Les hôpitaux militaires : des livres et du blog

Les hôpitaux militairesAu tournant des années 1990 et 2000, alors que j’étais appelé du contingent à Vincennes, j’allais souvent chercher les dossiers 3 Yg pour le lecteur François Olier. Il y a quelques mois, j’ai découvert son site consacré aux hôpitaux militaires pendant la guerre de 1914-1918. Le major François Olier du service de santé des armées de l’armée de terre est licencié en histoire et membre de l’Association des écrivains combattants. Il est le co-auteur, avec Jean-Luc Quénec’hdu, d’un répertoire très utile : Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918 : répertoire général, marques postales sanitaires, indice de rareté. Il a accepté de répondre à nos questions.

Pourquoi avez-vous consacré un blog aux hôpitaux militaires dans la Grande Guerre ?

Je dois avouer que j’ai créé mon blog, en décembre 2012, dans le but de faire connaître notre collection d’ouvrages sur les 10 000 hôpitaux militaires de la Guerre 1914-1918, dont le premier volume a été publié en 2008. Le tome 3 venait de sortir et les ventes n’étaient pas celles attendues. Pour les booster et soutenir Ysec, notre éditeur, j’ai créé ce blog. Rapidement je me suis pris au jeu et de blog « réclame », il est devenu un véritable support d’échange avec les visiteurs et abonnés, d’autant qu’il intéressait plus de 3200 communes de métropole. J’ai commencé à fouiller dans plus de trente ans de documentation et à proposer en ligne des sujets variés. Les blogueurs ont suivi par milliers et depuis, c’est moi qui suis pris dans une dynamique un peu folle à l’aube du Centenaire.

Que peut-on trouver sur votre site internet ?

Mon blog est sans prétention. J’y mets en règle générale ce que je ne peux pas mettre, par manque de place dans notre collection en cinq volumes. J’évite aussi de traiter les thématiques abordées ou qui vont être abordées dans les ouvrages. Vous n’y trouverez pas de marcophilie, celle-ci relève du domaine « exclusif » de mon compère et ami, co-auteur, Jean-Luc Quénec’hdu. Mais il reste tant à faire. En définitive, on y trouve de tout, depuis les orientations de recherche, des notes de lecture, des mises en ligne de témoignages et de rapports de praticiens militaires, etc. J’essaie d’apporter dans une très large mesure du neuf et de l’inédit. J’aimerais faire plus, mais le cadre du blog et le manque de temps – je suis toujours en activité de service – me limitent considérablement. Il me faudra attendre la retraite pour développer d’autres supports et thématiques.

Quand sera achevée la collection des hôpitaux militaires dans la guerre de 1914-1918 ?

La collection des hôpitaux militaires dans la Guerre de 1914-1918, en 5 volumes, proposera à terme (2015), en plus de 1 500 pages et près de 4 000 illustrations, une vaste présentation du service de santé militaire et un répertoire exhaustif des 10 000 hôpitaux militaires de la Grande Guerre. Il s’adresse à quantité de publics très différents, depuis les professionnels (conservateurs, archivistes, etc.) en recherche de cadres de classement, les érudits locaux, les collectionneurs, les curieux… pour lesquels notre collection constitue un « cadre de travail », un outil de recherche départemental qu’ils peuvent compléter par leurs observations, notes ou pièces de collection. Nos bouquins relient des milliers de passionnés – la correspondance du blog en fait foi – à la Grande Guerre sans qu’ils aient à quitter leur ville ou village ; seulement en traversant une rue, en poussant la porte d’une école, d’un lycée, en regardant d’un autre œil des bâtiments familiers qui étaient alors des hôpitaux militaires.

Quels ouvrages conseillez-vous sur le sujet des hôpitaux militaires ?

Notre collection est vraiment unique… sur les hôpitaux militaires 14-18. Pour ce qui concerne le service de santé militaire, les ouvrages les plus intéressants et les plus récents sont :

  • Alain Larcan, Jean-Jacques Ferrandis, Le Service de santé des armées pendant la Première Guerre mondiale, Paris, LBM, 2008.
  • Marc Morillon, Jean-François Falabrègues, Le Service de santé 1914-1918, Paris, Giovanangeli, 2014.

Quelles sont vos adresses en matière de recherche sur l’histoire du service de santé militaire durant la Grande Guerre ?

Posted in Recherche | Tagged , | Leave a comment

Hommes et femmes d’Ille-et-Vilaine dans la Grande Guerre

Hommes et femmes d'Ille-et-Vilaine dans la Grande Guerre

A l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, les Archives départementales et la Société archéologique et historique d’Ille-et-Vilaine publient Hommes et femmes d’Ille-et-Vilaine dans la Grande Guerre.

