C’était un 13 novembre… mais où ? A vous de jouer

Comme l’an dernier, à la veille de la commémoration de l’armistice du 11 novembre 1918, nous vous proposons un petit jeu. Qui figure sur la photographie suivante et ou a-t-elle été prise ? Un indice : elle date du 13 novembre 1918.

Photographie

Le jeu se terminera le jeudi 14 novembre à 12 heures. L’internaute qui donnera la bonne réponse aura une petite récompense.

Bonne chance et à vos commentaires…

***

Vous avez été nombreux à participer à notre petit jeu. Françoise Grave, du CDI du lycée Yves Kernanec de Marcq-en-Baroeul, a été la première à nous donner la bonne réponse. En effet, cette photographie, tirée des fonds de l’ECPAD, représente le roi Albert Ier, Elisabeth, duchesse de Bavière et reine des Belges depuis 1909, et le prince Léopold (futur Léopold III) à Gand le 13 novembre 1918.

A la suite du déclenchement de l’offensive finale et du repli de l’armée allemande, le roi et son armée entrent victorieux dans les villes libérées, sous les ovations de la foule. Ce sont les « joyeuses entrées », une vieille tradition qui donnait lieu autrefois à des fêtes et cérémonies autour de la personnalité d’un souverain. En Belgique, ces manifestations se poursuivent après l’armistice, mêlant l’émotion et la joie au terme de quatre années d’occupation. La famille royale entre à Gand le 13 novembre, à Anvers le 19 novembre. Les rues des villes pavoisées sont le théâtre d’importants défilés des troupes belges accompagnées de troupes alliées, suivant le cortège royal, salués unanimement par la foule.

La date est importante politiquement. Albert Ier a préféré retarder son entrée à Bruxelles, en raison des troubles qui agitent la ville mais aussi pour consulter au préalable des personnalités de la Belgique occupée afin d’assurer la transition. Des réformes radicales dans les domaines constitutionnel, politique, économique et social s’imposent pour répondre aux attentes nées de la guerre et pour sauver la monarchie parlementaire. Depuis le 24 octobre, le roi a installé son quartier général non loin de Bruges, dans le château néo-gothique de Lophem. C’est dans ce contexte de négociations que le roi effectue son entrée officielle à Gand le 13 novembre.

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Les Pays de Savoie et la Grande Guerre : un colloque sur les sources

Les Pays de Savoie et la Grande GuerreVendredi 29 novembre, les Archives départementales de la Haute-Savoie accueilleront un colloque très intéressant intitulé « Les pays de Savoie et la Grande Guerre : quelles sources ?« . Cette journée est organisée conjointement par les Archives départementales de Haute-Savoie, de Savoie et le laboratoire Langages, Littératures, Sociétés (LLS) de l’université de Savoie. L’objectif de cette journée est double : s’intéresser aux archives disponibles pour « comprendre et étudier les répercussions de la Grande Guerre sur les pays de Savoie » et mieux connaître les événements qui seront commémorés à l’occasion du centenaire.

Des professionnels des archives évoqueront les sources archivistiques en Pays de Savoie, les sources archivistiques nationales (Archives nationales, de la Défense, des Affaires étrangères, de l’Économie et des Finances et de la SNCF) et internationales (italiennes et suisses). Patrice Marcilloux, professeur d’archivistique à l’université d’Angers, prononcera la conférence inaugurale : « Usages et logiques d’usages des archives de la Grande Guerre : de la preuve à l’individu en passant par la Grande Guerre« . La journée sera clôturée par Georges-Henri Soutou, de l’Institut de France.

A la veille de la commémoration du Centenaire et alors que les journées d’étude, les colloques et les publications sur la Grande Guerre se multiplient, cette manifestation rappelle l’importance des sources dans la construction et la diffusion de l’histoire de la Grande Guerre.

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Quatre lettres inédites de Jean-Norton Cru à Charles Delvert

Charles Delvert (1879-1940) est un des grands témoins de la Grande Guerre. Ce normalien, officier de réserve au 101e régiment d’infanterie, commande une section puis la 8e compagnie du régiment. Il s’illustre notamment dans les combats autour du fort de Vaux pendant la bataille de Verdun. Entre 1914 et 1916, il est blessé à quatre reprises, ce qui lui vaut d’être inapte au service armé. Il termine alors la guerre en qualité d’officier d’état-major à la 5e armée puis en Italie.

