La Grande Guerre à Londres. Suivez le guide !

La carte du métro de Londres

Retrouvez sur le plan les monuments cités ci-dessous.

Londres n’a pas connu les destructions des villes du front. Tout au plus la ville a-t-elle été victime de plusieurs raids aériens allemands, qui ont occasionné la mort de plusieurs centaines de personnes. Pourtant, la Grande Guerre est partout à Londres. Cette forte empreinte montre combien le conflit a marqué la conscience collective des Britanniques. Ainsi, les nombreux monuments et les magnifiques collections de certains musées londoniens ont de quoi satisfaire les passionnés de la Grande Guerre. En voici une sélection.

Plaque du Victoria and Albert Museum

La plaque commémorative du Victoria and Albert Museum

Plusieurs musées consacrent une partie de leurs collections à la Première Guerre mondiale. Le plus connu est évidemment l’Imperial War Museum, qui ne concerne pas uniquement la Grande Guerre. Les expositions de divers matériels (tanks, avions, canons, uniformes, etc.) et les nombreux documents (films, photographies, archives, témoignages de vétérans) méritent le détour. Une tranchée est reconstituée : elles éveillera les sens ! Beaucoup moins connus sont le National Army Museum, le Guard’s Museum et le Royal Air Force Museum. Enfin, un thème « War and Memory » dans la partie 1900-1960 de la Tate Britain revient sur la Première Guerre mondiale dans l’art britannique au travers notamment des œuvres du peintre Richard Nevinson (1889-1946), du sculpteur Charles Sargeant Jagger (1885-1934) ou encore du peintre Paul Nash (1885-1946).

La ville est truffée de mémoriaux et de monuments commémoratifs. La consultation de la base de données fournie par l’Imperial War Museum permet de les retrouver ici. Comme en France, les halls de nombreux bâtiments publics sont ornés d’une plaque ou d’un monument commémoratif rappelant les noms des soldats morts pendant la guerre comme au Victoria and Albert Museum ou à la gare Waterloo par exemple.

Certains monuments sont incontournables. Dans Whitehall, le Cénotaphe, conçu par l’architecte britannique Edwin Lutyens (1869-1944) en 1920, a été élevé à la mémoire des soldats morts pendant la Première Guerre mondiale. Chaque année, à l’occasion du Dimanche du Souvenir (Remembrance Sunday), la Reine y rend hommage aux soldats morts pendant les deux guerres mondiales. C’est l’une des grandes cérémonies militaires outre-Manche. A quelques centaines de mètres du Cénotaphe dans Whitehall, le Earl Haig Memorial est la statue équestre du Field Marshal Sir Douglas Haig, 1st Earl Haig, commandant des forces britanniques en France pendant la Première Guerre mondiale. Cette sculpture d’Alfred Frank Hardiman (1891-1949) a été inaugurée en 1936. Un soldat inconnu, choisi en France le 10 novembre 1920, est inhumé sous une dalle de marbre noir dans l’abbaye de Westminster depuis le 11 novembre 1920. The Unknown Warrior rend hommage aux milliers de soldats morts aux combats et portés disparus. Enfin, le Southwark War Memorial, sculpté par Philip Lindsey Clark (1889-1979), a été érigé en 1924 sur Borough High Street.

Les monuments de Londres sont principalement dédiés à :

  • des nations alliées : l’Anglo-Belgian Memorial ; l’Australian War Memorial ; le New Zealand War Memorial, etc.
  • des unités et des soldats : l’Imperial Camel Corps, le Machine Gun Corps, le Royal Artillery Memorial, le Royal Fusiliers, le Royal Tank Regiment, le Guards Memorial, le Royal Air Force, le London War Memorial, etc.
  • des civils : le Tower Hill Memorial, le Great Western Railway War Memorial, le LNW Railway Memorial, le Memorial to Edith Cavell, etc.
  • des animaux : l’Animal in War Memorial.

Il est impossible de dresser ici la liste de tous les monuments londoniens de la Grande Guerre, mais ces quelques exemples montrent qu’ils sont nombreux, diversifiés et d’une grande solennité. Pour terminer, signalons cette plaque du Consulat général de France à Londres, sur laquelle sont inscrits les noms des Français de Londres morts pendant la Première Guerre mondiale.

Plaque consulat général de France à Londres

Les noms des Français de Londres morts pour la France sont inscrits sur cette plaque commémorative apposée à l’intérieur du Consulat général de France.
(cliquer pour agrandir).

 

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Who’s absent ?

Affiche de recrutement (John Bull)

John Bull qui milite pour le recrutement
Collection Historial de la Grande Guerre

Nous prenons quelques jours de vacances et cette fois nous l’annonçons par voie d’affichage. C’est l’occasion de mettre en valeur ce média. Des milliers d’affiches ont été diffusées pendant la Première Guerre mondiale. Tous les belligérants ont massivement utilisé ce mode de communication, principalement pour le recrutement militaire, les emprunts de guerre et la propagande.

Pour en savoir plus sur les affiches dans la Grande Guerre, voici une sélection subjective de liens utiles.

En France :

A l’étranger

Si vous souhaitez en signaler d’autres, n’hésitez pas à commenter !

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C’est l’histoire d’un poteau-frontière…

A gauche, le poteau frontière au musée du souvenir à Saint-Cyr l'Ecole. A droite, le même poteau au musée du Souvenir à Coëtquidan.

A gauche, le poteau frontière au musée du souvenir à Saint-Cyr l’Ecole après la guerre. A droite, le même poteau au musée du Souvenir à Coëtquidan aujourd’hui.

Une fois n’est pas coutume, je vous propose de nous intéresser à un objet de la Grande Guerre.

Les collections du Musée du Souvenir des écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan sont composées de milliers d’objets (uniformes, médailles et décorations, iconographies, armes et tableaux) et de documents (archives, livres, photographies, dessins). Le musée a été inauguré par le président de la République Armand Fallières à Saint-Cyr-l’Ecole le 24 juillet 1912.