Sous la direction d’Eric Joret et Yann Lagadec, 55 auteurs ont participé à cet ouvrage de 430 pages, croisant destinées individuelles et collectives du département avec des illustrations nombreuses et originales. Il est organisé en trois parties :

  1. « Le monde des combattants d’Ille-et-Vilaine » présente l’histoire des régiments bretons avec des batailles marquantes : le 47e RI et la bataille de la Marne ; deux régiments rennais dans l’enfer de Verdun, Le 70e RI dans les combats interarmes de l’été 1918… Des instituteurs, des prêtres, des marins, des aviateurs dans la guerre avec des parcours de soldats comme Jean-Marie Travers, un zouave de Mecé, Amand Fontaine, l’instituteur de Brain, Pierre Havard, de Dourdain, le prisonnier d’Arsimont, Robert de Toulouse-Lautrec, l’aviateur de Mordelles.
  2. « L’Ille-et-Vilaine, un département de l’arrière dans la guerre » ou comment les hommes et les femmes d’Ille-et-Vilaine ont fait face à l’effort de guerre (les réquisitions, l’accueil des blessés, des réfugiés et des prisonniers), comment les femmes ont surmonté ces épreuves et contribué à maintenir l’économie dans une société très affectée par le conflit… La guerre à l’arrière ce sont les espions, les sidis, les Américains à Redon, les « patates » de Jean Janvier… mais aussi les tensions dans les campagnes.
  3. « Des sorties de guerre à la mémoire » : du retour « des fils de la vieille terre bretonne » à la naissance des mouvements combattants, cette partie relate l’immédiat après-guerre jusqu’à aujourd’hui, de la mémoire des soldats à la rue des Munitionnettes.

Le livre sera disponible à partir du 15 mai au tarif de 29€. Avant cette date, il peut être acquis par souscription au tarif préférentiel de 20€ (voir ici bulletin de souscription). Pour en savoir plus, consulter le site internet des Archives départementales ou la page dédiée au centenaire sur le site du Département d’Ille-et-Vilaine.

Posted in Recherche | Tagged | Leave a comment

Le SHD nous guide dans les archives de la Grande Guerre

http://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/IMG/Images/Couv_GuideGG.jpgLa Première Guerre mondiale est sans doute, dans l’histoire de France, le conflit qui a laissé le plus d’archives. Conscientes, dès l’enlisement des opérations à la fin de 1914, de vivre un événement crucial de l’histoire du monde, les autorités civiles et militaires attachent un soin particulier à la collecte et à la conservation des documents s’y rapportant. Héritier des services historiques de l’Armée et de la Marine, eux-mêmes directement issus de la Première Guerre mondiale, le Service historique de la Défense (SHD), né en 2005, est aujourd’hui le dépositaire de l’énorme production documentaire des institutions militaires d’un pays engagé dans une guerre d’une ampleur et d’une intensité sans précédent.

Si ces archives sont presque intégralement inventoriées, il manquait au chercheur, confronté à leur masse et à leur dispersion, un guide présentant de manière synthétique l’ensemble des sources conservées par le SHD, tant dans ses centres de Vincennes, de Châtellerault et de Pau que dans ses antennes de Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort, Toulon et Caen. Au-delà, cet instrument de recherche veut mettre l’accent sur la complémentarité de fonds émanant d’institutions françaises ou alliées, de différents ministères (Guerre, Marine et Armement), de l’armée de Terre ou de la Marine, mais aussi des acteurs du conflit, qui ont été nombreux, du généralissime au simple soldat, à remettre au SHD leurs papiers personnels ou leur témoignage.

« [Ce guide] aura pleinement atteint son but s’il attire de jeunes historiens à investir les chantiers en déshérence de la Grande Guerre qui n’attendent que leur regard neuf ». (A. Prost)

Préfacé par Antoine Prost, professeur émérite de l’université Paris I, président du conseil scientifique de la Mission du Centenaire, cet ouvrage collectif a été réalisé sous la direction de :

  • Agnès Chablat-Beylot, conservateur en chef du patrimoine, responsable du département des archives définitives du Centre historique des archives du SHD,
  • Amable Sablon du Corail, conservateur en chef du patrimoine au Service interministériel des archives de France, ancien responsable des fonds privés du SHD.

Bon de commande : Guide des sources conservées par le Service historique de la Défense relatives à la Première Guerre mondiale, Vincennes, Service historique de la Défense, 2014, 656 p.

Posted in Archives | Tagged , | Leave a comment

Les archives de la Grande Guerre en Hongrie

La Grande Guerre a profondément marqué l’Europe médiane. En 1914, cet espace est partagé entre les trois empires allemand, austro-hongrois et russe ; en 1918, la disparition de ces empires remodèle la carte de l’Europe médiane. La Hongrie devient indépendante à la suite de l’éclatement de l’Autriche-Hongrie. Il est important de connaître cette histoire pour comprendre comment se présentent les sources de la Grande Guerre en Hongrie. Gergely Fejérdy, maître de conférences à l’université catholique de Pázmány Péter à Budapest, a accepté d’en faire ici une rapide présentation.

De 1867 à 1918, la Hongrie est intégrée dans la double Monarchie des Habsbourg. Environ 10 millions de Hongrois vivent en Autriche-Hongrie (51 millions d’habitants) à la veille de la Première Guerre mondiale. Budapest possède un gouvernement, au sein duquel un ministre est chargé des affaires militaires et de l’armée (Honvéd, littéralement « défenseur de la patrie”). Cependant, en ce domaine, les Hongrois ne pèsent sur les décisions de l’empereur François-Joseph (1849-1916) que de manière dérisoire, essentiellement à travers le Parlement, qui vote ou refuse la subvention demandée par Vienne.

 Après 1867, il existe à Vienne trois « ministères communs » :

  • le ministère de la Guerre
  • le ministère des Politiques étrangères
  • le ministère des Finances, qui ne traite que les questions financières des deux précédents.