Pendant la guerre, Delvert décrit sa guerre au jour le jour sur des carnets. Il en tire deux ouvrages : Histoire d’une compagnie, publié en 1918, et Carnets d’un fantassin, en 1935. Dans un style épuré, il relate sa vie au front et en convalescence pendant la guerre. On découvre un officier proche de ses hommes et humain dans son commandement. D’ailleurs, les Carnets sont dédicacés à ses hommes de la 8e compagnie. Aujourd’hui, les archives de Charles Delvert sont conservées par la famille. Elles sont d’une grande richesse et se composent notamment de manuscrits, de photographies et des carnets originaux. Sa correspondance d’après-guerre montre qu’il a entretenu des relations avec les soldats de sa compagnie mais aussi avec des hommes politiques, des militaires de haut rang et des intellectuels français et étrangers. Jean-Norton Cru faisait partie de ses correspondants.

Les descendants de Charles Delvert nous ont autorisés à publier quatre lettres inédites qu’il a reçues de Jean-Norton Cru au moment où ce dernier se lançait dans l’écriture d’un « livre sur les livres de guerre« , qui n’est autre que Témoins. Ces lettres sont présentées en intégralité ci-dessous dans quatre diaporamas. Mais voici d’abord quelques points qu’il nous a semblé intéressant de souligner :

  • Il explique longuement que sa principale motivation est de fournir des matériaux aux « historiens de l’avenir ». « Je ne veux ni écrire l’histoire, ni même faire la critique des textes (..). Mais il est une critique qui deviendra tout à fait impossible quand notre génération aura passé : c’est la critique qui demande cette connaissance de la guerre que seuls ceux qui l’ont faite, vécue et méditée dans l’angoisse, peuvent avoir« .
  • Il expose aussi sa méthode de travail, qui a consisté à lire des souvenirs de soldats de l’Empire (comme ceux de Marbot ou Coignet), dans le but de les comparer avec les 250 carnets, souvenirs, témoignages et romans laissés par des combattants de la Grande Guerre et qu’il a tous lus. Il a travaillé sur des cartes, il a vérifié et croisé tous les témoignages. Dans chacune de ses lettres, Jean-Norton Cru fait état de l’avancement de ses travaux et exprime ses craintes (ne pas avoir le temps de terminer, ne pas pouvoir publier, ne pas être diffusé, etc.). Il pousse aussi Delvert à publier ses carnets en raison de la valeur de son témoignage. Il lui demande de diffuser la nouvelle de la publication de Témoins en France, ce que fait Charles Delvert dans la Revue des Deux Mondes en 1929 (voir ici).
  • Il se confie peu à peu à Charles Delvert. Par exemple, il fait part de ses doutes au sujet de la véracité de certains écrits, doutes aujourd’hui confirmés par des sources inconnues de Jean-Norton Cru à l’époque, à l’instar des fiches matricules. A travers ces lettres, on voit aussi que Jean-Norton Cru s’intéresse presque exclusivement aux témoignages des diplômés, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.
  • Enfin, il décrit sa vie quotidienne de chercheur et de professeur aux États-Unis et fait part de ses observations sur ce pays.
Conseils pour visionner les lettres : cliquer sur le diaporama puis sur « afficher l’image » (clic droit) pour agrandir ou réduire en appuyant sur les touches ctrl+ ou ctrl-.

 Lettre du 22 février 1925

 « Votre livre présentera aux générations futures une image fidèle de cette guerre, image ni flattée, ni poussée au noir, deux défauts aussi dangereux l’un que l’autre, car le fanatisme militaire et le fanatisme pacifiste se renforcent l’un l’autre« 

 Lettre du 24 juin 1926

 « Je prends les livres de guerre dans mon sens à moi, qu’aucun critique de la presse ou d’ailleurs ne semble avoir conçu : livre de combattant parlant de lui-même. On est hypnotisé par les historiques et les histoires, par les bouquins des Madelin, Le Goffic, Bordeaux, Victor Giraud, sans parler des Mangin et autres grands chefs ou jeunes Turcs. Pourquoi s’adresser aux saints quand on peut s’adresser à Dieu ? Ce sont les sources qu’il faut. Ce sont les témoins qu’il faut consulter et non les badauds (…). »

 

Lettre du 27 février 1928

 « Vous pouvez beaucoup faire pour moi, ou plutôt pour l’idéal des combattants que je représente, en lisant mon livre tôt et en en parlant autour de vous en le décrivant tel qu’il est et non pas tel qu’on s’imaginerait : un nouveau livre « rasoir » sur un sujet rebattu, dont on a marre ».

