permissionnaires impliqués dans tel ou tel type d’affaire.

Pour en savoir plus :

Emmanuelle Cronier, Permissionnaires dans la Grande Guerre, Paris, Belin, 2013.

Les répertoires des procès-verbaux de la police parisienne : la source et ses contraintes par Emmanuelle Cronier.

A l’occasion du Salon du Livre de Paris 2014, Emmanuelle Cronier présente son ouvrage « Permissionnaires dans la Grande Guerre » (vidéo réalisée par la Librairie Mollat).

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La guerre vue par les journaux du monde entier

Première de couverture courrier internationalNous avons reçu le dernier hors-série histoire du Courrier international conçu, en partenariat avec RFI. Intitulé 14-18. La Guerre des autres, ce numéro propose une approche mondiale de la Grande Guerre (voir ici le sommaire) à travers la presse de 70 pays. Les traductions des articles sont complétées par des biographies, des références bibliographiques et cinématographiques. Pour en savoir plus sur l’élaboration de cette livraison, nous avons posé quelques questions à Raymond Clarinard, rédacteur en chef, et à Mélanie Liffschitz, coordinatrice éditoriale.

1) Comment avez-vous sélectionné les articles ?

Raymond Clarinard : Ce projet de hors-série spécial consacré à la Grande Guerre remonte à près d’un an. Quand nous avons obtenu le feu vert de la direction, nous avons “mobilisé” la rédaction de “Courrier International”, afin que chacun se plonge dans la presse du pays ou de la zone dont il ou elle est responsable pour y trouver tout article se rapportant de près ou de loin tant à la guerre elle-même qu’au souvenir qu’elle a laissé, ou encore aux commémorations prévues d’un pays à l’autre.
L’idée était de donner la parole à ceux qui sont d’ordinaire délaissés par les travaux de ce genre, lesquels se concentrent le plus souvent sur la guerre vue de France, d’Allemagne, des États-Unis et de Grande-Bretagne.
Pour certaines zones, la moisson a été riche, pour d’autres moins, ce qui était déjà, d’une certaine façon, un premier moyen de percevoir dans quelles régions cette guerre suscitait le plus de réflexions et d’interrogations.

2) Certes, la carte du monde est différente aujourd’hui, mais comment expliquez-vous que des pays ne soient pas représentés ?

Raymond Clarinard : Dans la mesure du possible, nous avons essayé de parler de tous, mais c’est quand on travaille sur ce genre de projet que l’on s’aperçoit que 96 pages, ce n’est pas encore assez pour traiter d’un tel conflit autrement que par le petit bout de la lorgnette française !
Nous avons usé de “ruses” pour pouvoir évoquer autant de peuples impliqués que possible. C’est un officier Gurkha, donc népalais, de l’armée indienne qui est en couverture. Un article polonais raconte la guerre vécue par les Polonais dans l’armée allemande, un encadré parle de Joszef Pilsudski dans l’armée austro-hongroise, et une silhouette de cavalier polonais dans les pages consacrées à l’empire russe nous permet de rappeler qu’il y avait aussi des Polonais dans l’armée russe. Nous avons également utilisé des photographies d’époque, des affiches pour montrer à quel point cette guerre a été mondiale.
Nous avions prévu de consacrer une double page aux neutres, avec un article néerlandais très intéressant et des encadrés sur les autres régions du monde, dont l’Amérique latine, mais cette double page indispensable a finalement dû être supprimée pour des questions de place.
Nous nous sommes rattrapés en la publiant, légèrement modifiée, dans notre hebdomadaire, dans la rubrique Histoire, dans le numéro 1232, sorti en kiosque le 12 juin dernier.

3) Quel rôle ont joué historiens, iconographes, traducteurs et évidemment journalistes dans la réalisation de ce hors-série ?

Mélanie Liffschitz : Pour ma part, j’ai essayé de travailler à partir des nouveaux moyens de communication et notamment Twitter. Il suffit de taper le mot-dièse #WW1 pour trouver une multitude de fils Twitter thématiques sur la Première Guerre mondiale : les fils institutionnels comme celui de l’Imperial War Museum ou de la BBC, mais aussi les fils d’historiens et de mordus d’histoire. Chaque pays acteur du conflit a son fil Twitter sous l’appellation WW1 + le nom du pays comme WW1Turkey, ou plus pointu, comme WW1Scotland. C’est vraiment passionnant. Ensuite il n’y a plus qu’à faire son marché ! Le site Centenarynews.org est également une mine d’informations : des dernières sorties en librairie aux commémorations officielles en passant par le pèlerinage proposé par le Pape François pour rendre hommage aux victimes de la Grande Guerre. Le site propose une revue de presse d’une grande exhaustivité. Les traducteurs ont évidemment joué un rôle primordial. Sans eux pas de hors-série. C’est l’élément fondamental de la formule “Courrier International”.