Cet éclairage institutionnel permet de comprendre pourquoi la majorité des archives hongroises, pour la période comprise entre 1867 et 1918, se trouve à Vienne. En 1926, dans le but de faciliter la consultation des documents concernant la Hongrie avant 1918, la Hongrie et l’Autriche ont conclu un accord, qui a permis la mise en place d’une délégation permanente à Vienne, en lien avec les services culturels de l’Ambassade de Hongrie. Cette délégation est composée de deux archivistes hongrois, qui aident les chercheurs. En effet, les fonds antérieurs à 1918 n’ont pas été séparés entre l’Autriche et la Hongrie. Ils forment un ensemble conservé en Autriche. Pour en savoir plus, il est nécessaire de consulter le site internet des Archives nationales de Hongrie (une version anglaise est disponible).

Néanmoins, il est possible de trouver des sources en Hongrie. Aux archives nationales, les fonds portent principalement sur les administrations hongroises pendant la guerre, tandis que des archives sur les prisonniers de guerre hongrois en Russie sont disponibles aux archives militaires. Par ailleurs, il peut être utile de consulter les inventaires des débats parlementaires de l’époque, qui sont consultables en ligne. Il est également conseillé de se rendre dans les archives des villes et communes, en particulier à Budapest. Pour compléter, les collections de la Bibliothèque Nationale, en particulier du département des manuscrits, ne sont pas à négliger.

Mener des recherches efficaces dans les sources hongroises suppose de maîtriser les langues hongroise et allemande. Cependant, les demandes de consultation peuvent être adressées en allemand et en anglais. Pour suivre les programmes et recherches actuelles concernant la Hongrie, on peut consulter le site de la Commission Hongroise de la mémoire de la Grande Guerre.

Pour en savoir plus :

Le 19 novembre 2014, l’université de Strasbourg organise un atelier interdisciplinaire franco-allemand de jeunes chercheurs sur le thème des « soldats d’entre-deux » pendant la Première Guerre mondiale et plus précisément sur les identités nationales dans les témoignages des combattants des empires centraux. Cet atelier et la journée d’étude qui suivra constitueront le troisième volet d’un cycle d’études commencé en 2012 (voir ici l’appel à contribution).

La Hongrie et la Première Guerre mondiale dans les collections de l’ECPAD

Tibor Balla, Les troupes hongroises sur le front de l’ouest pendant la Première Guerre mondiale, Revue historique des armées, n°270, 2013, p. 31-40

Sur notre blog, Andreas Latzko, Hommes en guerre

Posted in Archives, Bibliothèques, Recherche | Tagged , , | Leave a comment

La Grande Guerre racontée aux enfants de 1920 et de 2014

Couverture d'Astrapi Voilà quelques jours, à l’occasion d’une visite à la bibliothèque de quartier, mon regard a été attiré par le dernier numéro d’Astrapi : deux poilus dans une tranchée figuraient sur la première de couverture… Ce bimensuel français destiné à la jeunesse consacre quelques pages à la Première Guerre mondiale, sous la forme d’une bande dessinée intitulée « Le journal de Louis soldat de 1914-1918 ». Louis Delmas est un Français mobilisé en août 1914, qui participe à la Première Guerre mondiale du début jusqu’à la fin et qui relate son expérience de la guerre. Les contenus sont pédagogiques et la vision n’est pas manichéenne, ce qui mérite d’être souligné. On retrouve les thèmes de l’ennui (« La vie dans les tranchées, c’est attendre »), de la camaraderie, de l’expérience des combats, des relations des combattants avec l’arrière, des blessures de guerre et du retour difficile dans les foyers des soldats après la guerre.

J’ai contacté Bruno Muscat, chef de rubrique à la revue Astrapi et auteur de ce dossier, illustré par le dessinateur Alexandre Franc. Ils ont été conseillés par Jean-Pierre Verney. Louis Delmas est un personnage de fiction, mais son histoire est inspirée de récits de combattants, parmi lesquels ceux de Louis Barthas (Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918) et de l’aspirant Laby (Les carnets de l’aspirant Laby, médecin dans les tranchées (28 juillet 1914 – 14 juillet 1919), ainsi que les lettres de Paroles de poilus. L’objectif du dossier était de faire « toucher du doigt à nos jeunes lecteurs ce qu’a pu endurer et ressentir un poilu lors de cette terrible guerre ».

20140322_144753Cette publication tranche avec ce que furent les premiers ouvrages de jeunesse portant sur la guerre. Ainsi, L’Histoire de la Grande Guerre par un Français, publiée chez Hatier en 1920 à l’attention d’un public scolaire est un ouvrage dense de 405 pages. De nombreuses illustrations (cartes, dessins, photographies) aident à la compréhension.

Caractéristique des manuels scolaires de l’Entre-deux-guerres, ce livre délivre un double message : se souvenir et s’inspirer du sacrifice des soldats pour la défense du pays. Ainsi, dans sa préface, l’académicien Jean Aicard met en garde les lecteurs, « enfants de France » : « écoutez-bien ceci ! C’est pour mettre en belle lumière tout le sens de cette leçon que fut écrit le présent ouvrage. Dans ce livre, voici l’enseignement qui domine les autres : pour maintenir nos cœurs à la hauteur où les a portés le sacrifice de nos chers soldats, il faut se souvenir« .