Lettre du 28 novembre 1929

« Nous trouvons ici un exemple de cette union sacrée que je désire réaliser chez les lecteurs de Témoins car on n’arrivera à rien si la droite veut s’en tenir à une vérité de droite et la gauche à une vérité de gauche quand il s’agit de la guerre. »

Remerciements : Vincent Delvert

 

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La base de données Monuments aux morts 1914-1918

A l'occasion des 16e Rendez-vous de l'histoire à Blois, j'ai redécouvert ce site consacré aux monuments aux morts. En effet, Martine Aubry, ingénieur de recherche à l'université de Lille III, a présenté le travail de recherche qui portait sur les départements du Nord et du Pas-de-Calais, et qui s'est étendu à la France et à la Belgique. Il s'agit de recenser les monuments aux morts, de les décrire au moyen des informations fournies par les archives et d'en montrer des photographies.

Une fiche technique pour chaque monument retrace son histoire, de la construction à nos jours. Elle comprend notamment :

  • une description des monuments (matériaux, inscriptions, sculptures, ornements, etc.).
  • une carte de géolocalisation
  • des données historiques concernant la construction, l'inauguration, les commémorations, etc. On découvre ainsi que depuis leur édification, l'histoire des monuments n'a pas été figée et qu'elle a été marquée aussi par des destructions, des dégradations, des déplacements, etc.
  • des sources (photographies et archives) numérisées et accessibles en ligne.
  • des références bibliographiques ainsi que des liens internet qui permettent d'approfondir la recherche.

Les possibilités d'interrogation sont multiples. On peut faire une recherche par lieu, par type de commémoration, par type de monument, par date, par auteur, par nom d'un mort ou par mot-clef pointant sur toutes les données saisies y compris des transcriptions de documents.

J'ai été séduit par cette base de données et par tout le travail accompli pour plusieurs raisons. D'abord, il s'agit d'une entreprise menée en partenariat par des universitaires, des étudiants et des archives départementales. Ensuite, l'équipe du laboratoire IRHIS-Université de Lille 3 a fondé son travail de recherche sur la collecte puis l'exploitation, la numérisation et enfin la diffusion des sources (principalement des cartes postales, des photographies, des archives publiques et privées). Le tout est réalisé avec une grande rigueur scientifique. La dimension participative va permettre aux internautes d'enrichir cette base, en sachant que toute proposition sera soumise à validation.

Contact : IRHIS-UMR CNRS 8529, Martine Aubry, Université de Lille 3, BP 60 149, 59653 Villeneuve d'Ascq Cedex. Courriel : irhis.recherche@uni-lille3.fr

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L’Album des Poilus d’Adrien Barrère

 

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La semaine dernière, un collectionneur m’a confié L’Album des poilus. Leurs souvenirs de guerre (1914-1919) d’Adrien Barrère. Je n’ai pas résisté à l’envie de le partager sur ce blog. Cet album de grand format rassemble en 48 pages 125 dessins en « noir » et quatre grandes planches en couleurs. Cet exemplaire est numéroté (45/300). Il a été publié en 1919 chez A. Maloine et fils, un éditeur parisien spécialisé dans les publications médicales. Adrien Barrère (1877-1931) a étudié le droit et la médecine avant de se consacrer à l’illustration. On comprend donc pourquoi les références au service de santé des armées (hôpitaux, ambulances, blessés, portraits de soignants, etc) sont récurrentes dans le document. Avant la guerre, Adrien Barrère jouit d’une grande notoriété en France. Ses affiches de cinéma et ses caricatures des personnalités ont fait sa renommée. Barrère le caricaturiste ne se prive pas de croquer avec talent les « trouffions« , les « sous-off », les « gradés » et les « poireaux » (les généraux).