Dans le cadre de mes activités de recherche, je me rends souvent au musée du Souvenir, notamment pour consulter les riches archives laissées par les promotions de La Spéciale. Parmi les 3 000 objets exposés, certains ont une histoire extraordinaire, comme la tabatière du tsar Nicolas II ou la bicyclette de la Mission Marchand. Le poteau-frontière allemand fait partie des curiosités du musée. L’objet, d’une hauteur de plus d’un mètre, est légendé comme suit : « Poteau frontière enlevé près de Pfetterhausen (Alsace) 1914 par les troupes du général Jullien, ancien commandant en second de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, 1911-1912« . Telle était déjà sa description lors de la visite du président Poincaré à l’École spéciale militaire en 1919, comme le rapporte le Petit Parisien du mardi 8 juillet 1919. Pourtant les informations fournies sur le cartel sont contradictoires. J’ai donc essayé d’en savoir plus sur cet objet.

Les Vedettes d'Eugène Chaperon (1914).  Service historique de la Défense

Eugène Chaperon, Les Vedettes (1914). Service historique de la Défense

En 1914, le poteau-frontière franco-allemand est un symbole fort pour de nombreux Français. Le peintre Eugène Chaperon (1857-1938) le place au centre de la toile reproduite ci-dessus, Les Vedettes, présentée en 1914. Le poteau se confond avec une croix, au pied de laquelle l’Alsace et la Lorraine attendent le libérateur.

Le poteau frontière de Georges Scott

En Alsace ! de Georges Scott
Musée du Souvenir des Ecoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan

Autre exemple, cette gravure de Georges Scott (1873-1943) datée du 8 août 1914 et qui a fait la Une de l‘Illustration le 15 août 1914, avec le sous-titre « En Alsace« . L’œuvre originale est un fusain de format 30×40 cm qui a été par la suite décliné sur divers supports (lithographies, cartes postales, affiches, etc). On voit le poteau renversé tandis qu’un jeune officier du 112e régiment d’infanterie serre dans ses bras une « fille d’Alsace » qu’il vient de libérer grâce aux sacrifices de ses soldats. Cet épisode est relaté dans un historique du 112e régiment d’infanterie.

Ainsi, dès les premiers combats, le poteau-frontière est un objet mythique. Sa destruction symbolise la reconquête des provinces perdues tandis que sa prise représente pour les militaires un trophée de choix qui efface le souvenir de la défaite de 1871. Une rapide recherche dans les historiques régimentaires sur Gallica montre que des dizaines de poteaux ont été arrachés ou jetés à terre par les troupes françaises dès les premiers jours d’août. Certains soldats n’ont pas hésité à emporter le trophée au régiment, tels les artilleurs du 36e régiment d’artillerie de campagne de Moulins qui ont emporté le poteau-frontière de Bertrambois (Meurthe-et-Moselle) sur un caisson.

Saint-cyrien de la promotion des Pavillons Noirs (1882-1884) et officier d’infanterie, le général Henri Jullien (1861-1918) commande en second l’École spéciale militaire de Saint-Cyr de 1911 à 1912. A ce titre, il participe à l’inauguration du musée en 1912 et, plus tard, il cède au musée du Souvenir ce poteau-frontière allemand. Le général Henri Jullien est mort pour la France de maladie aggravée par le service le 27 décembre 1918.

Le lieutenant-colonel Jullien avec une délégation japonaise


Le lieutenant-colonel Jullien accueille une délégation japonaise à l’Ecole spéciale militaire (8 janvier 1912).
Musée du Souvenir des Ecoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan

La 63e division d’infanterie de réserve, dont il prend le commandement à partir du 20 novembre 1914, n’a jamais occupé le secteur de Pfetterhouse (Haut-Rhin), contrairement à ce que laisse croire la notice descriptive du poteau-frontière. On ignore où et comment le général a trouvé ce poteau. En revanche, on peut supposer que cette origine de Pfetterhouse a été attribuée à l’objet à dessein, pour accroître le prestige du trophée. En effet, à la veille de la première Guerre mondiale, la commune de Pfetterhouse bénéficie d’une renommée internationale, notamment à cause de la borne des Trois puissances, qui marque la frontière entre la France, l’Allemagne et la Suisse. Puis pendant la guerre, cette commune marque l’extrémité sud du front occidental.

Vestige d’une frontière pour et sur laquelle des millions de soldats européens se sont battus, ce poteau-frontière appartient aussi à l’histoire de l’école spéciale militaire de Saint-Cyr : en 1944, il est endommagé par les bombardements alliées de Saint-Cyr-l’Ecole. Il est raccourci depuis lors, mais n’a jamais cessé d’être exposé dans le musée.

Remerciements : commandant Tristan Leroy, conservateur du Musée du Souvenir des Écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan.

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Wikipasdecalais engagé dans la Grande Guerre

Le temps de l’internaute, simple consommateur de documents d’archives en ligne, n’est plus, depuis que les internautes et les services patrimoniaux collaborent pour décrire le patrimoine, l’enrichir et le contextualiser, dans un esprit de partage. Divers projets illustrent cette évolution majeure depuis quelques années. Nous avons demandé à Ivan Pacheka, un des administrateurs de Wikipasdecalais, de nous présenter les projets du Wikipasdecalais concernant la Grande Guerre.

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L’encyclopédie collaborative en ligne du Pas-de-Calais, Wikipasdecalais, mène deux projets autour de la Grande Guerre qui mobilisent de manière complémentaire les sources d’archives publiques et privées : l’établissement de notices biographiques pour les quelques 35.000 victimes militaires du Pas-de-Calais, dont plus de 12.000 sont déjà en ligne ; et le projet intitulé « Un nom, un visage, une histoire », qui prévoit la collecte de fonds privés pour enrichir ces notices, mais aussi la publication de documents originaux accompagnée de leur transcription.

Les notices et leurs sources

Les notices biographiques, qui portent actuellement sur les soldats morts au combat, mais qui pourront s’ouvrir par la suite à l’ensemble des militaires ayant participé au conflit, croisent essentiellement trois sources d’archives publiques :

  1. Le fichier des morts pour la France.
  2. Les registres matricules militaires.
  3. L’état civil des communes.

La transcription des informations permet de rendre accessible à un large public ces documents parfois mal appréhendés par les chercheurs occasionnels ; elle permet également de confronter des données parfois contradictoires. Un lien systématique vers les documents numérisés est proposé chaque fois que possible et se généralise désormais depuis la mise en place récemment par les Archives départementales du Pas-de-Calais des permaliens sur leur site Internet.