Raymond Clarinard : Notre équipe était réduite, et nous avons donc demandé aux journalistes de “Courrier International” de nous aider à trouver des articles. Dans ce hors-série, vous trouverez aussi bien des articles provenant de grands quotidiens et hebdomadaires généralistes allemands, autrichiens, anglais, italiens ou russes, que d’autres issus d’une presse plus “spécialisée”, comme le mensuel roumain “Historia”. Dans le même temps, nous avions une idée assez précise de ce que nous voulions faire, en proposant non seulement des articles, mais aussi des chandelles ou des encadrés sur des livres, des films, ou des événements et des batailles méconnus. Ensuite, notre iconographe a accompli un travail formidable et nous a fourni en documents exceptionnels, et notre directrice artistique a conçu une maquette claire et lisible permettant de mettre chaque sujet en valeur.

4) Nous avons beaucoup aimé la double page « Les mots des autres ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

Raymond Clarinard : Ce bref lexique aurait pu être bien plus étoffé si nous avions eu plus de temps. C’est typiquement le genre de choses que nous faisons à “Courrier International”, et c’est un moyen idéal, pour un lecteur français, de se plonger dans la mentalité des autres belligérants.

Mélanie Liffschitz : Tout le monde connaît l’argot des tranchées, mais on sait moins que chaque pays a forgé son propre vocabulaire. Nous avons travaillé à partir de nos connaissances, noté de nouveaux mots au fil de nos lectures mais aussi repéré des expressions en visionnant les films proposés dans notre sélection. Dans Gallipoli de Peter Weir par exemple, on peut entendre Mel Gibson interpeller les “Vics”, ou encore un soldat balancer une grenade sur les lignes turques en disant : “Prends ça, Abdul !”. C’était un travail passionnant et le sens de l’humour et l’inventivité des combattants, malgré l’horreur de ce qu’ils vivaient, nous a beaucoup ému. Notre préféré étant les “Zepps in a cloud” (Des zeppelins dans un nuage) qui désigne un plat de saucisse-purée !

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Proust and the Great War à l’Université de l’Illinois

Extrait d'une lettre de Proust à Lionel Hauser (2 août 1914)
 
Extrait d’une lettre de Marcel Proust à Lionel Hauser (2 août 1914).
(Avec l’aimable autorisation de la Rare Book & Manuscript Library, University of Illinois at Urbana-Champaign)

A la déclaration de la guerre, Marcel Proust est âgé de 43 ans. Il connaît déjà le succès depuis qu’est paru Du côté de chez Swann (1913), le premier volume de La recherche du temps perdu. La guerre inspire Marcel Proust, en particulier dans Le Temps retrouvé, septième et dernier volume publié en 1927, à titre posthume. En revanche, on connaît moins le correspondance que l’écrivain a entretenue pendant le conflit. L’université de l’Illinois a mis en ligne une exposition originale, Proust and the Great War, qui permet de découvrir quelques lettres de l’écrivain. François Proulx, Assistant Professor of French, qui a fait travailler six étudiants du département de français sur ces lettres, a accepté de nous présenter ce travail.

carte de Reynaldo Hahn à Proust mars 1915 (recto)Cette exposition numérique réunit une dizaine de lettres de Marcel Proust écrites entre 1914 et 1918. On y découvre l’angoisse de Proust à l’amorce de la guerre, alors qu’il craint le siège de Paris, son profond chagrin face à la perte d’êtres chers, et son lucide refus de tout chauvinisme. Des lettres adressées à Proust invitent à mieux connaître certains de ses correspondants : Reynaldo Hahn, Robert de Montesquiou, Madeleine Lemaire, Jacques-Émile Blanche… Une lettre est même écrite de la main de Céleste Albaret, la célèbre gouvernante de l’écrivain.