Après une courte introduction, aux accents patriotiques et manichéens, les planches se succèdent et c’est un véritable plaisir que de les parcourir. Les vignettes sont toutes légendées, datées, localisées et signées par l’auteur. Les dessins fourmillent d’une multitude de détails, parfois surprenants, telle cette mâchoire inférieure humaine posée sur la tombe « d’artilleurs de tank ».

L'album des poilus modifiéL'album des poilus individualiLa vie quotidienne des poilus est le thème de la première partie de l’album. Les dessins mettent en scène la soupe et le ravitaillement, les marches, les gardes aux tranchées, les toilettes de campagne, les logements, le service de santé et les chefs – Joffre, Clemenceau et Foch apparaissent sur une belle double page en couleurs. Barrère s’est aussi attaché à montrer les ruines causées par la guerre (Gerbéviller incendié par les Allemands par exemple). On trouve même une représentation de deux soldats en tenue camouflée, ce qui est peu commun. La deuxième partie comprend huit planches thématiques : l’aviation, la Belgique, Soissons, la Champagne, Verdun, la Somme, les Vosges et l’offensive de 1918. Les champs de bataille, les tranchées, les Allemands, la mort sont abondamment illustrés. Barrère fait aussi une large place aux chars et aux avions. Des soldats de toutes les générations sont représentés parmi lesquels des territoriaux, souvent mis en scène. Le regard que l’auteur porte sur les soldats africains est stéréotypé. La représentation du « Sénégalais nettoyeur » n’est sans rappeler une autre œuvre de Barrère, contemporaine de l’album des poilus, et passée à la postérité : l’affiche du Bolchevik serrant un couteau entre les dents (1919).

Toutefois, on notera avec intérêt l’absence de certains thèmes. Par exemple, le front d’Orient est totalement absent. De même, aucune mention n’est faite des prisonniers de guerre français et de leurs souffrances en captivité. Les cavaliers et les artilleurs ne sont jamais ou rarement mis en scène. L’Album des Poilus de Barrère reflète donc son temps. En 1919, le poilu ne peut être qu’un fantassin, qui a combattu les Allemands dans les tranchées du front de l’Ouest. Il a beaucoup souffert – Barrère le montre bien -, mais ses souffrances ont été atténuées par le ravitaillement (le pinard), quelques héros de l’aviation, les tankistes et quelques chefs remarquables qui lui ont permis d’arracher la victoire. On est loin de la réalité et cet album contribue à nourrir la propagande autour du poilu victorieux. Cependant, Barrère signe là un album de toute beauté.

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Pourquoi je ne sors jamais sans mon dictionnaire militaire…

Dictionnaire militaireComment parler aujourd’hui de la guerre, de l’armée et de la Nation en 1914, sans risquer le contre-sens, l’erreur d’interprétation ou l’anachronisme ? En lisant certaines publications sur la Grande Guerre, on se rend compte que le manque de culture historique militaire amène des auteurs à tomber dans ces travers qui nuisent à la démonstration.

La suspension de la conscription depuis 1996 a certainement contribué à  la perte de cette culture militaire, même minimale, qu’offrait l’expérience du service militaire. Le passage par l’armée de conscription pouvait permettre de mieux comprendre le fait militaire. Certes à la fin du XXe siècle, la vie y était plus douce qu’au début du siècle, mais l’environnement, la vie de caserne, les ordres, les traditions, les règles de vie dans les chambrées, les rapports entre les individus et les catégories, les exercices, etc. étaient hérités en partie de l’armée de la Troisième République. Or cette mémoire tend à disparaître.

Deuxième facteur d’explication, la méconnaissance de cette source technique qu’est le Dictionnaire militaire. Cette « Encyclopédie des sciences militaires rédigée par un comité d’officiers de toutes armes » est rarement référencée dans les bibliographies des travaux de recherches. J’ai souvent recours à cette somme grâce à laquelle j’ai beaucoup appris sur la vie quotidienne et l’environnement de millions d’hommes (engagés, réservistes, officiers, sous-officiers et soldats, civils), avant et pendant la guerre. Je travaille avec la « 25e livraison » du Dictionnaire militaire, qui a été publiée en 1910. Cette édition ne prend pas en compte les mesures découlant de la loi sur le service de trois ans, mais ce n’est pas l’essentiel.