Une navigation facilitée

Par ailleurs, le principe du wiki permet de naviguer dans l’encyclopédie par des liens dynamiques. Un module de recherche puissant permet de retrouver facilement les soldats par leur patronyme. Chaque notice est indexée  dans plusieurs catégories (type de régiment, année de décès, département de décès, grade, etc.).

Un nom, un visage, une histoire

Notice LamouretteUne deuxième phase vient d’être lancée avec l’appel aux contributions d’archives privées dans le but de documenter les notices biographiques. La population et les associations locales sont amenées à participer à cet hommage rendu aux soldats de la Grande Guerre, en apportant photographies, correspondance, récits, diplôme, citations, etc. Ces archives privées sont numérisées et versées dans l’encyclopédie Wikipasdecalais afin de restituer au mieux la vie et la situation de ces soldats morts au combat. Les contributeurs d’une notice peuvent discuter entre eux dans un onglet dédié afin d’échanger sur certains points, notamment au sujet d’incohérences relevées dans les différents documents exploités et ainsi d’expliquer les choix d’écriture de la notice.

L’établissement de ces notices biographiques permet de rendre hommage aux combattants disparus et de mettre en valeur les sources utilisées.

La transcription de documents

Wikipasdecalais propose également la publication de documents originaux, accompagnée de leur transcription, comme ce rapport manuscrit du commissaire de police de Lens qui témoigne de la vie à Lens depuis l’invasion allemande jusqu’à l’évacuation générale le 11 avril 1917.

Rapport sur la vie à Lens de 1914 à 1917

Là encore, l’objectif est de rendre accessible à un large public des archives qui intéresseront un double niveau de chercheur : le chercheur expérimenté pourra exploiter la copie numérique du document, tandis que le chercheur profane préfèrera sans doute en lire la transcription. Dans tous les cas, le texte transcrit permet une navigation dynamique dans l’encyclopédie en se dirigeant par exemple vers les notices biographiques des personnes ou établissements cités.

Ivan PACHEKA, administrateur de Wikipasdecalais.

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Les brigades russes dans les archives de la Guerre

Pendant la Première Guerre mondiale, quatre brigades russes sont intégrées dans l’armée française et combattent sur les fronts de l’Ouest et d’Orient. Cependant, après le déclenchement de la Révolution russe en 1917, ces soldats deviennent suspects aux yeux des Français, qui les retirent du front. Après la révolte et la répression du camp de La Courtine en septembre 1917, les contingents russes en France et à Salonique sont dispersés. Certains soldats continuent à se battre dans l’armée française (dans la division marocaine notamment) tandis que d’autres sont employés dans des compagnies de travailleurs à l’arrière ou en Afrique du Nord. De cette histoire, il reste encore de nombreuses traces qui sont présentées ci-dessous brièvement.

Avant de commencer ses recherches au Service historique de la Défense, le chercheur doit s’approprier le plan de classement des archives de la Guerre. Les archives militaires sont classées par producteur au sein de séries chronologiques (1). La série N, qui couvre la IIIe République, reflète l’organisation politique de l’Etat et de l’armée : le ministre de la Guerre et son cabinet, les conseils supérieurs, l’état-major de l’armée, les archives des unités (armée, corps d’armée, division, brigade, régiment, etc).

Le drapeau du 2e régiment de la 1ère brigade spéciale russe près des Champs-Élysées avant le défilé du 14 juillet 1916. On reconnaît au centre du drapeau le monogramme impérial "H II" pour Nicolas II. Le porte-drapeau du régiment   se nomme Vassili Sablitzeff. Collection Andreï Korliakov (France)

Le drapeau du 2e régiment de la 1re brigade spéciale russe près des Champs-Élysées avant le défilé du 14 juillet 1916. On reconnaît, au centre du drapeau, le monogramme impérial « H II » pour Nicolas II.
Le porte-drapeau du régiment se nomme Vassili Sablitzeff.
Collection Andreï Korliakov (France)

L’historien qui s’intéresse aux brigades russes en France (mais également en Algérie et à Salonique) pendant la Première Guerre mondiale trouvera, dans les institutions patrimoniales, des sources orales (témoignages des acteurs ou de leurs descendants) et des sources écrites. Par ailleurs, des archives privées et des objets sont toujours conservées dans les familles. Quelques lieux de mémoire rappellent également le souvenir de l’engagement des brigades russes sur le front de l’Ouest. Ainsi, la chapelle et le cimetière russes de Saint-Hilaire-le-Grand sont les plus connus des lieux de mémoire russe en France. A ce sujet, on trouvera ici un dossier sur le site Chemins de mémoire.

En France, des archives se rapportant aux brigades russes sont conservées aux Archives nationales, départementales, des Affaires étrangères et enfin de la Défense. A l’occasion de la saison culturelle France-Russie en 2010, l’ECPAD a exposé une partie de ses collections sur le sujet (dont on peut voir une présentation sur le site internet de l’établissement). A Vincennes, sur plus de 11 000 cartons d’archives qui composent les sous-séries 1 N à 20 N, 220 à 240 cartons contiennent des informations sur les brigades russes. Le chercheur ne peut pas se contenter des quelques ensembles de cartons cohérents (par exemple les archives de la base russe de Laval : 17 N 654 à 692) puisque de nombreux documents sont éparpillés, isolés et noyés parmi d’autres souvent sans rapport avec le sujet.

Les archives des brigades russes sont d’une grande variété, qui va de la lettre personnelle d’un soldat russe au télégramme diplomatique. Il est possible d’en dresser une typologie :

  • Des archives en langue russe, essentiellement journaux et correspondance, qui ne concernent pas exclusivement les brigades. On trouve aussi des journaux alliés (serbes, belges, italiens), publiés en France et à l’étranger entre 1914 et 1918.
  • Des archives opérationnelles, qui concernent l’administration et l’organisation militaire des troupes russes ainsi que les opérations (par exemple, 20 N 587 : les plans de défense de la 2e division d’infanterie russe sur le front d’Orient entre 1917 et 1918).
  • Des bulletins et rapports de renseignements se rapportant aux troupes russes en France. Ces archives variées concernent principalement le moral et les rapports des troupes russes avec la population. On y verra par exemple les rapports des préfets et rapports mensuels de la sûreté générale qui ont été transmis au ministère de la Guerre sur les révolutionnaires russes en France en 1917 et 1918 (16 N 1539).
  • Des archives politico-diplomatiques, provenant des échanges entre le ministère de la Guerre, le ministère des Affaires étrangères, la Russie puis l’Union soviétique. Par ailleurs, le chercheur peut profiter de dossiers politiques complets comme ceux destinés aux conseils des ministres et traitant notamment de l’envoi de troupes en France et de l’impression que produit en Russie la présence de ces troupes en France.
Un exemplaire du journal conservateur Novoye Vremya ("Le nouveau temps") du 17 février 1917. SHD

Un exemplaire du journal conservateur Novoye Vremya (« Le nouveau temps »)
17 février 1917. SHD

On trouvera une version plus détaillée de ce texte signée par Frédéric Guelton sur le site de la mission du Centenaire.