Les textes très factuels délivrent une histoire de la Première Guerre mondiale idéologique et manichéenne, où sont salués l’habilité et le bons sens des grands chefs militaires français et alliés, le courage et le sacrifice des soldats, la participation des alliés, emmenés par la France, dans la lutte contre un ennemi sans scrupule. Les auteurs font aussi la part belle aux armements et aux techniques.

20140322_145040

Trois rubriques concluent chaque chapitre :

  • « LECTURE » : souvent un récit anecdotique d’un fait exemplaire (histoire d’un régiment, exactions allemandes et résistances face à l’envahisseur, combats héroïques, etc) ainsi que des éditions de textes diplomatiques, des lettres de poilus, des témoignages et des biographies (principalement d’officiers généraux).
  • « COMPRÉHENSION » : à la fin de chaque chapitre, le lecteur doit être en mesure de répondre à une dizaine de questions qui portent sur les combats, les relations internationales, la politique, etc.
  • « RÉFLEXIONS » : des citations de grands auteurs français (Montaigne, Voltaire, etc.) ou de personnalités politiques, diplomatiques, militaires (Poincaré, Foch, Pershing, etc.), d’anciens combattants inconnus (dont on peut douter de l’authenticité) ainsi qu’un grand nombre de maximes. Elles donnent, en conclusion, une morale qui doit permettre aux jeunes générations de se souvenirs des sacrifices consentis par leurs parents et de se préparer, le cas échéant, à faire de même : « La lassitude morale brise les élans« , « Il faut croire à demain pour bien employer aujourd’hui« , « La ligne de bataille est l’image de la société humaine, dont tous les membres sont solidaires : si un seul manque à son devoir, la sécurité de tous est compromise« .

En 1920, cette Histoire de la Grande Guerre offre une vision mondiale du conflit, dans laquelle la France est au centre du récit. Ce livre entend ainsi montrer aux jeunes générations le rôle capital joué par la France dans la victoire, mais aussi dans « l’idéal de Paix » que représente le pays. Aujourd’hui, les publications destinées à la jeunesse ont bien changé sur le fond et dans la forme. Les rayons jeunesse des librairies proposent une pléthore d’ouvrages dont certains abordent avec talent et de pédagogie la vie des combattants dans les tranchées et la vie quotidienne des Français à l’arrière.

Voir à ce sujet :

La Première Guerre mondiale expliquée aux enfants et aux ados sur le site internet de Bayard

Les poilus racontés aux enfants (Le Monde, Samedi 15 mars 2014).

Pour les enfants : C’est pas sorcier « Guerre 14-18″

Posted in Commémorations | Tagged , | 1 Comment

Des officiers dans la Grande Guerre

Le-livre-d-or-des-Saint-Cyriens-morts-pour-la-France_mediumDepuis le début de l’année, chaque semaine, les écoles de Saint-Cyr Coëtquidan proposent de découvrir un officier de la Grande Guerre sur leur site internet à partir des fonds très riches du musée du Souvenir (des milliers d’objets, de tableaux et de documents d’archives). Les objets qui sont présentés, parce qu’ils ont appartenu à ces officiers, donnent également lieu à une description.

Cette rubrique hebdomadaire ne se limite pas aux saint-cyriens. Le conservateur du musée, l’officier communication et moi-même, qui suis chef du département histoire et géographie, souhaitons évoquer l’histoire des officiers de l’armée française pendant la Première Guerre mondiale, quels qu’ils soient. La diversité des recrutements a toujours fait la richesse de ce corps (Saint-Cyriens, Polytechniciens, Saint-Maixentais, réservistes, territoriaux…). L’objectif de cette rubrique est avant tout pédagogique. Tous les élèves officiers en formation aux écoles peuvent ainsi approfondir l’histoire de la Première Guerre, celle du corps des officiers ou encore les traditions de l’armée française et son patrimoine. Les nombreux témoignages laissés par les officiers de la Grande Guerre sont aussi l’occasion de stimuler la réflexion des élèves officiers sur le sens de l’engagement, la décision, le commandement, la peur, le combat, les relations avec les subordonnés. Pour certains, c’est le moment de découvrir l’histoire familiale.

Cette rubrique permet également de valoriser les collections du musée du Souvenir et de mettre ce patrimoine gratuitement à la disposition de tous. La mise en ligne en février de l’étonnant Livre d’or des saint-cyriens morts pour la France le montre : des centaines d’internautes ont téléchargé le document dans sa version intégrale.

L’histoire des officiers dans la Grande Guerre suscite en effet un grand intérêt. De 1914 à 1918, l’armée française a compté dans ses rangs près de 195 000 officiers qui ont encadré plus de 8 millions d’hommes mobilisés. En 1920, les pertes en officiers sont estimées à 36 593 tués, disparus ou morts des suites de leurs blessures ou de maladies contractées pendant les opérations. Après la guerre, les officiers anciens combattants constituent un groupe de plus de 150 000 personnes en France.

Quelques liens et références utiles :

Sur notre blog, au sujet des dossiers d’officiers : officiers en série et Messieurs les officiers, vos papiers s’il vous plaît !

Le livre de William Serman, Les officiers français dans la Nation. 1848-1914 [Paris, Aubier, 1982, 281 p.] reste encore aujourd’hui un ouvrage fondamental qui permet de mieux comprendre la place des officiers dans la société française (droits politiques, opinions, vies privée, quotidienne et publique, le loyalisme, etc.).