Le dictionnaire militaire est une source incontournable, non seulement pour l’histoire de l’armée mais aussi pour celle de la Première Guerre mondiale. Cet « inventaire général » concerne tout ce qui se rapporte à l’art, à l’organisation, aux sciences, aux techniques, à l’administration militaires. Disponible dans toutes les garnisons en 1914, cet outil devait apporter des réponses à toutes les interrogations que se posait notamment l’encadrement à l’époque.

Pages du Dictionnaire militaireDictionnaire militaire, encyclopédie des sciences militaires, tome II, Paris, Berger Levrault, 1910, p. 2592-2593. Cette double page montre l’étonnante diversité des termes définis : saillant, saillie, saindoux, sainfoin, établissements de Saint-Chamond, manufacture d’armes de Saint-Etienne, ordre royal et militaire de Saint-Louis.

Au fil des 3 300 pages, on peut tout savoir sur les carrières, les statuts, les règlements, l’administration militaire, les doctrines, les principes, la vie quotidienne, l’armement, le service militaire, les liens avec la société civile, etc. Les définitions sont précises, détaillées et exhaustives. Les termes définis sont souvent traduits en allemand, en anglais, en italien, en espagnol et en russe. Certaines définitions sont accompagnées d’une notice sur le même terme dans les armées étrangères. Ainsi, l’article consacré aux poudres dans l’armée française est suivi d’une courte notice sur les poudres en Allemagne, en Angleterre, en Autriche-Hongrie, en Belgique, aux États-Unis d’Amérique, en Italie, en Russie et en Suisse. En outre, des tableaux, cartes et croquis illustrent certaines entrées. En parcourant ce dictionnaire, on s’aperçoit aussi de la richesse du vocabulaire militaire à la veille de la guerre. Par exemple, à l’entrée « dépôt », le chercheur trouvera évidemment une définition du dépôt de corps de troupe, mais il saura aussi qu’il existe des dépôts de chevaux malades, de convalescents, d’éclopés, d’élevage, de remonte, d’étalons, des fortifications, de la guerre, de matériel, des modèles, de munitions, de prisonniers de guerre, de recrutement, de remonte mobile, de télégraphie, de tranchée, intermédiaire, de fonds du trésor.

Au total, voici une source fiable, précise, complète et compréhensible par tous. Le dictionnaire militaire sera notamment utile pour comprendre les termes ou les notions figurant sur une fiche matricule ou sur un journal des marches et opérations mais aussi pour mieux comprendre une institution et une société complexes en 1914. Malheureusement, il n’est pas encore accessible en ligne. Pourtant, malgré ses 4 kilos, je ne sors jamais sans mon dictionnaire militaire…

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L’officier britannique et la postière française

En liaison 1914Officier de cavalerie britannique, Edward Louis Spears (1886-1974) rejoint la France à la fin du mois de juillet 1914. Il est affecté au ministère de la Guerre français au moment où l’Europe s’embrase. Après l’entrée en guerre de son pays, il devient officier de liaison entre l’armée britannique et l’armée française et sert notamment à l’état-major de la 5e armée française. Dès le début de la guerre, il est un observateur privilégié, à la charnière du politique et du militaire. En liaison 1914, publié en 1932 et préfacé par Winston Churchill, est un récit qui repose sur ce qu’il a vu, mais aussi sur des témoignages de « témoins oculaires » et sur des documents. Il a beaucoup consulté les archives britanniques et françaises. Ainsi, ce livre est à la fois un témoignage, un essai et une étude historique. Pour illustrer son propos, l’auteur a inséré des cartes et un certains nombres de documents officiels édités tels que des ordres ou encore des notes. L’intérêt du livre de Spears est d’offrir un point de vue britannique sur les premières semaines de guerre en France. Le lecteur accompagne le narrateur au sein d’un état-major d’une grande unité française fortement malmenée pendant la guerre de mouvement. Mais le récit ne s’arrête pas là et En liaison 1914 est aussi un excellent témoignage sur la France et les Français au début de la Première Guerre mondiale. Spears connaît bien la France puisqu’il y est né et y a vécu une partie de sa jeunesse. L’extrait qui suit en donne un bon aperçu.