Frédéric Guelton / Michaël Bourlet

Note 1 : on entend par producteur toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui a produit, reçu et conservé des archives dans l’exercice de son activité.

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Le site internet du Centenaire présenté par le directeur éditorial

Mission centenaire 14-18En février, la Mission du Centenaire a ouvert un site internet, centenaire.org, consacré à la Grande Guerre hier et aujourd’hui : hier à travers les archives (écrites, figurées ou orales) et aujourd’hui à travers le tourisme de mémoire, les événements commémoratifs ou scientifiques, les fouilles archéologiques ou les photographies contemporaines par exemple. 

C’est un « portail de ressources numériques » : il propose du contenu (sans viser l’exhaustivité mais plutôt dans le but de faire découvrir des documents ou des thèmes, de donner envie d’en savoir plus) et se présente aussi comme une porte d’entrée vers d’autres sites internet, notamment vers les institutions patrimoniales détentrices de fonds d’archives.

Ce portail pédagogique et esthétique s’adresse à la fois au grand public et aux spécialistes. Les contenus sont encore limités mais il est appelé à s’enrichir très vite. Nous avons souhaité en savoir plus sur les objectifs de la Mission : Aurélien Brossé, directeur éditorial du site, a bien voulu répondre à nos questions et nous a ainsi présenté les perspectives pour les mois à venir. Nous l’en remercions, ainsi que Joseph Zimet, directeur général de la Mission.

1. Comment se fait la quête des « trésors d’archives » ?

Dans le cadre des actions de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale, nous sommes amenés à rencontrer beaucoup de détenteurs de fonds d’archives liés à la Grande Guerre. Cela va de la grande institution patrimoniale et culturelle au collectionneur privé. Rappelons également que l’ECPAD et la BnF font partie des membres fondateurs de la Mission du Centenaire. De grandes institutions sont également partenaires de la Mission du Centenaire (la BDIC, l’Historial de la Grande Guerre de Péronne, le Musée national de l’éducation, le Musée de Meaux…). Depuis la mise en ligne du site, nous sommes également contactés par des institutions qui souhaitent avoir « leur » Trésors d’Archives.

Nous ciblons nos demandes en fonction de la spécificité de chaque fonds et nous nous appuyons sur l’expertise des conservateurs de ces institutions. Ils sont les mieux placés pour sélectionner et légender les documents.

Notre démarche est donc d’exploiter au mieux ce « droit d’accès » pour constituer ces diaporamas d’archives. Il ne s’agit pas de proposer à terme un service tel que Gallica mais davantage de s’appuyer sur la diversité des fonds d’archives en offrant à voir une sélection des documents les plus représentatifs, les plus originaux sur la Grande Guerre.

Le site centenaire.org est par nature éphémère, et le Centenaire est l’occasion de sensibiliser le grand public à la richesse des archives qui sont accessibles pour la plupart grâce aux institutions patrimoniales mais aussi via le réseau des Archives départementales.

Nous travaillons donc de concert avec les institutions patrimoniales qui sont le plus souvent ravies de nous fournir cette sélection de documents. Beaucoup d’autres Trésors d’Archives seront publiés d’ici et pendant le Centenaire.

 2. Quelle articulation avec les sites internet existants ?

Sur chaque diaporama, la provenance des documents est clairement identifiée et chaque internaute peut poursuivre sa recherche sur le site Internet de l’Institution mise à l’honneur.

Nous ne visons pas l’exhaustivité ni le recensement automatique. Notre objectif sera donc de proposer un ou plusieurs diaporamas thématiques par projet qui renverra vers le site complet.

3. C’est la « première version » du portail qui a été mise en ligne : pouvez-vous nous dire quelles seront les évolutions en ce qui concerne les sources ?

Nous allons poursuivre les mises en lignes régulières. Concernant les archives, les évolutions seront davantage techniques. Nous allons mettre en place un moteur de recherche performant et affiner la taxonomie relative aux documents. Il faut que toutes les ressources soient facilement accessibles, même quand elles commenceront à s’accumuler.

Nous souhaitons également proposer des analyses d’archives. Montrer à voir la diversité des fonds est passionnant mais décortiquer, déconstruire quelques archives permet de montrer la somme impressionnante d’informations que l’on peut tirer d’un document qui peut sembler anodin.

Précisons également que la valorisation des archives n’est qu’une partie de centenaire.org. Le site propose des informations sur le tourisme de mémoire, sur le Centenaire en France et à l’étranger, et contient un espace pédagogique et scientifique.

Chacune de ces rubriques fera l’objet d’évolutions proposant une meilleure organisation des contenus et de nouveaux outils. Parmi ceux-ci, citons un agenda dynamique agrégeant tous les événements culturels du Centenaire, une frise chronologique dynamique, une base de données participative consacrée aux monuments aux morts… Notre objectif est de proposer un portail de ressources numériques digne de ce nom d’ici la fin 2013.

4. Une place particulière sera-t-elle accordée aux sources allemandes ou aux sources françaises sur l’Allemagne ?

Oui. Nous souhaitons mettre en ligne un « album franco-allemand ». Nous allons publier régulièrement dès la fin de l’année 2013 un document d’archive commenté par un spécialiste allemand et un spécialiste français. Ce « regard croisé » sera certainement très intéressant.  Nous travaillons sur ce projet avec la BDIC, la BnF, la BNUS, la Bibliothek für Zeitgeschichte de Stuttgart et la Staatsbibliothek de Berlin. Nous gardons la même logique éditoriale. Sans viser l’exhaustivité, nous publierons des documents sélectionnés et commentés en nous appuyant sur les conservateurs et les spécialistes.