Bien que daté, La Société militaire française de 1815 à nos jours de Raoul Girardet [Paris, Perrin, 1998, 341 p.] nous permet de suivre, au rythme des déchirements et des soubresauts qui ponctuent l’histoire de la France de 1815 à la fin des années 1990, la communauté militaire et ce qui la distingue du reste de la société française. Dans ce grand livre, les officiers occupent évidement une place centrale.

Le livre de Gilbert Bodinier, Pierre Carles, Jean Chagniot, Claude Croubois, Jean-Charles Jauffret, Jean-Pierre Surrault, Histoire de l’officier français des origines à nos jours, [Saint-Jean d’Angély, Bordessoules, 1987, 429 p.] présente l’intérêt d’offrir une perspective plus large (du milieu du XVe siècle aux années 80).

En ce qui concerne la Première Guerre mondiale, le livre d’Emmanuel Saint-Fuscien, A vos ordres ? La relation d’autorité dans l’armée française de la Grande Guerre [Paris, EHESS, 2011, 310 p.] interroge l’autorité et l’obéissance pendant la Première Guerre mondiale. Emmanuel Saint-Fuscien était l’invité de L’Esprit public le 11 août 2013.

Julie d’Andurain signe un article intéressant sur La voie de l’épée, le blog de Michel Goya : 1 350 000 morts pour la France pendant la Grande Guerre. Parmi eux combien de généraux ?

Jean-Charles Jauffret, « L’officier de réserve : naissance, formation, emploi 1871-1919 », Centenaire de la réunion des ORSEM, Les armées françaises et leurs réserves, hier et demain, actes du colloque, Centre d’études d’histoire de la Défense, 2001.

Olivier Forcade, « Les officiers et l’État, 1900-1940 », Marc-Olivier Baruch, Vincent Duclert, Serviteurs de l’Etat, Paris, La Découverte, 2000.

Olivier Forcade, Eric Duhamel, Philippe Vial, Militaires en République (1870-1962), les officiers, le pouvoir et la vie publique en France, Paris, Publications de la Sorbonne, 1999 (voir la recension de Sébastien Laurent dans Vingtième siècle, revue d’histoire, 2000, n°65).

Posted in Archives, Carnets de guerre, Objets, Patrimoine, Sources figurées, Sources imprimées | Tagged , | 1 Comment

Clemenceau manager ou la modernisation de l’administration

Circulaire du 13 décembre 1917Document : circulaire du ministre de la Guerre au sujet de la réforme des méthodes de travail (13 décembre 1917).

Source : versement d’archives de l’Imprimerie nationale, PH 278/2004, article 103 (instructions confidentielles et autres du ministère des Finances, 1917-1938), Centre des archives économiques et financières (Savigny-le-Temple).

Datée du 13 décembre 1917, cette circulaire a pour objet la « réforme des méthodes de travail » de l’administration du département de la Guerre. En diplomatique, la circulaire se définit comme un avis ou une instruction adressée simultanément par les agents supérieurs à leurs divers subordonnés. Ici, le président du Conseil et ministre de la Guerre Georges Clemenceau, qui est au pouvoir depuis un mois seulement, s’adresse à l’ensemble de ses services. Depuis le début de l’année 1917, le ministère de la Guerre a connu plusieurs tentatives de réforme d’organisation et de fonctionnement. Cependant, la situation que trouve Clemenceau à son arrivée au pouvoir ne semble pas lui donner satisfaction. Le général Henri Mordacq (1868-1943), chef du cabinet militaire de Clemenceau, le note d’ailleurs dans son journal, à la suite d’une conversation avec le ministre :

« Nous parlâmes ensuite du ministère de la Guerre. Nécessité d’y rétablir l’autorité du ministre qui n’existait plus, disloquée qu’elle était entre les directeurs et les états-majors », ajoutant plus loin « tout le monde y commandait sauf le ministre ; les bureaux plus que jamais y étaient les maîtres. Il fallait commencer par tout réformer ». Henri Mordacq, Le ministère Clemenceau, journal d’un témoin, t. I, novembre 1917-avril 1918, Paris, Plon et Nourrit, 1930, p. 8 et 19.

Clemenceau est déterminé à mettre en oeuvre tous les moyens qui lui semblent nécessaires à l’obtention de la victoire : « je fais la guerre », dit-il à la Chambre des députés le 8 mars 1918. Le vaste chantier de modernisation de l’administration qu’il lance dès son arrivée vise à faire gagner du temps dans le travail administratif, à moindre coût : « Il faut traiter les affaires en hommes d’affaires : donc aller vite ». Ce qui surprend à la lecture de ce document interne, c’est le niveau de précision dans lequel entre le ministre. En effet, les instructions qu’il donne doivent permettre de :

  • simplifier les circuits administratifs ;
  • diminuer la production de documents sans valeur ajoutée ;
  • alléger les procédures et lutter contre les « excès de centralisation » : le chef doit savoir déléguer ;
  • favoriser les échanges verbaux entre les agents et le recours aux nouveaux moyens de communication (le téléphone par exemple) ;
  • privilégier l’échange verbal et la réunion préalablement à toute prise de décision : « il ne s’agit pas de supprimer les pièces écrites qui sont souvent nécessaires, parce qu’elles portent une signature et qu’elles restent, mais il faut n’y recourir qu’au moment voulu, c’est-à-dire lorsque l’affaire est déjà décidée et tout au moins dégrossis par la conversation » ;
  • régler les affaires courantes en trois jours (délais de transmission compris).