« 2 septembre (…) Le Quartier Général de la Ve armée quitta Jonchery pour Châtillon-sur-Marne[1] à 7 heures, par une matinée qui annonçait une journée d’une chaleur aussi implacable que les précédentes. (…) Je quittai Jonchery un peu plus tard que le général commandant l’armée[2], accompagné d’un jeune et charmant officier de cavalerie français, appelé Banéat, qui remplissait alors les fonctions d’officier observateur. C’était un des hommes les plus sympathiques que j’aie jamais rencontré. Deux jours après, lui et son pilote, de Vienne, un autre type de beau soldat, furent tués en plein vol. Je ressentis sa perte comme si nous avions toujours été amis.

Nous arrivâmes dans la magnifique vallée de la Marne. (…) Puis par de nombreux tournants, nous montâmes une côte abrupte jusqu’à la petite ville de Châtillon-sur-Marne, perchée fièrement sur la rive nord de la rivière. Dominée par une gigantesque et sévère statue, représentant un prêtre en train de prêcher une croisade (je crois bien que c’était Pierre l’Ermite ou le Pape Urbain II)[3], la localité semblait déserte[4]. Personne dans les maisons, personne dans les rues. L’état-major était entassé dans quelques petites villas séparées de la rue par des jardins minuscules. Je me rappelle qu’un piano remplissait presque complètement la pièce où le 2e bureau[5] était installé.

Anxieux de me mettre en communication avec le grand quartier général britannique, j’allai à la poste. À mon étonnement, la receveuse était à son bureau, réglant les affaires des soldats qui entraient en foule pour profiter, chose extraordinaire, d’un bureau de poste ouvert. Plusieurs hommes, les uns timidement, d’autres sur un ton bourru mais bienveillant, la pressaient de partir. Elle était la seule civile restée dans la ville, disaient-ils. Bientôt, il serait trop tard. Mais cette femme calme et tranquille secoua la tête. Personne ne lui avait donné l’ordre de partir. Elle était responsable du bien de l’Etat, de l’argent ; son devoir était de rester. Elle continua donc tranquillement son travail. Je ressentis pour elle une admiration et un respect qui n’ont pas diminué aujourd’hui.

Jamais je n’ai trouvé quelqu’un pour me dire ce qu’il était advenu de la petite employée habillée de gris dans l’immense raz-de-marée de la bataille formidable qui submergea Châtillon. »

Il n’est pas si fréquent de lire sous la plume d’un officier, a fortiori un officier anglais, une description si attachante du sort de la population civile pendant la guerre et du fonctionnement de l’administration.


[1] Jonchery-sur-Vesle et Châtillon-sur-Marne dans le département de la Marne.
[2] D’après le journal des marches et opérations de la Ve armée, le quartier général de l’armée a fonctionné à Châtillon-sur-Marne à partir de 8 heures (SHD / Guerre : 26 N 34/1).
[3] Il s’agit de la statue du pape Urbain II. Haute de 9 mètres (25 mètres avec le socle), la statue a été inaugurée en 1887. Elle a été élevée en l’honneur d’un enfant du pays, Eudes de Chatillon (1042-1099), devenu pape en 1088, qui a prêché la première croisade en 1095.
[4] À la veille de la Première Guerre mondiale, Châtillon-sur-Marne est un petit village (moins de 900 habitants). Le village a beaucoup souffert de la guerre et il est décoré de la Croix de guerre 1914-1918.
[5] Service de renseignement de la Ve armée
General Edward Louis Spears, En liaison 1914, Paris, Gallimard, 1932, p. 30-32.
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Petites patries dans la Grande Guerre

Petites patries dans la Grande GuerrePour la rentrée, et en attendant la rentrée littéraire, un peu d’autopromotion ne peut pas nuire ! Voici donc quelques lignes sur une récente publication consacrée à la Grande Guerre, en Bretagne et ailleurs.

Si la connaissance de la Grande Guerre et la manière dont les combattants et civils ont vécu la guerre a fait de considérables progrès depuis une vingtaine d’années, une dimension reste paradoxalement peu prise en compte : l’approche régionale ou infra-régionale.