5. Pour conclure, pouvez-vous nous dire quelles compétences ont été réunies au sein de l’équipe qui fait vivre ce portail ?

Chaque membre de la Mission du Centenaire participe au portail centenaire.org. La rubrique En France est animée par notre conseiller à l’action territoriale, Dans le Monde par notre conseillère diplomatique, l’Espace pédagogique par notre conseiller à l’action pédagogique, etc. Trois conseillers de la Mission sont historiens et apportent leur regard d’expert sur les publications. Je suis de mon côté aux manettes pour définir la stratégie éditoriale et les évolutions du portail tout en veillant à son animation quotidienne.

L’Espace scientifique, réservé à la publication de littérature grise, sera animé par le Conseil scientifique de la Mission du Centenaire présidé par Antoine Prost. Il comporte six commissions thématiques, dont une dédiée à la « valorisation et ressources numériques » animée par Nicolas Offenstadt. Le conseil scientifique sera donc producteur de contenus.

Nous assurons également une présence sur les réseaux sociaux pour toucher différents publics et offrir des espaces plus collaboratifs. Mon assistante, spécialiste du community management, m’épaule dans l’animation de notre page Facebook et de notre fil Twitter.

 

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BD et histoire : « Le soldat inconnu vivant »

En août 2002, l’historien Jean-Yves Le Naour publiait Le soldat inconnu vivant, l’histoire incroyable de ce soldat, Anthelme Mangin alias Octave Monjoin, amnésique et inconnu, découvert sur un quai de gare au début de 1918. Dix ans plus tard, cette étude historique est adaptée dans une bande dessinée cosignée par Jean-Yves Le Naour et par l’illustrateur et scénariste Mauro Lirussi. On peut écouter en podcast ici les réponses apportées par Jean-Yves Le Naour aux questions de Collin et Mauduit dans Downtown sur France Inter en décembre dernier (pour les plus pressés, l’interview commence au bout de 20’50 » d’émission). On peut également voir cette courte vidéo mise en ligne par les éditions Roymodus, qui permet de découvrir l’album en deux minutes trente.

Nous avons nous-même posé quelques questions à Jean-Yves Le Naour sur cette expérience originale d’écriture et de représentation de l’histoire.

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Pouvez-vous nous expliquer quelle a été la collaboration entre l’historien et le dessinateur ?

Quand on n’est pas à la fois auteur et dessinateur, la BD est un ouvrage collectif qui nécessite un vrai travail de collaboration. Il ne faut pas croire que les phylactères appartiennent à l’auteur et le dessin au dessinateur, les choses sont en effet plus compliquées : d’une part le dessin est aussi un texte ou un méta-texte qui dit quelque chose, même quand la vignette est muette, et d’autre part l’auteur imagine forcément la scène et la décrit quand il écrit son scénario. Aussi, dessinateur et auteur empiètent forcément l’un sur l’autre. Comme il s’agissait de ma première BD, j’étais particulièrement inexpérimenté et je crois qu’en tant qu’historien je voulais trop en dire, trop expliciter les choses. Or, dans la BD comme dans le cinéma, il ne faut pas nécessairement dire les choses mais les faire ressentir et donc laisser parler le dessin et se retenir de trop écrire. Mauro Lirussi a parfaitement su me recadrer : mes planches étaient trop longues et trop bavardes, il les a carrément dédoublées. De plus il a su glisser des transitions graphiques (une larme à la dernière vignette d’une planche, la pluie qui tombe à la première vignette de la planche suivante), là où mes transitions étaient surtout verbales. Donc, une BD c’est vraiment un travail à quatre mains.

Quelles ont été les principales sources de Mauro Lirussi ?

Non seulement Mauro a travaillé à partir de mon scénario mais il a lu mon livre (Hachette Littératures 2002, Pluriel 2008) pour en savoir plus. Il m’a demandé un peu de documentation iconographique sur les principaux personnages publics ou s’en est procuré en surfant sur internet. Mais comme le physique de la majorité des protagonistes nous est inconnu, c’est son imaginaire qui a parlé.

Qu’est ce qui différencie le livre d’histoire et la bande dessinée ?

La même chose qui différencie un livre d’histoire d’un roman ou d’un film. Dans une œuvre de fiction, on n’est naturellement pas tenu par le « vérisme », on prête des expressions, des sentiments aux personnages, des paroles qu’ils n’ont jamais prononcées, bref on se situe dans le champ du ressenti. Quand on fait de l’histoire, la limite du travail scientifique est celle des archives et uniquement des archives, il n’est pas question d’inventer quoi que ce soit, de créer une dramaturgie autre que celle du strict enchaînement des faits. La fiction c’est la liberté, l’histoire c’est la rigueur. Ceci dit, cela ne veut pas dire que mon livre soit sans émotion pour autant – un certain nombre de lecteurs m’ont dit qu’ils avaient versé des larmes en le lisant – et s’il a été adapté au théâtre, à la télévision et maintenant en BD c’est bien parce qu’il touche quelque chose en nous, il ne nous laisse pas insensible au spectacle de la souffrance des pauvres parents ou épouses qui ont perdu un fils ou un mari à la guerre. Mais c’est l’histoire incroyable et pitoyable de ce pauvre soldat inconnu vivant qui se suffit à elle-même. Avec la fiction, en l’occurrence la BD, on peut donner un sens à toutes ces vies gâchées, une morale, quitte à piétiner un peu la réalité historique. Après tout, Alexandre Dumas ne disait-il pas que l’on pouvait violer l’histoire à condition de lui faire de beaux enfants ?

Planche Le soldat inconnu vivant

Aujourd’hui, que reste-t-il d’Octave Monjoin dans les archives en France ?

Deux petits dossiers aux archives départementales du Rhône et du Puy-de-Dôme et un gros dossier aux archives départementales de l’Aveyron, là où le pauvre inconnu a passé quinze années de sa vie, interné à l’asile de Rodez. Sa place dans les archives n’a pas changé. En revanche, depuis 2002, il a retrouvé sa place dans notre mémoire nationale. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, à Saint-Maur (Indre), la ville dont il est originaire, la salle des fêtes s’appelle désormais la salle Octave Monjoin. Le « soldat inconnu vivant », qui a fait couler tant de larmes dans l’entre-deux-guerres et dont on n’a plus entendu parler après sa mort en 1942, est sorti de l’oubli. Ce n’est pas rien. Puisse cette BD contribuer aussi à son souvenir.