Clemenceau conclut la circulaire en annonçant contrôles et sanctions « des plus sévères », en cas de non-respect de ces prescriptions.

Dans une deuxième circulaire en date du 9 janvier 1918, c’est-à-dire très vite après la première, Clemenceau dresse un premier bilan, à partir des comptes rendus de mise en oeuvre qu’il a déjà reçus et qui tendent à montrer que des progrès ont été réalisés. Certes, on peut s’interroger sur la réalité de tels progrès en un délai si court. Cependant les contrôles qui ont été effectués ont révélé des résultats probants et ont permis d’infliger des sanctions. En ce qui concerne les affaires courantes, « l’arriéré révélé dans certains services a été liquidé » et « de nombreux cas concrets d’affaires importantes réglées avec décision et avant toute formalité m’ont été signalés ». Mais il reste des efforts à fournir dans l’usage du téléphone, la délégation des responsabilités, la suppression des intermédiaires inutiles ainsi que dans certains détails (enregistrement, distribution du courrier…). Clemenceau va plus loin et demande à « mutualiser » le travail des secrétariats : le personnel secrétaire et dactylographe, « souvent trop disséminé et laissé sans direction », doit être regroupé et organisé en ateliers, « sous la surveillance de véritables contremaîtres qualifiés ». Il impose les méthodes modernes qui ont fait leur entrée dans les bureaux en France dès avant la guerre, avant le taylorisme des années vingt.

Derrière le souci d’efficacité qui anime le ministre, on devine également la volonté de Clemenceau de montrer à ses subordonnés, civils comme militaires, qu’il détient l’autorité et qu’il entend tout contrôler : il leur demande avec force de se pencher sur les menus détails du fonctionnement de l’administration et même la clémence dont il fait preuve à la fin de cette deuxième circulaire assoit son autorité.

« Cette surveillance de tous les instants devra être renforcée par le renouvellement des inspections inopinées. Celles-ci seront d’autant plus fructueuses qu’elles prendront une forme plus pratique et qu’elles s’étendront jusqu’aux rouages les plus modestes en apparence de la machine administrative. Aucun détail ne doit échapper à l’oeil du maître. Je n’ignore pas que la tâche est souvent lourde et qu’il n’y peut être fait honneur que par un travail intensif. La méthode et la vigilance que vous y consacrez méritent tous mes remerciements. En raison des efforts réalisés, j’ai décidé de ne pas augmenter les sanctions justement infligées pour certaines négligences individuelles. Les résultats déjà obtenus me sont garants que ces efforts seront continués et que vous ne vous relâcherez pas de votre activité et de votre clairvoyance ».

On connaissait Clemenceau homme d’Etat, on le voit ici manager…

Pour en savoir plus (liste non exhaustive) :

Sylvie Brodziak et Caroline Fontaine (dir.), Georges Clemenceau et la Grande Guerre, 1906-1929. Actes du colloque tenu à Paris les 20-21 novembre 2009, La Crèche, Geste Editions, 2010.

Delphine Gardey et l’histoire des secrétaires dans La Marche de l’Histoire.

Delphine Gardey, Ecrire, calculer, classer. Comment une révolution de papier a transformé les sociétés contemporaines (1800-1940), Paris, La Découverte, 2008.

Posted in Archives | Tagged , , | Leave a comment

Milindex : un outil de recherche dans des périodiques militaires

Revue des sciences politiques (avril 1920)Il y a quelques semaines, on apprenait la mise en ligne de Milindex, un outil qui permet d’accéder aux sommaires de périodiques principalement consacrés au fait militaire, en français ou en anglais publiés aux XIXe et XXe siècles. Fruit d’une collaboration entre le Centre de doctrine d’emploi des forces (CDEF), le Centre de documentation de l’École militaire et des universités, Milindex avait pour but initial de « référencer des périodiques selon des critères scientifiques (auteur, titre de l’article, nom de la revue, date, tomaison, pages) » pour un usage interne, ainsi que nous l’a expliqué Julie d’Andurain, directrice des études au bureau recherche du CDEF/DREX, qui présente ici ce projet qu’elle a porté avec le lieutenant-colonel Rémy Porte.

Quel est l’objet de Milindex ?

Le lieutenant-colonel Porte et moi-même avons choisi de référencer des périodiques produits sous la IIIe République, à commencer par les revues d’armes. Nous avons dû ajouter également des périodiques plus récents, pour répondre aux besoins des études opérationnelles menées par les étudiants du bureau recherche.

Pourquoi avoir mis en ligne Milindex ?

Au bout de deux ans, nous avions ainsi conçu un outil extrêmement intéressant avec plus de 80 000 références. Cela justifiait que l’on rende public le projet. Au début de l’année universitaire 2013, grâce à l’impulsion du colonel Goya, nouveau chef du bureau recherche, j’ai eu la joie de voir MILINDEX être mis en ligne sur le site du CDEF. Aboutissement d’un projet pédagogique et scientifique que j’avais conçu et auquel je croyais depuis le début, reconnaissance du travail effectué par l’ensemble du bureau recherche durant trois années, cette mise en ligne constitue le premier résultat concret d’un travail dont l’horizon s’est élargi en cours de route.