La bibliothèque de l’Université de l’Illinois (Urbana-Champaign, États-Unis) possède le plus important fonds de lettres de Proust au monde, qui rassemble aujourd’hui plus de 1 100 lettres. Ce fonds a d’abord été constitué dans le cadre des travaux du chercheur américain Philip Kolb (1907-1992), éditeur de la Correspondance de Proust chez Plon en 21 volumes (1970-1993).

 
 
 
 
Carte de Reynaldo Hahn à Marcel Proust (mars 1915) [recto]
(Avec l’aimable autorisation de la Rare Book & Manuscript Library, University of Illinois at Urbana-Champaign)
 

Pour en savoir plus :

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Retrouver un soldat algérien dans les archives françaises

Tirailleurs algériens Depuis la création du blog, nous avons reçu beaucoup de messages d’Algérie. Des questions nous sont régulièrement posées au sujet des Algériens incorporés dans l’armée française pendant la Première Guerre mondiale. Nous ne pouvons pas répondre à toutes les sollicitations, mais nous proposons ici quelques pistes destinées à orienter les chercheurs dans les archives françaises.

Tout d’abord, je conseille la lecture de quatre excellentes fiches méthodologiques élaborées par les Archives nationales :

  1. Les recherches biographiques du XIXe au milieu du XXe siècle (fiche n°29).
  2. Recherches biographiques sur les combattants et victimes de la Première Guerre mondiale (fiche n°22)
  3. Les militaires aux Archives nationales et au Service historique de la Défense (fiche n°23)
  4. Vous recherchez un militaire ?

En 1914, la population de l’Algérie se caractérise par son hétérogénéité. L’Algérie coloniale est alors à son apogée et elle est l’un des premiers partenaires commerciaux de la France. Cette prospérité attire des milliers d’Européens qui viennent s’ajouter aux immigrants français et à la population juive, naturalisée en 1870. Cette communauté de 750 000 personnes cohabite avec 4 500 000 Musulmans, ou « indigènes », qui ne bénéficie cependant pas des même droits.

  • Les Français d’origine ou naturalisés

Quand la guerre est déclarée, la mobilisation s’effectue sans problème en Algérie. Les Français d’Algérie sont mobilisés dans les mêmes conditions que les Français de métropole. De 1914 à 1918, 73 000 Français d’Algérie servent dans l’armée française. Environ 12 000 sont tués ou portés disparus sur les champs de bataille de la Grande Guerre. Ce contingent est renforcé par les hommes nés en Algérie de parents étrangers et qui ont opté, à l’âge de leur majorité, pour la nationalité française. Près de 60 % des fils d’étrangers font ce choix.

Les fiches matricules sont conservées aux Archives nationales d’Outre-mer (ANOM) à partir de la classe 1860 pour le département d’Alger, 1858 pour celui d’Oran et 1867 pour le département de Constantine. En ce qui concerne les officiers, y compris pour les réservistes, un dossier individuel de carrière est conservé au Service historique de la Défense (voir sur notre blog ici et ici).

  • Les indigènes non citoyens français

En 1914, environ 30 000 Musulmans servent dans l’armée française. Leur recrutement s’effectue selon deux modes : le volontariat et, dans une moindre mesure, la conscription introduite en 1912. Partielle dans un premier temps, la conscription est généralisée à partir de 1916. Elle s’accompagne d’abus et de « chasse à l’homme » mais aussi, progressivement, de l’octroi d’avantages aux soldats et à leur famille (primes d’engagements, soldes identiques à celles des Français, pensions et indemnités). Au total, environ 173 000 Algériens musulmans sont incorporés dans l’armée française (80 000 appelés et 60 000 engagés) pendant la Première Guerre mondiale. Près de 125 000 d’entre eux servent en France. 26 000 soldats musulmans ont été tués ou portés disparus en France, en Afrique du Nord et sur le front d’Orient.

Les archives concernant les indigènes non citoyens français, engagés volontaires ou conscrits, sont conservées au Service historique de la Défense au Centre des archives du personnel militaire (CAPM) de Pau. En outre, le Service historique de la Défense à Vincennes conserve aussi les dossiers de carrière des officiers indigènes (sous-série Ye). La sous-sous-série 13 Yf comprend les dossiers de pensions des militaires du rang et des sous-officiers des troupes coloniales et ressortissants de l’Afrique du Nord de 1850 à 1950.