Le soldat inconnu vivant

Jean-Yves Le Naour, Le soldat inconnu vivant, Paris, Hachette littératures, 2002 (Pluriel, 2008).

Jean-Yves Le Naour, Mauro Lirussi, Le soldat inconnu vivant, Roymodus, 2012.

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Justice militaire : André Bach répond à nos questions

Justice militaire d'André BachNous avons déjà évoqué sur ce blog les conseils de guerre des régions à travers l’exemple de Rennes (voir ici). La récente parution du livre du général André Bach, Justice militaire 1915-1916, nous permet d’approfondir notre connaissance de cette institution pendant la guerre. André Bach a été chef du Service historique de l’armée de terre. On lui doit notamment Fusillés pour l’exemple et L’armée de Dreyfus. Avec ce nouveau livre, l’auteur nous transporte au cœur de la machine judiciaire militaire française, dont il nous montre les évolutions pendant une partie de la guerre, y compris dans une dimension politico-militaire. Il soulève la question de la survie des institutions de la République, et plus largement du système démocratique, en temps de guerre. Justice militaire est un livre passionnant. On retrouvera l’interview qu’André Bach a accordé à Rémy Porte sur son blog Guerres et conflits. Pour notre blog, il a bien voulu répondre à quelques questions en lien avec les sources et partager sa conception du travail d’historien.

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L’informatique et internet ont transformé les méthodes de travail des historiens. Pouvez-vous nous en dire plus sur la base Access des condamnés à mort ? Peut-on envisager une mise en ligne de cet outil ?

Quand j’étais à la tête du SHAT et que je mesurais le gigantisme des sources disponibles sur ce conflit, je me disais, découragé, que beaucoup de choses allaient continuer à se couvrir de poussière. Or on assiste à une conjonction heureuse. On peut désormais dupliquer à l’infini des documents, les consulter sans se déplacer de chez soi : les morts pour la France de Mémoire des hommes, les journaux des marches et opérations numérisés ainsi que l’Histoire de l’armée française dans la Grande Guerre, rédigée dans l’Entre-deux-guerres par le Service Historique de l’Armée, arrivent ou sont arrivés. Et depuis une quinzaine d’années, est apparue aussi une cohorte disparate de passionnés de cette période de l’histoire : rompus aux procédés électroniques, ces adeptes se sont lancés dans la constitution de bases de données en consommateurs insatiables d’archives et de témoignages. Non formés aux processus universitaires pour la plupart, ils sont d’une grande rigueur méthodologique et partagent largement leurs découvertes et travaux, sollicitant avis et informations. C’est le savoir ouvert, une histoire de plein air. J’ai le sentiment dans mes écrits récents d’œuvrer collectivement grâce à eux. Répartis dans tout l’hexagone, ils écument les archives départementales et aident à exhumer des greniers des sources de grand intérêt. Ils sont un formidable vecteur d’apport d’archives. J’oserai dire que, jusqu’à présent, l’histoire de 14-18 reste encore figée depuis les années 20 en une histoire étatique, jacobine, parisienne. Ces nouveaux chercheurs, au contact des archives réparties sur le territoire, n’y retrouvent pas ce qu’on leur a appris à l’école et subodorent une histoire plus complexe. Elle leur paraît avoir été confisquée au profit des élites et ils veulent en savoir plus. Pour cela, ils sont prêts à s’investir et le centenaire qui approche aiguise leurs impatiences et leur envie de s’approprier cette histoire qui a tant fait souffrir leurs aïeux. Quant à la question de la base Access à laquelle vous faites allusion, outil d’une importance décisive pour mes travaux, en constante évolution au fil des découvertes, je la garde isolée et protégée car elle comprend 2600 noms de personnes. Il me faudrait l’accord de la CNIL (Commission nationale informatique et libertés) pour mettre une telle base sur la Toile. La question des fusillés reste une question sensible, surtout pour les descendants. J’ai pu mesurer combien pour certaines de ces familles ce souvenir reste douloureux. Cette question est encore d’ordre mémoriel, donc concerne le présent. L’intérêt historique est de publier, ce qui, en outre ferait s’écrouler bien des fantasmes mais reste la mémoire des familles et je ne me sens pas souverain en la matière.

Vous écrivez qu’il manque les archives des conseils de guerre d’environ 20 % des divisions. Peut-on expliquer ces lacunes ?

La réponse écrite dans les registres est «disparues par faits de guerre». Ceci étant, ce n’est pas irrémédiable. On finit par retrouver des doubles de pièces de justice militaire, et, à l’aide de ces «militants de la mémoire» dont j’ai parlé ci-dessus, on arrive à reconstituer beaucoup de ces documents perdus. C’est ainsi que les archives de la Justice militaire de la 66° Division étant manquantes, on a réussi à recréer un grand nombre de dossiers et ainsi, on a pu se rendre compte que cette division de chasseurs alpins avait été particulièrement répressive dans les Vosges. On ne peut toutefois en conclure qu’il y a eu intention délibérée de faire disparaître les pièces des dossiers.

Pourquoi avez-vous fait le choix d’éditer vos sources dans le corps du texte, souvent en intégralité ?

Dans les questions sensibles, mémorielles, plus que dans les autres, j’estime qu’il faut, avant de se lancer dans des hypothèses, faire très attention aux faits et aux chiffres, facts and figures comme disent nos amis états-uniens. Comme il faut bien se lancer dans des explications, il est important à mes yeux que le lecteur ait directement à consulter les sources à l’origine des paradigmes. L’historien est là pour faire « l’explication de textes », mais le lecteur ou les autres  chercheurs doivent avoir la possibilité de vérifier si l’argumentation découle bien des documents et, dans le cas inverse, la contester, source d’enrichissement mutuel entre le chercheur et ses lecteurs. Si l’on en croit Julian Barnes dans Une fille, qui danse : « L’ Histoire[..] est ce point où les imperfections de la mémoire croisent les insuffisances de la documentation ». Si la documentation est insuffisante, raison de plus pour la solliciter quand elle existe. Pour moi, elle fait corps avec l’argumentation, car rejetée en bas de page ou en fin de volume, elle ne rétroagit pas avec la réflexion du lecteur. De même j’essaie de tronquer le moins possible. En ce temps-là, on savait écrire et il ne faut pas faire disparaître les nuances de la pensée, la vérité étant souvent dans les nuances où affleurent les réticences, les non-dits. Les supprimer travestit les pensées du rédacteur. Ces longues transcriptions empêchent souvent de bâtir un système, incitent à la modestie dans l’interprétation et interdisent de s’embarquer dans des raisonnements qui, s’ils font preuve de logique, ne garantissent pas la représentation fidèle de la réalité. Il est d’autant plus important de citer le mieux possible ces documents qu’il est difficile pour le lecteur d’y avoir normalement accès. Consulter les documents dans les dépôts d’archives suppose un fort investissement en temps. Bien placé pour le savoir, je considère comme un service à rendre, comme un moyen de diffuser la connaissance, le fait de diffuser ces documents.