Le 13 novembre 2013, l’Université de Rennes II et le Centre de recherche des Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan ont organisé, aux Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, une journée d’étude sur le thème « Pour une approche régionale de la Grande guerre ». Cette journée marquait la première étape de la préparation d’un colloque sur « La Grande Guerre des Bretons (1914-2014) » qui se tiendra à Coëtquidan et à Rennes les 14 et 15 mai 2014.

Les actes de la journée d’étude viennent de paraître aux Presses universitaires de Rennes. On y trouve la version écrite des communications prononcées en 2012 :

  • Yann Lagadec, « L’approche régionale, quelle pertinence ? Le cas des combattants bretons dans la Grande Guerre » ;
  • Erwan Le Gall, « Saint-Malo, la Bretagne, la France : des multiples inscriptions territoriales du 47e régiment d’infanterie » ;
  • Véronique Gouloubinoff et le lieutenant David Sbrava de l’ECPAD, « Images de la Bretagne et des soldats bretons dans la Grande Guerre » ;
  • Jérémie Halais, « Les conscrits de la subdivision de Granville et le fait régional (1889-1919) » ;
  • Odile Roynette, « Unité et diversité : le vocabulaire des combattants français de la Première Guerre mondiale sous le regard des linguistes » ;
  • Emmanuelle Cronier, « Les particularismes culturels, support du moral des troupes alliées pendant la Première Guerre mondiale ».

Ce volume a été enrichi par des contributions supplémentaires, qui permettent d’établir des comparaisons avec d’autres régions en France mais aussi à l’étranger.

  • Raphaël Georges, « Les combattants alsaciens-lorrains de la Grande Guerre, du Reichsland Elsass-Lothringen aux provinces retrouvées » ;
  • Carl Pépin, « Le Québec entre France et Canada : la question de l’effort de guerre canadien-français (1914-1918) » ;
  • Nathalie Philippe, » La Nouvelle-Zélande dans la Grande Guerre : de la région coloniale à la nation » ;
  • Michaël Bourlet, « L’expérience de la guerre des soldats du Nord et du Pas-de-Calais : Chtimi s’en va-t-en guerre ».

En conclusion, Vincent Joly montre que les différentes contributions ont permis de mieux comprendre comment les « petites patries » interagissent avec la grande. Ainsi, elles ont contribué à renforcer la capacité des soldats à endurer les pires souffrances. Dans certains cas, la défense du pays a conduit à une redéfinition (renforcement ou création) des identités régionales.

Michaël Bourlet, Yann Lagadec, Erwan Le Gall, Petites patries dans la Grande Guerre, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013, 256 p.
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Les jolies colonies de vacances !

Départ de colonies de vacances en 1918Départ de colonies de vacances en 1918
(Agence photographique Rol, BNF)

Si nous vivions en 1913, nous ne serions pas en vacances. Mais nous vivons en 2013 et nous avons la chance de prendre quelques semaines de vacances, pour profiter pleinement de la famille et prendre un peu de repos.

Rendez-vous à la fin du mois d’août !

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Radio-Canada lance un appel à témoins !

Affiche de recrutement de la Première Guerre mondiale pour le Bataillon canadien de fusiliers à cheval.
(Bibliothèque et archives du Canada)

La Société Radio-Canada produit un documentaire radiophonique sur la Première Guerre mondiale, qui repose évidemment sur des archives, surtout canadiennes, mais aussi sur des témoignages. Aussi les producteurs recherchent-ils des personnes qui pourraient, de façon très personnelle, témoigner de ce qu’elles ont fait ou font encore pour commémorer la mémoire des soldats canadiens qui ont combattu en France et en Belgique pendant la Grande Guerre (fleurissement de la tombe d’un soldat canadien, visite d’un cimetière, correspondances, recherches, etc.). Le témoignage se ferait sous la forme d’une courte entrevue téléphonique en français.

Les personnes intéressées peuvent contacter Lise Maynard à cette adresse : lise.maynard@radio-canada.ca

Cet appel est l’occasion de présenter quelques ressources intéressantes sur le Canada dans la Grande Guerre. Cette courte liste n’est pas exhaustive :

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