  • Les archives collectives et des unités

Les hommes natifs d’Algérie sont majoritairement incorporés dans les unités du 19e corps d’armée (Algérie et Tunisie) qui forment, avec les troupes du corps expéditionnaire stationnées au Maroc, la fameuse « Armée d’Afrique ». La dénomination, qui n’est plus officielle depuis 1870, a été conservée par tradition. Les soldats européens (engagés et appelés) servent dans les régiments de zouaves (infanterie) et de chasseurs d’Afrique (cavalerie). La Légion étrangère est composée de soldats de métier aux origines diverses tandis que les unités disciplinaires sont composées majoritairement de Français condamnés par la justice militaire et venus principalement de métropole. Quelques appelés et beaucoup d’engagés musulmans sont incorporés dans les troupes indigènes composées de fantassins, les tirailleurs, et de cavaliers, les légendaires spahis. Ces soldats sont encadrés par des officiers européens et des officiers indigènes.

Les archives de ces unités sont conservées au Service historique de la Défense à Vincennes (journaux des marches et opérations et archives des unités). Les journaux des marches et opérations et les historiques régimentaires sont désormais en ligne sur le site internet Mémoire des hommes. Enfin, il ne faut pas négliger une série fragmentaire de 4 479 registres matricules de régiments nord-africains de la fin du XIXe siècle à 1939 consultable au Centre des archives du personnel militaire. Une salle de lecture vient d’ouvrir ses portes à Pau.

Pour accéder aux archives des unités conservées à Vincennes, on peut utiliser les inventaires suivants :

Pour en savoir plus :

  • Anthony Clayton, Histoire de l’armée française en Afrique, 1830-1962, Paris, Albin Michel, 1994
  • Jacques Frémeaux, L’Afrique à l’ombre des épées (1830-1930), Service historique de l’armée de terre, 3 vol.
  • Jacques Frémeaux, Les colonies dans la Grande Guerre : combats et épreuve des peuples d’Outre-mer, Éditions 14-18, 2006.
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Les hôpitaux militaires : des livres et du blog

Les hôpitaux militairesAu tournant des années 1990 et 2000, alors que j’étais appelé du contingent à Vincennes, j’allais souvent chercher les dossiers 3 Yg pour le lecteur François Olier. Il y a quelques mois, j’ai découvert son site consacré aux hôpitaux militaires pendant la guerre de 1914-1918. Le major François Olier du service de santé des armées de l’armée de terre est licencié en histoire et membre de l’Association des écrivains combattants. Il est le co-auteur, avec Jean-Luc Quénec’hdu, d’un répertoire très utile : Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918 : répertoire général, marques postales sanitaires, indice de rareté. Il a accepté de répondre à nos questions.

Pourquoi avez-vous consacré un blog aux hôpitaux militaires dans la Grande Guerre ?

Je dois avouer que j’ai créé mon blog, en décembre 2012, dans le but de faire connaître notre collection d’ouvrages sur les 10 000 hôpitaux militaires de la Guerre 1914-1918, dont le premier volume a été publié en 2008. Le tome 3 venait de sortir et les ventes n’étaient pas celles attendues. Pour les booster et soutenir Ysec, notre éditeur, j’ai créé ce blog. Rapidement je me suis pris au jeu et de blog « réclame », il est devenu un véritable support d’échange avec les visiteurs et abonnés, d’autant qu’il intéressait plus de 3200 communes de métropole. J’ai commencé à fouiller dans plus de trente ans de documentation et à proposer en ligne des sujets variés. Les blogueurs ont suivi par milliers et depuis, c’est moi qui suis pris dans une dynamique un peu folle à l’aube du Centenaire.

Que peut-on trouver sur votre site internet ?

Mon blog est sans prétention. J’y mets en règle générale ce que je ne peux pas mettre, par manque de place dans notre collection en cinq volumes. J’évite aussi de traiter les thématiques abordées ou qui vont être abordées dans les ouvrages. Vous n’y trouverez pas de marcophilie, celle-ci relève du domaine « exclusif » de mon compère et ami, co-auteur, Jean-Luc Quénec’hdu. Mais il reste tant à faire. En définitive, on y trouve de tout, depuis les orientations de recherche, des notes de lecture, des mises en ligne de témoignages et de rapports de praticiens militaires, etc. J’essaie d’apporter dans une très large mesure du neuf et de l’inédit. J’aimerais faire plus, mais le cadre du blog et le manque de temps – je suis toujours en activité de service – me limitent considérablement. Il me faudra attendre la retraite pour développer d’autres supports et thématiques.