Quelles pièces composent les dossiers des conseils de guerre des divisions ? Quelles ont été les plus utiles dans vos recherches ?

Les dossiers de justice militaire, dont il faut dire qu’ils sont d’accès sans restrictions pour tout chercheur, sont particulièrement riches. J’ai proposé à la Mission du Centenaire, qui doit ouvrir un portail à la mi-février sur 14-18, de  diffuser intégralement les pièces de quelques dossiers de Justice militaire pour en montrer la structure. Là aussi une demande à la CNIL devrait préalablement statuer. A mon niveau j’y suis techniquement prêt avec l’accompagnement pédagogique ad hoc, de ma part. Ces dossiers sont très éclairants. On y trouve toujours la plainte du commandant de compagnie envers un de ses hommes sous forme d’un rapport qui se termine par la liste des témoins. La plupart du temps ce capitaine est désigné dans la foulée comme officier de police judiciaire. On a donc à chaud les dépositions de l’inculpé et des témoins. A partir de la décision du commandant de division de lancer l’instruction (ordre d’informer), entre en scène le commissaire rapporteur (juge d’instruction) assisté de son greffier. Les enquêtes sont d’inégale ampleur  mais toujours instructives. On entend à nouveau l’inculpé, les témoins, les experts. In fine, le commissaire rapporteur rend son rapport. Lors du jugement, les notes d’audience sont aussi d’un intérêt inégal, mais parfois très riches.  Par ces procédures, sauf dans les procès bâclés, ou menés scandaleusement (Bersot et le pantalon rouge), on entend l’inculpé qui se défend  et cela procure beaucoup de réflexions étonnantes. Je boucle actuellement l’étude d’un premier paquet de 100 procès qui me permet grâce à la richesse qualitative des documents d’affiner une typologie qui va me prendre encore beaucoup de temps, mais la recherche de la vérité historique est à ce prix .

André Bach, Justice militaire. 1915-1916, Paris, Vendémiaire, 2013, 594 p.

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Le correspondant de guerre et le général

Lettre de Ludovic Naudeau Document : Lettre de Ludovic Naudeau au général Gérald Pau (4 mars 1915).

Origine : Fonds privé famille Pau.

Les archives privées contribuent, au même titre que les archives publiques, à nourrir la recherche en histoire. Elles sont conservées tantôt par des personnes privées (familles, entreprises, associations, etc.) tantôt par des services d’archives publiques.

Parmi ces archives privées, les archives personnelles, surtout celles qui ont été constituées par des personnalités historiques, tirent leur richesse de la diversité et de l’unicité des documents qu’elles recèlent. Ainsi des lettres inédites, des journaux intimes, des photographies, des films ou des objets apporteront souvent des éclairages nouveaux et permettront d’appréhender des réalités peu ou pas perceptibles dans les archives publiques comme l’histoire familiale, la vie quotidienne, les mœurs, les réseaux de sociabilité. Il reste encore beaucoup de ces documents dans les familles. Quand ils n’ont pas été vendus ou dispersés, on peut espérer en trouver en s’adressant aux descendants. Ces recherches, naguère difficiles et fastidieuses, sont aujourd’hui facilitées par internet. Je garde ainsi un excellent souvenir de ma rencontre et de mes échanges avec Jean Tannery alors que je préparais un article sur son père. Le document que je veux mettre en lumière aujourd’hui est un exemple de ces trouvailles qu’autorisent les fonds privés.

C’est un de mes officiers-élèves, le sous-lieutenant Benoît Pau, arrière-arrière-petit-fils du général Pau, qui m’a fait part de l’existence de ce document dans les archives de la famille. A la mort du général en 1932, le Service historique de l’armée a récupéré une partie de ses archives privées. Elles sont depuis conservées au Service historique de la Défense à Vincennes et constituent le fonds privé du général Pau (GR/SHD : 1 K 119). Cependant, des documents de travail, des lettres, des objets et des photographies sont restés dans la famille.

La présente lettre a été écrite à Petrograd le 4 mars 1915 par Ludovic Naudeau. Au début de la Première Guerre mondiale, la renommée de Naudeau est grande en France (voir sa biographie et le dossier Leonore). Correspondant de guerre pour Le Journal, entre autres titres, Naudeau couvre la guerre russo-japonaise en Mandchourie en 1905. Il est d’ailleurs capturé par les Japonais à Moukden en mars et emmené au Japon, avec des prisonniers russes, où il reste plusieurs mois même après sa libération. Pendant la Deuxième guerre balkanique (juin-juillet 1913), il est correspondant de guerre en Thrace. Enfin, dès le début des opérations en 1914, il rejoint la Russie et suit la guerre sur le front de l’est. En mars 1915, il séjourne temporairement à Saint-Pétersbourg afin d’écrire une série d’articles avant de retourner au front. Apprenant la visite du général Pau dans la ville, Naudeau lui écrit cette lettre.