Comment accède-t-on à Milindex ?

On accède à MILINDEX librement sur le site internet du CDEF. Les codes sont donnés et il suffit ensuite de cliquer sur Login. La recherche peut se faire par année, par auteur, par périodique ou par titre. Le logiciel donne les références des articles.

(pour agrandir l’image : clic droit puis afficher image)

Quelles sont les revues indexées ?

À ce jour, près de trente revues ont été référencées (la plupart accessibles sur Gallica).

Quels sont les prochains chantiers ?

Grâce à l’accueil de six étudiants-stagiaires par an en moyenne, Milindex va continuer à se développer avec un programme de travail double : le référencement de documents ayant trait à la Grande Guerre (comme la série des très précieux Bulletins de la presse)  et celui de documents plus contemporains, particulièrement dans des revues britanniques. Nous devrions dépasser les 100 000 références au cours de l’année. En conséquence, nous envisageons également de faciliter davantage la recherche sur Milindex en créant un module de recherche double (par revue et date par exemple ; par auteur et revue, etc).

Par ailleurs, depuis le début de cette nouvelle année universitaire, les membres – passés et présents – du bureau recherche alimentent un blog non institutionnel, la Maison des idées, sur lequel je présenterai l’ensemble des revues référencées. Ce travail s’appuie sur les travaux rédactionnels des étudiants qui ont tous été chargés dans le cadre de leur stage de la réalisation d’un article scientifique sur les revues référencées. On peut déjà consulter sur le site une courte présentation des principales revues d’armes :

Enfin, last but not least, j’ai eu le plaisir de voir des étudiants comprendre l’intérêt des bases de données et plus généralement des outils informatiques à des fins de recherche. A l’issue de leur stage au bureau recherche, certains d’entre eux ont mis en place des stratégies de recherches fondées sur l’usage des bases de données tandis que d’autres ont préféré le recours aux agrégateurs de flux RSS. Le recours aux outils informatiques à des fins de recherche ne fait que commencer.

____

Pour aller plus loin et consulter les articles des revues dont on trouve les références sur Milindex, voici une sélection de ressources en ligne

  • Gallica : en décembre dernier, Gallica a mis en ligne les publications de 630 sociétés savantes locales et régionales. Ces pages (environs trois millions) remplacent l’ancien dossier Sociétés savantes de Gallica. L’accès aux 700 titres (21 000 fascicules) est libre. Une centaine de sociétés ont autorisé la numérisation et la mise en ligne sous condition. Les pages seront actualisées. La recherche se fait par région puis par la liste des titres de revues savantes. Des ressources documentaires et des liens sont mis à disposition pour chaque titre : site internet de la société savante, notice de présentation de l’Annuaire des sociétés savantes sur le site du CTHS et notice de la Bibliographie des travaux des sociétés savantes, publiée sous la direction de Lasteyrie de Gandilhon
  • Revues.org est une plateforme de revues et collections de livres en sciences humaines et sociales est ouverte aux collections désireuses de publier en ligne du texte. On trouve sur Revues.org l’intégralité de milliers d’articles et documents scientifiques.
  • Cairn est une plateforme de publication de revues en langue française en ligne. Quelques maisons d’édition ainsi que la BNF se sont associés pour assurer la diffusion et la promotion de publications sous forme numérique.
  • Persée est un portail de revues en sciences humaines et sociales.

Posted in Sources imprimées, Uncategorized | Tagged , , | 3 Comments

Dans la famille Payot, je demande…

IMG_2646…la collection des mémoires, études et documents pour servir à l’histoire de la guerre mondiale.

Entre 1914 et 1919 puis dans les années 1920 et 1930, des centaines de livres sur la Grande Guerre ont été publiés. Quelques éditeurs, tels Berger-Levrault, Lavauzelle, Plon-Nourrit et Payot, ont même créé des collections thématiques. La « Collection des mémoires, études et documents pour servir à l’histoire de la guerre mondiale » chez Payot est peut-être la plus connue aujourd’hui.

La maison d’édition française Payot a été fondée en 1912 par un vaudois, Gustave Payot, fils d’un libraire-éditeur de Lausanne. Avant la guerre, il s’installe dans le quartier de l’Odéon, boulevard Saint-Germain. La guerre contribue à développer l’entreprise. En 1918, le catalogue Payot comprend 140 titres, principalement des témoignages de combattants mais aussi des ouvrages politiques, économiques ou encore diplomatiques sur la guerre. Ces ouvrages connaissent un véritable succès, qui conforte les finances de Payot et qui est à l’origine de la célèbre collection. D’abord appelée collection de « Mémoires pour servir à l’histoire de la guerre mondiale », la collection prend ensuite le nom de « Mémoires, études et documents pour servir à l’histoire de la guerre mondiale », puis de « Mémoires, études et documents pour servir à l’histoire de la guerre » quand paraissent les derniers ouvrages de la collection à la fin des années 1930.

En interrogeant les catalogues de la BnF et du CCFr et en dépouillant les catalogues Payot de l’Entre-deux-guerres, j’ai reconstitué une liste de 305 titres publiés entre 1918 et 1939 dans cette collection. Cela représente 23 % du catalogue Payot, qui affiche 1 300 titres en 1939. D’après mon recensement, près de 60 % des ouvrages ont été publiés entre 1928 et 1935, au moment où on constate une augmentation de la production bibliographique sur la Grande Guerre en Europe et spécialement en France.