Quand sera achevée la collection des hôpitaux militaires dans la guerre de 1914-1918 ?

La collection des hôpitaux militaires dans la Guerre de 1914-1918, en 5 volumes, proposera à terme (2015), en plus de 1 500 pages et près de 4 000 illustrations, une vaste présentation du service de santé militaire et un répertoire exhaustif des 10 000 hôpitaux militaires de la Grande Guerre. Il s’adresse à quantité de publics très différents, depuis les professionnels (conservateurs, archivistes, etc.) en recherche de cadres de classement, les érudits locaux, les collectionneurs, les curieux… pour lesquels notre collection constitue un « cadre de travail », un outil de recherche départemental qu’ils peuvent compléter par leurs observations, notes ou pièces de collection. Nos bouquins relient des milliers de passionnés – la correspondance du blog en fait foi – à la Grande Guerre sans qu’ils aient à quitter leur ville ou village ; seulement en traversant une rue, en poussant la porte d’une école, d’un lycée, en regardant d’un autre œil des bâtiments familiers qui étaient alors des hôpitaux militaires.

Quels ouvrages conseillez-vous sur le sujet des hôpitaux militaires ?

Notre collection est vraiment unique… sur les hôpitaux militaires 14-18. Pour ce qui concerne le service de santé militaire, les ouvrages les plus intéressants et les plus récents sont :

  • Alain Larcan, Jean-Jacques Ferrandis, Le Service de santé des armées pendant la Première Guerre mondiale, Paris, LBM, 2008.
  • Marc Morillon, Jean-François Falabrègues, Le Service de santé 1914-1918, Paris, Giovanangeli, 2014.

Quelles sont vos adresses en matière de recherche sur l’histoire du service de santé militaire durant la Grande Guerre ?

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Hommes et femmes d’Ille-et-Vilaine dans la Grande Guerre

Hommes et femmes d'Ille-et-Vilaine dans la Grande Guerre

A l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, les Archives départementales et la Société archéologique et historique d’Ille-et-Vilaine publient Hommes et femmes d’Ille-et-Vilaine dans la Grande Guerre.

Sous la direction d’Eric Joret et Yann Lagadec, 55 auteurs ont participé à cet ouvrage de 430 pages, croisant destinées individuelles et collectives du département avec des illustrations nombreuses et originales. Il est organisé en trois parties :

  1. « Le monde des combattants d’Ille-et-Vilaine » présente l’histoire des régiments bretons avec des batailles marquantes : le 47e RI et la bataille de la Marne ; deux régiments rennais dans l’enfer de Verdun, Le 70e RI dans les combats interarmes de l’été 1918… Des instituteurs, des prêtres, des marins, des aviateurs dans la guerre avec des parcours de soldats comme Jean-Marie Travers, un zouave de Mecé, Amand Fontaine, l’instituteur de Brain, Pierre Havard, de Dourdain, le prisonnier d’Arsimont, Robert de Toulouse-Lautrec, l’aviateur de Mordelles.
  2. « L’Ille-et-Vilaine, un département de l’arrière dans la guerre » ou comment les hommes et les femmes d’Ille-et-Vilaine ont fait face à l’effort de guerre (les réquisitions, l’accueil des blessés, des réfugiés et des prisonniers), comment les femmes ont surmonté ces épreuves et contribué à maintenir l’économie dans une société très affectée par le conflit… La guerre à l’arrière ce sont les espions, les sidis, les Américains à Redon, les « patates » de Jean Janvier… mais aussi les tensions dans les campagnes.
  3. « Des sorties de guerre à la mémoire » : du retour « des fils de la vieille terre bretonne » à la naissance des mouvements combattants, cette partie relate l’immédiat après-guerre jusqu’à aujourd’hui, de la mémoire des soldats à la rue des Munitionnettes.

Le livre sera disponible à partir du 15 mai au tarif de 29€. Avant cette date, il peut être acquis par souscription au tarif préférentiel de 20€ (voir ici bulletin de souscription). Pour en savoir plus, consulter le site internet des Archives départementales ou la page dédiée au centenaire sur le site du Département d’Ille-et-Vilaine.

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