En mars 1915, Pau vient d’arriver à Saint-Pétersbourg. Au début du XXe siècle, ce saint-cyrien (promotion de Mentena, 1867-1869) est l’un des plus brillants généraux français de sa génération et il bénéficie d’une grande notoriété dans l’armée française. Parfois appelé « le glorieux mutilé de 70″, Pau est un ancien combattant de la guerre franco-prussienne de 1870-1871, au cours de laquelle il a perdu une main. En 1911, il est pressenti pour occuper les plus hautes fonctions dans l’armée française : il décline la proposition en prétextant son âge mais en réalité il s’oppose à la volonté du gouvernement de nommer les généraux. Passé dans la 2e section des officiers généraux en 1913, Pau est rappelé en 1914. Il commande l’éphémère armée d’Alsace avant d’entamer une carrière diplomatique. Ainsi, après une première mission auprès du roi des Belges en qualité de conseiller militaire à Anvers (septembre 1914), Pau est désigné pour accomplir une mission en Russie. Avant d’atteindre Saint-Pétersbourg, il traverse la Grèce, la Serbie, la Bulgarie et la Roumanie en février 1915. Le lendemain de son arrivée, il rencontre le grand-Duc Nicolas, commandant en chef de l’armée impériale. Quelques extraits du rapport de la mission Pau (février-avril 1915) sont conservés au Service historique à Vincennes (6 N 33 et 34).

Le Grand Duc Nicolas et le général Pau (mars 1915)

Le Grand duc Nicolas et le général Paul en mars 1915 (fonds privé de la famille Pau)

 

  • Un témoignage sur les élites françaises à l’étranger

Naudeau et Pau semblent se connaître, du moins c’est ce que laisse penser le début de la lettre. Cette lettre est d’abord un témoignage sur les élites républicaines à l’étranger pendant la guerre. Le ton de la lettre est empreint de déférence à l’égard du général. Naudeau prend soin de préciser qu’il n’est pas en Russie « à l’insu des autorités françaises compétentes« . Il connaît parfaitement les usages militaires : il rend compte de sa présence à la plus haute autorité militaire française présente à Saint-Pétersbourg et manie les formules adéquates.

  • Un document décrivant les coulisses des relations médiatico-militaires.

Naudeau n’est pas autorisé à écrire ses articles depuis le front. Il est contraint de revenir à Saint-Pétersbourg, où il doit soumettre son travail à la censure avant de le transmettre à Paris. Mais le publiciste précise que ses articles et télégrammes envoyés à Paris « sont, bien entendu, systématiquement optimistes quoi qu’il advienne« , et d’ajouter : « d’ailleurs cet optimise finira par se vérifier, j’en suis sûr« . Plus surprenant, Naudeau glisse au général Pau qu’il se tient à ses ordres. On comprend pourquoi il le prie de ne pas rendre publique sa démarche, dont le but, dit-il, « pourrait se trouver mal compris« .

Cette lettre est un témoignage sur la position de la presse et le rôle des journalistes et correspondants de guerre pendant le conflit. En mars 1915, Naudeau a le sentiment d’accomplir son devoir patriotique en proposant une collaboration au général. Il cherche également à tisser ou à entretenir des liens de confiance avec une autorité. Cette relation est utile pour obtenir des informations mais aussi des protections. Malheureusement, on ignore quelle a été la réponse de Pau. Les rapports entre l’armée et les correspondants de guerre vont évoluer pendant la guerre. D’abord méfiant, le commandement finit par trouver un intérêt à utiliser ces hommes comme agents de propagande (voir à ce sujet Christian Delporte, « Journalistes et correspondants de guerre », dans Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918, sous la direction de Stéphane Audoin-Rouzeau et Jean-Jacques Becker et Les Journalistes en France, 1880-1950. Naissance et affirmation d’une profession).

 

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Visite au musée de la Grande Guerre à Meaux

Musée de la grande guerre

Pendant les vacances de Noël, nous avons visité le musée de la Grande Guerre de Meaux. Il n’est pas difficile de trouver l’imposant bâtiment de l’architecte Christophe Lab, au pied de la Liberté éplorée, monument offert à la France par les États-Unis en septembre 1932. Cet ensemble monumental rend hommage aux soldats français qui ont résisté à l’avance allemande devant Meaux pendant la première bataille de la Marne en septembre 1914.

Objets illustrant le culte du maréchal Joffre

Objets illustrant le culte du maréchal Joffre

Officiellement inauguré le 11 novembre 2011, le musée s’appuie sur l’importante collection de Jean-Pierre Verney (20 000 objets et 30 000 documents !) et dépend de la communauté d’agglomération du Pays de Meaux. L’historien Marc Ferro est président d’honneur du Conseil scientifique. Le musée, qui a pour ambition d’expliquer la Première Guerre mondiale de façon pédagogique, s’adresse à tous les publics, y compris les plus jeunes. Les deux batailles de la Marne occupent une grande place dans l’exposition, sans que les autres aspects nationaux et internationaux de la guerre soient négligés.

 

Le défilé des soldats de 1918

Le défilé des soldats de 1918

Nous avons été séduits par l’utilisation de l’espace dans toutes les dimensions. Après avoir traversé des salles introductives consacrées aux origines du conflit, on pénètre dans une galerie en marchant aux côtés des soldats de 14 de diverses nationalités. Puis on déambule dans la grande nef où sont exposés les gros « objets » : des avions, des canons, un char, un taxi, un camion pigeonnier. Cette grande salle se termine par une vitrine dans laquelle ce sont les soldats de 1918 qui défilent. Les salles latérales sont consacrées à des approches thématiques de la Grande Guerre : les Américains, la guerre sur mer, les femmes, l’artisanat de tranchées, etc.

La muséographie est soignée, moderne et ludique. Des techniques de projection des images en 3D, des bornes audiovisuelles et interactives favorisent l’immersion des visiteurs, à des fins pédagogiques. Les plus jeunes peuvent manipuler des objets et découvrir le musée par le prisme des animaux dans la guerre.

Affiches illustrant la vie à l'arrière

Affiches illustrant la vie à l’arrière

Quant aux objets, il y en a pour tous les goûts : véhicules, uniformes, armement, objets de la vie quotidienne au front et à l’arrière, etc. Les documents écrits et figurés ne sont pas en reste : journaux, photographies, affiches, cartes postales, gravures, dessins et peintures. Ainsi nous avons découvert, entre autres, l’affiche de l’ordre de mobilisation allemand. Le Musée propose aussi un centre de documentation. Enfin, des circuits touristiques des champs de bataille de la Marne sont proposés, par exemple à Chambry, théâtre de violents combats livrés par les soldats natifs de la région, ou encore à Villeroy, où tomba le lieutenant Charles Péguy.

Nous conseillons vivement la visite de ce musée de la Grande Guerre. Comptez plusieurs heures…

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