Publication annuelle de titres de la collection (1918-1939)

Comme son nom l’indique, la collection comprend des études (environ 60 % des titres), qui portent sur l’histoire de la guerre, les batailles (terrestres, maritimes et dans une moindre mesure aériennes), la diplomatie, la politique et l’espionnage. En revanche, les études sur l’économie, les finances ou encore les occupations sont peu nombreuses. Les mémoires (les souvenirs, les papiers et les journaux intimes) constituent 30 % du corpus. Enfin, 10 % des titres sont des publications de documents d’origine privée ou publique. Durant l’Entre-deux-guerres, les relations de batailles, les mémoires des hommes politiques et des généraux et les livres d’espionnage ont suscité un véritable engouement chez les Français.

Des auteurs prestigieux, parmi lesquels des princes, des hommes politiques, des militaires, des diplomates, des hauts fonctionnaires, publient (et souvent préfacent) dans cette collection. J’ai relevé sept femmes parmi les auteurs et un auteur anonyme : « J. R. », un stagiaire de l’École supérieure de Guerre, qui a publié un essai de psychologie militaire de Foch en 1921. Peut-être craignait-il pour sa carrière ? Certains sont des auteurs prolixes : le général Jean-Joseph Rouquerol (1854-1939) a publié neuf titres, principalement des relations de batailles.

Autre particularité intéressante, les auteurs français ne représentent que 35 % des auteurs publiés chez Payot. Sur 287 auteurs, j’ai dénombré 101 Français, 78 Allemands, 60 Britanniques, 25 Russes, dix Américains, quatre Austro-Hongrois, deux Italiens, deux Polonais et enfin un Belge, un Finlandais, un Norvégien, un Grec et un Roumain. Les ouvrages ne sont pas consacrés uniquement à la guerre en France, loin de là ; ils peuvent concerner :

  • des pays : Allemagne (29 titres), Autriche-Hongrie (3), Belgique (2), Espagne (1), Etats-Unis (7), Finlande (1), France (23), Grande-Bretagne (25), Grèce (1), Italie (2), Roumanie (1), Russie (40), Serbie (1), Suisse (1), Tchécoslovaquie (1), Turquie (1) ;
  • des espaces maritimes : Océan Atlantique (3), Mer Baltique (1), Mer Méditerranée (2), Mer du Nord (13), Mer Noire (1), Océan Indien (7) et Océan Pacifique (3) ;
  • des espaces terrestres : Afrique (4), Asie (2), Moyen-Orient (1) ;
  • des fronts : Ouest (64), Orient (14), Est (3).

Grâce à ses réseaux, l’éditeur réussit à publier des traductions en langue française : 129 titres sont des traductions d’ouvrages publiés en Allemagne, en Grande-Bretagne ou encore aux États-Unis. Pour ce faire, Payot a eu recours à des spécialistes (des anciens marins par exemple, des linguistes ou encore des professeurs) mais aussi à des militaires, de l’active et de la réserve, dans le cadre de leurs fonctions. Parmi les nombreux officiers venus des services de renseignement français qui ont travaillé pour Payot, on peut citer Marie Louis Koeltz (1884-1970), officier au 2e bureau de l’état-major de l’armée durant l’Entre-deux-Guerres, qui a traduit de l’allemand (et souvent préfacé) onze livres de la collection.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur cette collection. Ces mémoires, études et documents devaient servir à écrire une histoire de la guerre, qui dépasse les frontières nationales pour embrasser une perspective mondiale. Ces ouvrages avaient une ambition historique en mettant à disposition des lecteurs des sources variées, qu’il s’agisse de sources de première main ou d’interprétations. Aujourd’hui ces titres deviennent eux-mêmes des objets d’histoire, en ce qu’ils nous révèlent des tout débuts de l’historiographie de la Grande Guerre.

Pour en savoir plus :

Roger Chartier, Henri-Jean Martin (dir.), Histoire de l’édition française. Le livre concurrencé, 1900-1950, Paris, Fayard, 1991, p. 325.

Yann Prouillet, « Une bibliographie de la guerre dans les Vosges », Guide des sources de la Grande Guerre dans le département des Vosges, Conseil général des Vosges, 2008, p. 14-25

Posted in Sources imprimées | Tagged , | Leave a comment

Du Punch pour 2014

Punch

J’ai découvert récemment un volume relié de l’hebdomadaire satirique britannique Punch, or the London Charivari. Ce magazine a été fondé en 1841 par le journaliste Henry Mayhew (1812-1887) et l’illustrateur Ebenezer Landells (1808-1860). L’humour et la satire de Punch ont contribué à soutenir le moral des Britanniques pendant la Première Guerre mondiale. Les illustrations et les caricatures sont très drôles. Le magazine, qui fut une véritable institution en Grande-Bretagne (il a cessé de paraître en 2002), est numérisé (jusque 1922) et disponible en ligne ici. On peut aussi voir ici une galerie de cartoons de Punch portant sur la Première Guerre mondiale.

Nous en profitons pour vous souhaiter de joyeuses fêtes de fin d’année et plein de punch pour 2014 : à l’année prochaine !

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

Posted in Presse | Tagged , , | Leave a comment